Chômage à La Réunion : un défi exacerbé par les possibles coupes budgétaires

En déplacement à la Réunion, Thibault Guilluy, directeur général de France Travail, s’est rendu ce lundi à un forum d’insertion se déroulant à Saint-Denis. L’occasion était trop belle pour l’interpeller sur les coupures prévues par l’exécutif, qui souhaite amputer l’organisme de 500 de ses agents. Une mesure qui risque d’impacter la qualité de service de l'organisme.
Sous le soleil écrasant de Saint-Denis, on peine à circuler entre les différents stands installés pour ce forum de l’insertion. On ne peut pas dire que ce type d’événement n’attire pas. En partenariat avec la commune, cet événement national permet aux personnes en recherche d’emploi de participer à des jobs dating.
La stratégie municipale est de favoriser les contrats d’insertion en multipliant les partenariats avec France Travail. Aujourd’hui, 25 entreprises dionysiennes ont 55 postes à pourvoir dans de nombreux secteurs. Au total, la mairie a organisé, ces dernières années, près de 14 jobs dating (pour plus de 300 emplois trouvés). Elle investit par ailleurs près de 30 millions d’euros dans des associations privilégiant l’insertion de la population. Cela représente 67.000 propositions de contrats aidés, chantiers d’insertion ou encore de job dating en quatre ans.
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« D’abord, ça fait la démonstration à tous ceux qui voudraient faire penser que les gens ne veulent pas travailler. Si les gens ont besoin et ont envie de travailler : ce sont deux notions qui s’additionnent. Mais pour pouvoir faire un métier, il faut le découvrir, développer des capacités pour ne pas être en échec. Il y a une vraie dynamique. Aujourd’hui, les chefs d’entreprises nous disent qu’ils ont besoin de monde, mais ils ne trouvent pas », explique Ericka Bareigts, qui fait le pont avec France Travail. Au total, 66 actions ont été menées par la commune et l’organisme d’État.
Lever la barrière du CV
Comme l’a rappelé Ericka Bareigts, Saint-Denis voit près de 30% de sa population ne pas travailler. Pourtant, on constate que certains corps de métier peinent encore à trouver des employés. « On a trop longtemps cru que c’était juste à cause d’un CV ou d’un manque d’expérience professionnelle. Le plus important, c’est d’identifier les personnes qui sont motivées. Les entreprises cherchent d’abord le savoir-être. À nous de détecter ensemble, aller au pied des immeubles, grâce aux CCAS notamment, pour aller à la rencontre des habitants et leur dire “c’est possible !” », explique le directeur général de France Travail, Thibault Guilluy. Par ailleurs, des dispositifs existent pour former ces personnes volontaires. L’organisme d’État déplore et reconnaît des lacunes dans certaines formations, « en déconnexion avec la réalité du terrain ».
« Nous, on met en place un dispositif pour permettre aux entreprises de former l’employé de leur choix », éclaire Olivier Pelvoizin, directeur régional de France Travail. Si un employeur est intéressé par le profil d’un employé sans compétence, ces travaux permettent de cibler ces cas et de proposer une formation adéquate.
Faire plus avec moins de moyens
Selon la FSU Emploi Réunion, le personnel de France Travail manque de moyens humains ; conséquence : cela fragilise grandement l’organisme d’État, créant une tension dans les services et des actes d’incivilité envers les agents qui se multiplient, instaurant « un mal-être » chez les employés. Le syndicat estime que le levier de formation est « inopérant » à la Réunion, continuant ainsi de creuser des inégalités croissantes.
Concernant ce dernier point, Thibault Guilluy s’est empressé de réagir : « Faisons confiance aux collaborateurs de France Travail. Depuis toujours, nous avons cherché à nous améliorer avec les moyens qu’on avait. » Le directeur général assure que « ce n’est pas juste une question de budget » et cite en exemple le forum mis en place aujourd’hui et les acteurs participant à la recherche d’emploi. « Toujours des moyens en plus… il faut quand même regarder tout ce qu’on peut faire ensemble quand on coopère. »
Pour rappel, une grève organisée par une intersyndicale de la fonction publique est prévue le 5 décembre dans toute la France.
Coupe de 500 emplois au sein de France Travail
Nous avons surpris une conversation entre le directeur général de France Travail et Philippe Naillet, député de la 1re circonscription de Saint-Denis. Elle portait sur la suppression de 500 agents au sein même de France Travail. Comme expliqué plus haut, les syndicats dénoncent des conditions de travail qui se dégradent. Cette coupe est vivement critiquée par l’intersyndicale.

Interrogé par la suite sur cette mesure, qui entre dans le projet de loi de finances 2025, le député PS explique que cette mesure ne « tient pas la route » : « J’ai dit au directeur de France Travail qu’il peut compter sur moi pour continuer le travail de mise en garde à l’égard du gouvernement. Au moment où on va demander à France Travail d’accompagner les bénéficiaires du RSA, on ne peut pas diminuer les moyens. […] Bien sûr, nous sommes en phase là-dessus : il ne faut pas minorer les moyens. »
« Notre métier, c’est d’abord de l’humain. Évidemment qu’il faut des conseillers pour accompagner les demandeurs d’emploi », conclut Thibault Guilluy.
Pour rappel, auparavant imputé aux Départements, le versement du revenu solidaire d’activité tend à être une compétence de France Travail. À la Réunion, c’est déjà le cas depuis 2020.


