"Comme une lettre à la poste" : quel équilibre politique à la CINOR ?

Après les élections municipales, la recomposition des intercommunalités s’impose comme un enjeu clé à La Réunion. À la Cinor, l’élection de Jacques Lowinsky à la présidence illustre une volonté de gouvernance partagée entre Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne. Un consensus politique analysé par le politologue Philippe Fabing, qui marque l’entrée dans une nouvelle phase, tournée vers la coopération et la gestion de dossiers structurants.
Après le renouvellement des conseils municipaux, la plus importante intercommunalité de l’île a rapidement trouvé son nouvel exécutif. Sans surprise, Jacques Lowinsky a été élu président de la CINOR le mercredi 8 avril, succédant à Maurice Gironcel, empêché de se représenter.
Une élection préparée en amont
Sans surprise, la présidence de la CINOR a changé de main après le retrait de Maurice Gironcel. Mais au-delà du nom du successeur, c’est surtout la méthode qui interpelle. Aucun affrontement, aucune tension visible : pour Philippe Fabing, directeur de l’institut Sagis, ce calme apparent traduit un accord politique déjà ficelé en coulisses. "Le vote est passé comme une lettre à la poste, ce qui montre que tout avait été verrouillé avant", analyse Philippe Fabing.
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Un consensus facilité par les équilibres issus des municipales et par les rapprochements entre les exécutifs des trois communes, notamment entre Saint-Denis et Sainte-Suzanne.
L’intercommunalité, un espace de compromis obligé
Une fois les élections passées, la logique politique évolue profondément. À l’échelle intercommunale, les rivalités locales laissent place à des impératifs de gestion. "On ne peut pas se permettre d’entrer en conflit frontal, parce que ce sont des structures qui gèrent des compétences essentielles", souligne Philippe Fabing.
Eau, déchets, transports : ces domaines, au cœur des missions des intercommunalités, imposent une coopération étroite entre les communes. À défaut, c’est l’ensemble du territoire qui risque de pâtir de blocages. "Si vous vous mettez mal avec le président, vos dossiers n’avancent plus", résume Pierrot Dupuy.
Un rapport de force à l’avantage de Saint-Denis
Derrière l’image d’unité, les équilibres politiques restent néanmoins déterminants. Avec son poids démographique, Saint-Denis dispose d’une influence majeure au sein du conseil communautaire, frôlant la majorité à elle seule. "Il manquait seulement quelques voix pour la majorité absolue, donc la capacité à construire des alliances est décisive", explique Philippe Fabing.
Dans ce contexte, toute stratégie d’opposition frontale apparaît risquée, notamment pour les communes minoritaires qui pourraient se retrouver marginalisées dans la prise de décision.
Des dossiers structurants au cœur du mandat
Au-delà des jeux d’alliances, la nouvelle gouvernance devra rapidement s’atteler à plusieurs chantiers majeurs. Les transports figurent en première ligne, avec des projets comme le téléphérique ou encore le tramway, régulièrement évoqués. La gestion des déchets constitue également un enjeu sensible, notamment à Sainte-Marie avec le projet d’installation de stockage des déchets ultimes (ISDU) à Beaufond, qui a animé la campagne municipale.
Autant de dossiers structurants qui confirment le rôle central de la CINOR à l’échelle de La Réunion, tant pour les équipements qu’elle pilote que pour son impact direct sur le quotidien des habitants.
Une stabilité à confirmer dans la durée
Si le début de mandat se déroule sous le signe de l’apaisement, la prudence reste de mise. Les équilibres politiques peuvent évoluer et faire émerger des tensions inattendues. "Les équilibres peuvent évoluer avec le temps, des tensions peuvent apparaître là où on ne les attend pas", prévient Philippe Fabing.
Pour l’heure, la CINOR semble avoir trouvé un terrain d’entente pour engager cette nouvelle mandature. Reste à savoir si ce consensus résistera à l’épreuve des décisions concrètes et des dossiers sensibles à venir.


