Collaboration marron entre Patrick Malet et Cyrille Hamilcaro : "Vous étiez le patron"

Plusieurs éléments venaient en appui de ces remarques : la mise à disposition d’un véhicule de fonction, d’un téléphone portable, d’un chauffeur. Mais également du travail effectué avec tous les responsables communaux, le directeur général des services (DGS), le secrétariat de mairie et la direction des ressources humaines (DRH). Ou encore, des interventions dans le recrutement d’agent de la mairie sans en référer à l'édile en poste, Patrick Malet.
Auparavant premier adjoint, ce dernier était devenu maire mi 2014 à la suite de la démission de Cyril Hamilcaro inéligible à l’issue de sa condamnation pour recel de faits d'escroquerie. "Pour soutenir la commune en proie à des millions de dettes", celui-ci avait proposé de devenir "conseiller bénévole". Sauf que pour le procureur financier, cette collaboration était "plus que désintéressée"
Le parquet de St-Pierre avait été saisi et une enquête préliminaire, puis une instruction, avaient été ouvertes. Selon les autorités judiciaires de très nombreux courriels montrent que malgré sa proposition de collaboration bénévole Cyril Hamilcaro donnait des directives aux différents services de la mairie de Saint-Louis et était "une pièce maîtresse" du jeu politique et administratif de la ville.
Liste à la Prévert
Patrick Malet est soupçonné d’avoir été un prête-prénom. "Vous aviez la volonté d’intervenir un peu partout", commente le président de l’audience à l'attention de Cyrille Hamilcaro. Au sein de la police municipale, au niveau de l’aménagement de la ville, au sein des ressources humaines et autres secteurs de la commune" . Telle une liste à la Prévert, Pierre Kuentz a fait l'inventaire des réunions, des décisions, des exemples concrets comme les échanges de messages avec le directeur de cabinet, les signatures de documents, de contrats, de mouvements de personnel. "On a même retrouvé des documents annotés et signés par vous-même comme par exemple le brouillon de la lettre de mission qui avait officialisé votre collaboration... rédigée par vous-même".
Le terme de patron adressé à Hamilcaro est souvent revenu dans le débat bien que Patrick Malet affirme à la barre qu'il bénéficiait aussi de ce qualificatif. Poursuivi pour prise illégale d'intérêts pour avoir facilité l'embauche de son épouse, Nathalie Latchoumy, au poste de directrice du CCAS, Cyrille Hamilcaro détendu et un brin espiègle a affirmé que rien ne l’interdisait à l’époque d’embaucher sa femme, la loi concernant les emplois familiaux datant de 2017. Quant à l'intéressée, outre les arguments juridiques de son avocat, Me Djalil Gangate, il a été précisé qu'avant sa nomination, elle occupait le poste de vice présidente déléguée du CCAS de St-Louis pendant six ans.
En partie civile, la mairie de Saint-Louis a demandé à la cour la somme de 10.000 € de dommages et intérêts pour atteinte aux fonctions de l’administration communale, le CCAS à ce que les rémunérations de Nathalie Latchoumy soient remboursées, soit 62.000 €. Enfin, un groupe de citoyens, l’Association Saint-Louis-La Rivière, s'estimant victime, attend l’euro symbolique.
Pour le parquet général, Cyrille Hamilcaro n’était pas un conseil mais un pilote. L'accusation a donné de nombreux exemples concrets (démontés par la défense) au soutien de ses réquisitions. Pour une atteinte à la démocratie, à une décision de justice ainsi qu’à la probité, 18 mois de prison dont 6 avec sursis probatoire et 20 000 € d'amende ont été requis à son encontre ainsi que 10 ans d'inéligibilité.
Son casier étant vierge Patrick Malet pourrait être condamné à six mois de prison avec sursis et 60 000 € d’amende ainsi que cinq ans d'inéligibilité. 12 mois avec sursis ont été requis à l’encontre de Nathalie Latchoumy ainsi que 60 000 € d’amende et cinq ans d'inéligibilité.
"Cyrille Hamilcaro n'a jamais signé aucune décision à force exécutoire" a tonné Me Alain Rapady en défense de Patrick Malet poursuivi pour complicité alors que Me Normane Omarjee venait de fustiger "un dossier low cost et un zembrocal de preuves". "C'était un super DGS, pas un maire bis" a affirmé le bâtonnier du Sud. "La justice est instrumentalisée à des fins politiques, a conclu le bâtonnier Me Georges-André Hoarau. C'est une façon pour l'actuelle mairesse de se débarrasser des deux autres. La cour d'appel lui donnera une claque judiciaire le 21 septembre prochain".


