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Chronique judiciaire : Claques, coups, insultes…un « modèle éducatif dans le passé; aujourd’hui, il s’agit bien de violences”

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre avait ce jeudi à trancher sur plusieurs affaires de violences intrafamiliales. Des violences portées sur des enfants, mais aussi d'un fils sur sa mère.

Ecrit par Prisca Bigot – le vendredi 12 avril 2024 à 07H51

Une mère de 6 enfants dépassée

 

Caroline*, 36 ans, est jugée pour menaces, mais aussi pour des violences sur 5 de ses 6 enfants durant 2 ans à compter de 2020. Cette mère célibataire a été totalement dépassée quand sa première de 16 ans a entretenu une relation avec une jeune femme adulte. L’ainée de la fratrie a fait le signalement auprès des forces de l’ordre après avoir reçu un message humiliant aux propos insultants de sa maman peu après Noël. Caroline ne retrouvant pas un de ses cadeaux lui a promis de lui “éclater la gueule” ou encore “tu vas voir ce que je vais te faire espèce de merde”, l’a-t-elle menacée.

Auditionnés, les enfants âgés de 16 à 5 ans livrent tous timidement des violences : coups de ceinture, de savates, de balai, claques et des insultes.

Caroline reconnait tout sauf les coups de balai. Au cours de cette procédure, les enfants sont placés. Caroline obtient, en 2021, l’aide éducative qu’elle a demandé. Aux refus, pleurs, caprices…(quotidien de tous parents, lui fait remarquer le juge), la jeune femme ne répond plus désormais par la violence ou le chantage, assure-t-elle, mais par la confiscation des jouets et des téléphones. Caroline a depuis récupéré tous ses enfants, à l’exception d’un de ses garçons qui préfère encore rester chez sa grand-mère. Les quatre pères sont quant à eux toujours aux abonnés absents.

“Il ne faut pas banaliser les mots et les maux”, invite Me Sameidha Mardaye, représentant les enfants par l’intermédiaire de l’Arajufa. Si les coups représentaient un« modèle éducatif dans le passé ; aujourd’hui, il s’agit bien de violences”, rappelle l’avocate.

Caroline reproduirait finalement l’éducation qu’elle a elle-même reçu, faite de violences et de brimades. “Elle a pris des sanctions complétement inadaptées” mais “aujourd’hui le lien mère/enfants n’est pas altéré”, a fait valoir son conseil Me Emmanuelle Blanc-Noël. Caroline est finalement condamnée à 3 mois de prison avec sursis, à payer à son ainée 800 euros pour les souffrances endurées et 350 euros pour ses quatre autres enfants. Elle devra également suivre un stage de parentalité.

 

Une grosse bosse au visage à la première nuit passée chez papa

 

Dans cette affaire, alors qu’il est séparé de la maman depuis peu, Jordan* accueille pour la première fois son fils de quatre ans chez lui pour la nuit. L’homme de 44 ans ne trouve alors rien de mieux à faire que de s’alcooliser. Dans la soirée, une bagarre éclate avec son frère. Les coups vont jusqu’au sang, et cela, devant l’enfant. Quand la mère vient récupérer son fils le lendemain matin, l’énorme bosse sur le front lui saute aux yeux.

“C’était le week-end”, livre comme explications à la barre Jordan qui n’en sait pas plus sur comment l’enfant sous sa garde a eu une telle bosse. Jordan était en effet trop ivre le soir des faits pour s’en souvenir. “Sincèrement, je n’ai pas tapé mon fils, je l’aime trop, je ne le vois pas assez souvent”, tente-t-il d’attendrir le prétoire.

Son fils en tout cas ne veut plus voir son père depuis qu’il l’a frappé, a-t-il confié à sa maman et aux enquêteurs. 6 mois de sursis probatoire sont prononcés à l’encontre de Jordan qui devra également trouver un travail, soigner son addiction à l’alcool, suivre un stage de responsabilité parentale et indemniser de 1.000 euros son fils.

 

La seule victime, c’est votre fille

 

Cet ancien couple de Cafriplainois finit en larmes face au juge, mais a oublié tout simplement pourquoi il se déchirait. À coups de plaintes lancées de part et d’autre, la souffrance de leur fille n’a dû cesser de grandir. Madame comparaissait à la barre ce jeudi pour non-représentation de l’enfant. Pour s’expliquer, la mère évoque la nouvelle compagne de son ex qui aurait un casier judiciaire et des coups que Monsieur aurait portés sur l’enfant. Le père, lui, indique que la situation entre les deux parents s’est détériorée à partir du moment où il a porté plainte contre l’ex-petit de madame pour attouchements sexuels.

“À un moment, ça suffit”, tonne le procureur face à ces deux parents, “A la prochaine plainte, j’alerte le juge des affaires familiales. La seule victime, c’est votre fille. Vous êtes en train de la détruire”, tance le représentant de la société alors que la moitié des affaires de cette audience n’ont pas encore été examinées. Le juge décide finalement d’ajourner la peine au 22 octobre prochain avec mise à l’épreuve que la mère remette bien l’enfant.

 

Il perd pied quand il apprend que sa mère a payé pour sa relation amoureuse

 

Cette dernière affaire se déroule sur fond d’histoire familiale complexe. Elle concerne des violences sur ascendant, qui témoignent également d’un dysfonctionnement familial. Simon*, 60 ans, est ici jugé pour avoir poussé et frappé d’un coup de poing sa mère Jeanne, octogénaire, et depuis décédée.

L’homme vivait chez sa mère et son beau-père au moment des faits. Ce 14 février 2019, une dispute éclate entre mère et fils. Simon a appris que sa mère lui avait menti. Jeanne* a payé une dame pour qu’elle ait une relation amoureuse avec son fils et qu’il ne revienne pas à La Réunion, explique son avocate Me Virginie Von Pine. Simon reconnaît avoir saisi sa mère par les poignets et l’avoir poussée, mais nie l’avoir frappée.

Quand elle est tombée, sa tête a heurté une marche. Parce que Jeanne était certes sonnée, mais consciente, l’œdème cérébral dont elle a souffert a été découvert bien plus tard.

La procédure judiciaire lancée, Simon finit par s’effondrer totalement. Il est rapidement hospitalisé sous contrainte et est diagnostiqué bipolaire. “Il y a des années que j’étais comme ça, c’est certain”, comprennent Simon et les proches qui lui restent. Désormais, un nom est mis sur ses années d’errance ou encore sa place de “fou de la famille”. L’histoire familiale de Simon est également marquée par l’absence d’un père dont il ne connait pas l’identité, plaide son avocate.

“Néanmoins, il a poussé une personne âgée, qui plus est, sa mère, et cela, avec des conséquences importantes. Nous sommes à la limite de violences ayant entrainé une infirmité permanente”, note le parquet.

“Je regrette évidemment. Ça ne se serait pas passé si j’avais eu ce traitement”, conclut Simon, encore aujourd’hui hospitalisé en unité de soins psychiatriques. Simon écope de 12 mois de sursis probatoire assortis de l’obligation de travailler et de poursuivre ses soins.

* prénoms d’emprunt

 

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