« Bloquons tout » : à quoi s'attendre à La Réunion pour ce mercredi 10 septembre

À La Réunion, l'interrogation demeure sur l'ampleur que revêtira la mobilisation à l'appel à tout bloquer lancé sur les réseaux sociaux, repris par certains syndicats et élus politiques. Deux rassemblements sont prévus devant la préfecture de Saint-Denis et la sous-préfecture de Saint-Pierre, tandis que des blocages de ronds-points ou de supermarchés sont attendus.
Lancé dans les méandres d'internet, sur le réseau social X, l'appel à bloquer le système économique français, à une date choisie pour une raison qu'on ignore, est désormais pris très au sérieux jusqu'au plus haut sommet de l'État.
Bruno Retailleau, l'ambitieux ministre de l'Intérieur de l'ex-gouvernement de François Bayrou, a annoncé depuis plusieurs semaines de fortes mesures de répression à l'encontre de toute manifestation non déclarée sur la voie publique. Le Syndicat national du journalisme (SNJ) a révélé qu'un document du ministère de l'Intérieur, diffusé au sein des forces de l'ordre, stipule que le statut de journaliste ne s'appliquera plus dans des situations de violences urbaines.
Selon les annonces de Bruno Retailleau, 80.000 policiers seront mobilisés ce 10 septembre afin d'empêcher tout blocage de rond-point, débordement sur la voie publique ou dégradation. À La Réunion, la préfecture indique que « les effectifs de police et de gendarmerie sont mobilisés en encadrement des manifestations déclarées et en prévention des troubles à l'ordre public ».
Les planètes semblent alignées pour les syndicats
Difficile cependant de prévoir quelle tournure prendra la mobilisation, ni même si elle va s'installer dans la durée et s'intensifier, comme pour les Gilets jaunes en 2018 ou le Cospar en 2009. Certains fonctionnaires de l'administration, à l'image de ceux du tribunal administratif, ont reçu la consigne de télétravailler, tandis que le Centre hospitalier universitaire incite les patients à anticiper des perturbations sur le réseau routier, en indiquant que « certaines consultations ou prises en charge programmées pourraient être annulées ou reportées ».
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Pour les syndicats de l'Hexagone comme ceux de l'île, le vrai rendez-vous de la contestation de la politique gouvernementale était initialement fixé au 18 septembre, date prévue pour un appel à la grève national. Mais avec le vote de défiance des députés contre le gouvernement Bayrou, le contexte social brûlant et l'appel national à la grève du 18 septembre, les planètes semblent alignées.
« C'est tant mieux s'il y a un mouvement populaire, mais la grève reste la seule arme que les travailleurs ont pour bloquer l'économie, c'est cela qu'on contrôle », avance Jean-Paul Paquiry, le secrétaire général de FO. « Le Cospar fait partie des plus grandes manifestations qu'on a faite : 30.000 salariés dans la rue, qui ont défilé depuis la gare routière en passant par la rue maréchal Leclerc, c'était un mouvement qui était puissant. Le patronat a vu que cela pouvait perdurer, c'est pour ça qu'ils ont accordé cette prime. La grève c'est l'ultime recours qu'ont les travailleurs. »
Des rassemblements devant les préfectures pour commencer
Cinq syndicats de l'île (CGTR, FO, Solidaires, FSU et Union des étudiants) appellent à des rassemblements ce mercredi matin à 9h, devant la préfecture de Saint-Denis et la sous-préfecture de Saint-Pierre. Bien que ce n'était pas prévu par l'intersyndicale du 3 septembre dernier, FO a choisi de se démarquer en se rassemblant d'abord devant les Jardins de la plage, avant de rejoindre la sous-préfecture.
« On se rassemble devant les préfectures pour les prises de parole, mais ensuite chacun est libre d'aller manifester où il le souhaite, y compris devant son lieu de travail », résume Jean-Paul Paquiry. De source syndicale, certains militants envisageraint plutôt de se rendre directement sur un rond-point ou sur un lieu de blocage.
D'une manière générale, l'appel à rester chez soi, à ne pas consommer dans les grandes enseignes ou à ne pas utiliser sa carte bancaire semble considéré comme une méthode de contestation au pire inefficace, au mieux symbolique.
« L'action, pour nous, ce sera une action de blocage »
« Nous, on pense que le boycott, la consommation suspendue, cela peut avoir un impact mais c'est une action complémentaire. En termes d'action, on privilégie toujours les mobilisations collectives », cadre Didier Bourse, l'un des porte-paroles d'Attac Réunion. « L'action, pour nous, ce sera une action de blocage. Aller vers les lieux de vie chère et de profits maximaux, c'est-à-dire les hypermarchés et centres commerciaux : ce sont bien sûr sur ces cibles-là qu'on aura un impact. Aujourd'hui, on a besoin d'une action symbolique qui dise qu'on en a ras-le-bol. »
Tractage sur les marchés, ron kozé devant la mairie de Saint-Paul ou sur les Jardins de la plage à Saint-Pierre : Attac a mobilisé sa culture du militantisme pour inciter la population, sinon à rejoindre le mouvement, au moins à le considérer avec attention. Car les mécontents seront certainement très nombreux ce 10 septembre, si les embouteillages s'installent, comme lors des Gilets jaunes, avec pour conséquence une baisse d'activité économique pour les petits commerçants.
Le niveau de mobilisation dans l'Hexagone surveillé
« Ce ne sont pas les gens qui sont à la tête des TPE qui font la vie chère à La Réunion : c'est un constat, une réalité. Ce sont pas les TPE qui se gavent, regardez les chiffres de l'Insee. Moi je me dis toujours : consommer chez les petits, c'est la clé pour sauver l'économie de La Réunion », lance Younous Adame, le président du syndicat ORTPE (Organisation réunionnaise des très petites entreprises).
S'il dit comprendre la colère d'une large partie de la population, Younous Adam répète que les commerçants, eux, ne peuvent pas se permettre de baisser les rideaux pour aller manifester. La clé de ce mercredi 10 septembre, et d'une suite éventuelle du mouvement, résidera dans la mobilisation, ou au moins dans le soutien apporté aux manifestants et grévistes, dans l'Hexagone comme à La Réunion.


