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Carrières : l’État épinglé pour un schéma régional jugé trop faible sur le plan environnemental

Ecrit par J.D. – le dimanche 28 décembre 2025 à 06H07

Dans un avis rendu le 18 décembre, l’Autorité environnementale critique la méthode et le contenu du schéma régional des carrières de La Réunion. Si elle salue un dossier « de bonne facture », elle déplore une évaluation environnementale sans recul, des ambitions écologiques limitées et l’absence de réponses claires sur des sites sensibles comme Bois-Blanc.

Présenté comme un outil de planification stratégique pour organiser l’approvisionnement en matériaux de construction sur les douze prochaines années, le schéma régional des carrières (SRC) de La Réunion n’a pas convaincu l’Autorité environnementale. Dans son avis délibéré du 18 décembre 2025, celle-ci pointe de nombreuses lacunes dans un document pourtant attendu depuis plusieurs années.

« Le dossier présenté est de bonne facture ; certains éléments font défaut, ce qui conduit l’Ae à émettre les recommandations qui suivent », note d’emblée l’instance indépendante. Mais derrière cette formule polie, le constat est sans appel : « Le dossier ne témoigne pas de la conduite d’une démarche d’évaluation environnementale itérative […] Ce dernier reprend des éléments du SRC sans prise de recul ou analyse critique. » En d’autres termes, le rapport environnemental, censé garantir la cohérence et la crédibilité du schéma, se contente de le paraphraser au lieu de l’interroger.

La carrière de Bois Blanc jamais citée

Cette critique vise directement la méthode employée par la Deal, qui a piloté l’élaboration du schéma pour le compte du préfet. L’Autorité estime que la stratégie retenue — classer la quasi-totalité des gisements alluvionnaires en « gisements d’intérêt régional » — entre en contradiction avec les enjeux de préservation des nappes phréatiques et des rivières. Le cas de la rivière des Remparts, citée dans l’avis, illustre ces contradictions : le schéma y maintient des exploitations alors même que la zone est identifiée comme ressource stratégique.

Autre point sensible : le site de Bois-Blanc, qui cristallise depuis des années les oppositions entre environnementalistes et carriers. Bien qu’au cœur du débat public, il n’est jamais nommé dans le document. Cette carrière a été récemment le lieu d'une nouvelle passe d'armes entre la collectivité régionale et la préfecture.

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L’Ae souligne l’ambiguïté du positionnement de l’État, qui évoque la nécessité d’un meilleur équilibre entre gisements, sans préciser comment les zones les plus contestées seront traitées. Pour l’Autorité, la cartographie des gisements d’intérêt régional reste « floue » et ne permet pas d’appréhender les effets cumulés sur les milieux naturels.

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L’instance indépendante reproche également à l’État de ne pas avoir tiré les leçons du passé. Le précédent schéma de 2010 prévoyait déjà la création d’un observatoire des matériaux, jamais mis en œuvre. Le nouveau SRC promet d’y remédier, mais sans détailler son fonctionnement. « Les indicateurs de suivi ne sont pas définis », constate l’Ae, qui insiste sur la nécessité de mettre en place un dispositif de gouvernance « efficace et transparent ».

Sur le fond, les ambitions environnementales du schéma sont jugées trop modestes. L’Ae regrette que « le SRC n’ait pas pour vocation à définir une stratégie de réduction des besoins en matériaux », alors même que la consommation de granulats reste soutenue et que la filière du recyclage peine à se structurer. Les orientations sur le recours aux roches massives, déjà annoncées dans le schéma de 2010, « ne sont pas crédibles faute de mesures concrètes », relève-t-elle encore.

Au total, l’avis délibéré met en lumière un paradoxe : un État qui affiche une planification « durable » mais reste prisonnier de logiques d’extraction intensives. L’Autorité environnementale prévient : la réussite du schéma dépendra de la « qualité du pilotage » et de la « volonté de rehausser l’ambition environnementale ».

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