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Des “Gilets jaunes” prêts à (re)passer à l’action

Ecrit par Philippe Madubost – le mardi 9 septembre 2025 à 19H03

Alors que La Réunion retient son souffle dans l’attente de l’évolution du mouvement social annoncé pour ce mercredi et les prochains jours, nous avons interrogé d’anciens “gilets jaunes”. Si tous décrivent une situation sociale encore plus dégradée qu’en 2018 et une envie de se mobiliser, les avis divergent sur les actions à mener, entre blocage massif et action ciblée. Il suffira d'une étincelle...

C’était le 17 novembre 2018. Ce jour-là, répondant à un appel lancé (déjà) sur les réseaux sociaux, des milliers de Français avaient enfilé un gilet jaune et débarqué sur les ronds-points pour dire non à la hausse du prix des carburants et à la vie chère.
Le point de départ d’un mouvement qui allait bloquer entièrement La Réunion et secouer le pays pendant plusieurs mois.

Sept ans après, la flamme n’est pas éteinte chez les anciens “gilets jaunes” que nous avons rencontrés. Leur constat n’a pas changé, la situation sociale se serait même encore dégradée à leurs yeux.
Le coût de la vie est toujours au cœur des préoccupations, la méfiance envers les politiques est généralisée, et la tentation de redescendre dans la rue bien réelle, mais avec des divergences : blocages massifs ou actions ciblées, mouvement populaire ou structuré ?

Lire aussi : "Bloquons tout", à quoi s'attendre à La Réunion

Sergine : “Prête à me mobiliser”

Pour Sergine, qui avait rejoint le mouvement dès le premier jour, 2018 reste une étape importante de sa vie. “Je me suis découverte. J’étais réservée, et j’ai rencontré des gens de tous horizons : retraités, étudiants, libéraux… Une vraie mixité sociale. On pointait les mêmes problèmes, partagés par tous.”

Si elle garde une certaine amertume sur le bilan du mouvement, elle n’exclut pas de repartir en première ligne : “Pas pour moi, mais pour mes enfants. La vie est encore plus chère qu’à l’époque. Aujourd’hui les gens vivent à crédit même pour manger au supermarché. Une boîte de cassoulet, c’est près de 6 euros ! Si je vois que c’est un mouvement sérieux et qui peut tenir, oui, je me mobiliserai pour qu’il puisse tenir.”

Cela en “structurant” peut-être davantage le mouvement et en ne laissant pas de place au politique.
La méfiance envers les élus est totale : “Pourquoi aller marcher avec eux alors qu’on est dans cette situation à cause d’eux ! Ils n’ont rien à faire dedans.”
Raison pour laquelle elle estime que si un mouvement doit démarrer, ce ne sera pas le 10 septembre…

Selon elle, l’erreur a été de lâcher les barrages : “Je suis persuadée que si on avait encore tenu un peu, on aurait pu avoir des choses, c’est certain. Les maires nous mangeaient dans les mains. S’il n’y a plus rien qui fonctionne, ils seront obligés de faire quelque chose.”

Kévin : “On n’aurait pas dû lâcher”

Même avis pour Kévin. Le chef d’entreprise faisait partie des figures locales du mouvement à Saint-André. Pour lui, l’une des grandes erreurs a été de négocier avec les politiques : “On était organisés entre nous. Mais dès qu’on a commencé à négocier avec l’État et les élus, on leur a donné la main. C’est comme ça qu’on a perdu le contrôle.”

Aujourd’hui, il reste convaincu que le mouvement aurait dû durer plus longtemps : “On n’aurait pas dû lâcher. Les revendications sont les mêmes qu’en 2018, mais la situation est encore plus difficile pour les entreprises. On ne fait que payer, toujours plus.”

Il se dit prêt à se mobiliser, mais sous certaines conditions : “Je descendrai dans la rue si c’est un vrai mouvement populaire, pas organisé par les politiques ou les syndicalistes. Sinon, ce sera voué à l’échec.”

Olivier* : “Pas de violence, pas de récupération”

Enseignant dans l’Est, Olivier avait participé à des barrages à Saint-Benoît mais sans s’engager dans la durée. Aujourd’hui, il se dit toujours partagé : “Je ne participerai pas à un mouvement violent. Mais si c’est structuré et bien organisé, pourquoi pas. Pas pour moi, mais par solidarité avec ceux qui vivent dans la misère. Bloquer peut être un mal nécessaire.”

Il pointe du doigt le rôle du gouvernement : “Emmanuel Macron n’écoute personne. Pas de référendum, pas de démocratie directe, pas de RIC (référendum d'initiative citoyenne). Il cherche tout le temps à allumer le feu.”

Comme beaucoup, il est dans l’expectative et dans l’attente de l’évolution de la situation.

Judex Thermea (à droite ici lors d'une rencontre avec Jean-Paul Virapoullé), jette un regard amère sur le bilan de 2018.

Judex Termea : “Bloquer les gros, pas les petits”

Ancien acteur du mouvement dans l’Est, Judex Termea dresse un bilan plus amer : “Les gens ont perdu sept jours de travail. On est tombés dans le piège des politiques.”

Il estime que l’économie réunionnaise, fragilisée par les cyclones récents, ne peut supporter un nouveau blocage général : “Avant le cyclone, on était déjà sous perfusion. Aujourd’hui, si en plus on ne peut pas travailler, ce serait catastrophique.”

Pour lui, la réponse doit être différente. Il appelle à une action ciblée vers le porte-monnaie et en direction des grandes enseignes :
“Il faut cibler les grosses entreprises. Une journée sans consommer chez elles, et vous verrez le changement. Le pouvoir est dans les mains du monde économique. Si personne n’achète de bichiques à 100 euros, les prix baisseront vite. Le vrai pouvoir est là.”

Sept ans plus tard, le constat n’a pas changé. Il ne manque plus que l’étincelle…

* Prénom d’emprunt

Etiquettes : 10 septembre | Manifestation

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