Revenir à la rubrique : Océan Indien

Budget 2025–2026 de Maurice : incertitudes pour les investisseurs étrangers

Ecrit par N.P. – le mardi 10 juin 2025 à 14H05

Le Budget 2025–2026, présenté hier soir par le Premier ministre et ministre des Finances, Navinchandra Ramgoolam veut s'inscrire dans un tournant stratégique pour l’économie mauricienne. Porté par la volonté de renforcer l’équité fiscale et de maîtriser les dépenses publiques, ce budget apporte des changements profonds, notamment dans les domaines de la fiscalité, de l’immobilier, de l’immigration et des investissements. S’il affiche une volonté de réforme et d’adaptation aux réalités économiques actuelles, il soulève aussi des interrogations majeures, en particulier chez les investisseurs étrangers.

Les conditions d’acquisition, de revente, et de séjour à Maurice revues

C’est dans le domaine de l’immobilier, et plus particulièrement en ce qui concerne les non-citoyens mauriciens, que le budget marque une rupture et soulève beaucoup d'interrogations. Les mesures annoncées affectent directement les conditions d’acquisition, de revente, et de séjour à Maurice. Les droits d’enregistrement et la Land Transfer Tax doublent pour les étrangers, atteignant désormais 10 %, voire 30 % de la plus-value réalisée à la revente. Les exonérations fiscales pour les nouveaux projets Smart City sont supprimées, et le cadre légal autour de l’achat de biens résidentiels hors des schémas existants est considérablement restreint.

Ces nouvelles orientations, bien qu’inscrites dans une logique de souveraineté et de protection du territoire, peuvent apparaître comme un revirement pour les investisseurs internationaux, jusque-là séduits par l’environnement fiscal favorable et stable de l’île. Maurice, qui s’était imposée comme une place forte de l’investissement immobilier international en Afrique et dans l’océan Indien, semble aujourd’hui opérer un recentrage sur l’intérêt national, au risque d’éroder une partie de son attractivité.

Inquiétudes chez les investisseurs étrangers

Ce changement de cap soulève plusieurs inquiétudes chez les investisseurs étrangers. Tout d’abord, la perte de certains avantages fiscaux historiques remet en cause la rentabilité attendue des projets en cours ou envisagés. Ensuite, la complexité croissante des critères d’éligibilité et la révision des permis de séjour — notamment pour les retraités — rendent l’installation à Maurice plus contraignante, voire dissuasive pour certains profils. Enfin, le caractère rétroactif de certaines mesures, qui s’appliquent même aux transactions ayant déjà fait l’objet d’un accord de réservation, renforce un sentiment d’insécurité juridique.

Dans ce contexte, un climat d’attentisme pourrait s’installer. Les promoteurs, tout comme les particuliers, pourraient reconsidérer ou différer leurs décisions d’investissement en attendant des clarifications, voire des ajustements. Les investisseurs de long terme, sensibles à la stabilité des règles du jeu, attendront de voir si ces mesures s’inscrivent dans une trajectoire durable ou s’il s’agit d’un ajustement temporaire au contexte économique. La réussite de cette équation complexe dépendra de la manière dont ces réformes seront mises en œuvre dans les mois à venir.

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :