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[Communiqué] Entreprises créées en 2018 : Hausse de la pérennité à trois ans mais des signes de fragilité

L'Insee fait le point sur la situation des entreprises créées en 2018.

Ecrit par N.P. – le jeudi 23 mai 2024 à 09H46

À La Réunion, 79 % des sociétés et entreprises individuelles (hors micro-entreprises) créées en 2018 sont encore en activité en 2021 trois ans après leur création. Le taux de pérennité à trois ans augmente fortement par rapport à celui des entreprises créées en 2014 (68 %), et converge vers le niveau national.

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation. D’une part, les sociétés forment désormais une part bien plus importante des nouvelles entreprises à La Réunion (60 % contre seulement 38 % de celles de la génération précédente, créées en 2014). Or les sociétés sont nettement plus pérennes que les entreprises individuelles classiques. D’autre part, la pérennité des entreprises individuelles augmente de 10 points, passant de 55 % à 65 %, grâce notamment aux dispositifs d’aides mis en place pour soutenir les entreprises face à la crise sanitaire de la Covid-19. Les trois quarts des entreprises individuelles en ont bénéficié.

En outre, les créateurs de 2018 sont plus expérimentés, avec notamment davantage de créateurs qui étaient salariés d’une entreprise auparavant. Ils sont également plus diplômés, ce qui favorise une plus grande pérennité des entreprises créées.

Toutefois, la question de la viabilité de ces entreprises à plus long terme se pose : elles ont créé moins d’emplois que la génération précédente et les deux tiers ont vu leur chiffre d’affaires baisser depuis le début de la crise sanitaire.

Huit entreprises sur dix sont encore actives trois ans après leur création en 2018

À La Réunion, parmi les entreprises dites « classiques » créées en 2018, sociétés ou entreprises individuelles hors microentreprises, 79 % sont encore en activité trois ans après leur création. Le taux de pérennité à trois ans est nettement plus élevé que celui des entreprises créées en 2014 (68 %), et converge vers le niveau national (82 %). À La Réunion, l’augmentation du taux de pérennité est plus forte qu’au niveau national et l’écart se réduit : le taux de pérennité à trois ans des entreprises réunionnaises créées en 2014 était inférieur de 8 points au niveau national ; cet écart est désormais de -3 points.

Cette meilleure pérennité des entreprises créées en 2018 se confirme année après année. Ainsi, en 2019, après la première année d’activité, 90 % des entreprises sont encore actives, soit 4 points de plus que pour la génération de 2014. En 2020, deuxième année d’activité et début de la crise sanitaire de la Covid-19, les aides gouvernementales permettent de compenser partiellement l’impact de la crise sur l’activité des entreprises et de garantir en partie la survie des entreprises nouvellement créées (encadré). Comme au niveau national, le taux de pérennité baisse moins que pour la génération précédente au cours de la deuxième année d’activité : -6 points, contre -11 points pour la génération 2014. En 2021, troisième année d’activité, toujours marquée par la crise sanitaire, la pérennité baisse de 5 points par rapport à l’année précédente, contre -8 points pour la génération 2014.

L’augmentation des créations sous forme de sociétés explique la moitié de la hausse du taux de pérennité à trois ans

La moitié de la hausse du taux de pérennité à trois ans s’explique, comme au niveau national, par l’augmentation de la part des sociétés parmi les entreprises créées. Les sociétés, nettement plus pérennes que les autres entreprises, représentent 60 % des entreprises créées à La Réunion en 2018, contre 38 % en 2014.

Les créations sous forme d’entreprises individuelles classiques se sont en effet fortement réduites, de 62 % des créations en 2014 à 40 % en 2018 : les conditions d’accès au régime du micro-entrepreneur ont été élargies au 1er janvier 2018 avec un doublement des plafonds de chiffre d’affaires [Dorolle, 2020 ; pour en savoir plus (2)]. De fait, pour un même chiffre d’affaires, une entité créée en 2014 qui n’avait pas accès au régime du micro-entrepreneur pouvait y prétendre en 2018. Cela a engendré mécaniquement un transfert des créations d’entreprises individuelles au profit des micro-entreprises.

De plus, à La Réunion comme en France, le taux de pérennité à trois ans des entreprises individuelles augmente fortement, de 55 % à 65 %, mais reste inférieur au niveau national (75 %). Cette hausse est en partie liée aux dispositifs d’aides mis en place dans le cadre de la pandémie de Covid-19 et auxquels ont recouru les trois quarts des entreprises individuelles (encadré). Elles ont permis de soutenir nombre de ces entreprises, dans un contexte de forte baisse, voire d’arrêt de leur activité. Ainsi, la meilleure pérennité de ces entreprises individuelles sera à confirmer dans les années à venir.

Des créateurs plus expérimentés et plus diplômés contribuent également à la meilleure pérennité des entreprises

Le profil des créateurs d’entreprises de 2018 est plus favorable à la survie des entreprises qu’ils créent. Ainsi, la part des créateurs anciennement chômeurs ou inactifs, qui sont usuellement ceux ayant le plus de difficultés à maintenir leur activité, baisse de 45 % en 2014 à 36 % en 2018 au profit de créateurs anciens salariés. Ces derniers représentent 37 % des créateurs en 2018 contre 29 % en 2014. Les entreprises qu’ils créent ont des taux de survie plus élevés (80 %). Les créateurs de 2018 sont également plus diplômés que ceux de 2014, ce qui est aussi un facteur favorable à la plus grande pérennité des entreprises créées. Plus largement, quel que soit le profil du créateur, le taux de pérennité croît.

En revanche, les montants investis à la création sont plus faibles pour les entreprises créées en 2018 que pour celles créées en 2014. En 2018, 39 % des entreprises ont été créées avec moins de 2 000 euros, soit 7 points de plus qu’en 2014. Toutefois, la pérennité des entreprises créées en 2018 avec peu de moyens financiers est plus élevée que celles créées en 2014 avec des moyens financiers analogues : 77 % sont encore actives trois après leur création, contre 63 % pour la génération 2014. Mais un investissement financier initial plus important favorise toujours la viabilité à long terme des entreprises : 84 % des entreprises créées avec au moins 40 000 euros sont toujours actives trois ans après leur création.

La pérennité augmente dans tous les secteurs d’activité

Les entreprises créées en 2018 dans les secteurs des services spécialisés, scientifiques et techniques sont les plus pérennes : 86 %d’entre elles sont toujours actives trois ans après leur création. C’est d’ailleurs le seul secteur d’activité où la pérennité à trois ans des entreprises créées à La Réunion est plus élevée qu’au niveau national. La pérennité est également forte dans l’industrie (83 %).

La pérennité augmente dans tous les secteurs, mais deux d’entre eux se distinguent particulièrement. La hausse du taux de pérennité est la plus forte dans la restauration et l’hébergement : 77 % des entreprises créées en 2018 sont encore en activité trois ans après, soit 21 points de plus que parmi les entreprises créées en 2014. Au niveau national, le taux de pérennité est proche et stable (79 %). Dans ce secteur qui représente 8 % des créations, neuf entreprises réunionnaises sur dix ont bénéficié d’aides Covid.

Dans le secteur de l’industrie, le taux de pérennité à trois ans, de 64 % pour la génération des entreprises créées en 2014, augmente de 19 points. Cette hausse est plus élevée qu’au niveau national (+8 points).

Dans le secteur du commerce, de la réparation automobile et de la motocyclette, qui concentre un quart des créations, les entreprises rencontrent davantage de difficultés à maintenir leur activité sur trois ans. C’est le secteur où le taux de pérennité est le moins élevé (74 %).

Un développement moins assuré des nouvelles entreprises pérennes et moins de créations d’emplois

La pérennité à trois ans nettement plus élevée des entreprises créées en 2018 n’est pas pour autant le signe d’une activité économique qui se soit développée de façon dynamique. Ainsi, 66 % des entreprises créées en 2018 et toujours actives trois ans après ont vu leur chiffre d’affaires baisser depuis le début de la crise sanitaire, contre 55 % en France. La question de leur viabilité à plus long terme se pose donc.

En 2021, les entreprises toujours en activité trois ans après leur création emploient 2 900 personnes, soit une hausse de 830 emplois depuis 2018. Cette augmentation est plus faible que pour celle de la génération d’entreprises pérennes créées en 2014 (+1 260 emplois entre 2014 et 2017). Par ailleurs, les entreprises créées en 2018 et qui ont cessé leur activité depuis employaient 470 personnes.

Interrogées sur les conséquences de la crise sanitaire depuis mars 2020, 43 % des entreprises créées en 2018 et encore en activité en 2021 indiquent qu’elles n’ont pas eu de salariés supplémentaires depuis la crise, 30 % qu’elles n’ont pas fait d’ajustement d’effectifs particuliers et 10 % qu’elles ont eu recours à des ruptures conventionnelles.

Crise sanitaire et aides au maintien de l’activité des entreprises
À La Réunion, 66 % des entreprises créées en 2018 et toujours actives en 2021, ont déclaré une baisse significative de leur activité depuis le début de la crise sanitaire, soit une part supérieure à la moyenne nationale (55 %). Parmi elles, 9 % ont même dû arrêter complètement leur activité pendant un certain temps. Sur cette période, les entreprises ont cumulé les difficultés : 70 % déclarent avoir connu des difficultés financières, 46 % avoir manqué de débouchés du fait du ralentissement économique global et 33 % avoir rencontré des problèmes d’approvisionnement du fait des difficultés de transport.

Ces proportions sont supérieures à celles de l’Hexagone, d’une dizaine de points en moyenne, témoignant de difficultés accrues pour les jeunes entreprises réunionnaises liées à la crise sanitaire.

L’hébergement-restauration a été le secteur le plus concerné : 87 % des entreprises créées dans ce secteur en 2018 et encore actives trois ans après déclarent une baisse d’activité. Le commerce et la réparation automobile ont été également très touchés (72 %). En revanche, le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques apparaît comme le moins concerné (54 %).

Face à ces difficultés, 72 % des entreprises créées à La Réunion en 2018 et toujours en activité en 2021 ont bénéficié d’une aide en lien avec la crise sanitaire, une part plus élevée qu’au niveau national (64 %). Du fait de leur plus grande fragilité, les entrepreneurs individuels ont davantage eu recours à ces aides que les sociétés (76 % contre 70 %). En particulier, dans l’hébergement et la restauration, neuf créateurs sur dix en ont bénéficié, et huit sur dix dans les secteurs de l’enseignement, la santé et l’action sociale, et dans le commerce et la réparation automobile.

Au total, 84 % des créateurs d’entreprises encore actives en 2021 qui ont perçu ces aides, déclarent qu’ils ont pu maintenir leur entreprise grâce à ce dispositif, contre 74 % dans le reste de la France. Sur l’ensemble des entreprises réunionnaises, le nombre total de cessations d’activité, qui s’était sensiblement réduit de 2020 à 2022, revient en 2023 à un niveau légèrement supérieur à celui d’avant-crise sanitaire.

Publication rédigée par : Édouard Fabre, Orégane Effertz (Insee)

Sources
Cette étude s’appuie sur le système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine), qui est un dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. Le champ de l’enquête Sine couvre l’ensemble des créations d’entreprises, hors micro-entrepreneurs, du premier semestre d’une année donnée et qui ont exercé une activité marchande, non agricole, sur une période d’un mois au minimum. Les entreprises créées sous le régime du micro-entrepreneur font l’objet d’une enquête spécifique. Bien que l’échantillon de l’enquête compte 40 000 entreprises, les résultats pour la cohorte Sine 2018 sont obtenus à partir de 24 000 d’entre elles, dûment identifiées comme des entreprises individuelles ou sociétés, les
16 000 autres étant des micro-entrepreneurs. Cette cohorte a été de nouveau enquêtée fin 2021 et le sera une dernière fois fin 2023. Cette étude présente des résultats issus de la deuxième interrogation, en novembre 2021. La nomenclature utilisée pour les enquêtes relatives à la génération 2018 est la NAF rév. 2 au niveau A21. Les intitulés des postes « Autres activités de services » et « Commerce, réparation d’automobiles et de motocycles » ont été remplacés par « Autres activités de services aux ménages » et « Commerce », plus explicites.

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