Biodiversité : un élevage temporaire pour relancer la reproduction du gecko vert de Manapany

Classé en danger critique d’extinction, le gecko vert de Manapany fait l’objet d’un dispositif inédit de sauvegarde. Dans le cadre du Plan national d’action, une trentaine d’individus vont être temporairement prélevés et élevés en captivité afin de favoriser leur reproduction.
Parmi les sept espèces de reptiles originelles recensées à La Réunion, il n’en subsiste plus que deux : le gecko vert de Bourbon et le gecko vert de Manapany. Ce dernier est aujourd’hui notamment classé en danger critique d’extinction sur la Liste rouge française des espèces menacées de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) . La disparition progressive de son habitat naturel, provoquée par l’urbanisation ainsi qu’à l’introduction d’espèces végétales et animales exotiques, a entraîné une chute alarmante de ses effectifs.
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La population de geckos verts de Manapany est désormais fragmentée en une vingtaine de noyaux isolés, répartis sur une étroite bande littorale d’environ 11 kilomètres entre Saint-Joseph et Saint-Pierre.
Pour tenter d’enrayer ce déclin, l’État a donné son feu vert à une opération de sauvegarde pilotée par l’association Nature Océan Indien. En décembre dernier, le préfet de La Réunion a autorisé la capture, le transport, le maintien temporaire en captivité et le relâcher d’individus adultes, dans le cadre du Plan national d’action (PNA) en faveur des geckos verts endémiques de La Réunion (2020-2029).
Une trentaine de spécimens adultes seront ainsi prélevés sur une période de cinq ans, à partir de mars prochain, sur les falaises littorales de Manapany, à Saint-Joseph, Petite-Île et Saint-Pierre.
Un élevage scientifique et strictement encadré
Cette phase de captivité est pensée comme une période transitoire, le temps de relancer la reproduction et de permettre aux individus de s’adapter à ces nouvelles conditions, explique Jérémie Souchet, responsable scientifique et d’élevage au sein de Nature Océan Indien.
Les captures sont réalisées à la main."L’élevage des individus est réalisé dans un enclos grillagé à l’abri des prédateurs et comportant des exo-terrariums individuels. Dans ceux-ci sont placés des plantes indigènes favorables à l’espèce, de l’eau, un tube en plastique servant d'abri et de place d’insolation ainsi que de tubes en bambou pour la ponte”, indique l'arrêté préfectoral précisant les conditions de réalisation des opérations. De nombreuses autorisations et certificats étaient nécessaires pour le maintien en captivité d’une espèce protégée.
L’élevage est conduit avec un minimum de contact humain. Les adultes capturés seront relâchés sur leur site de prélèvement. L’équipe scientifique espère ainsi obtenir entre 40 à 80 jeunes par an. "La reproduction a lieu essentiellement durant la saison chaude, de septembre à mars. Les femelles pondent deux œufs par an, contrairement au grand gecko vert de Madagascar qui en produit sept à huit", précise Jérémie Souchet. Une reproduction lente, alors même que les prédateurs et concurrents du gecko vert de Manapany se multiplient, parmi lesquels les oiseaux, les rats, les couleuvres loups, mais aussi d’autres espèces de geckos exotiques et certaines fourmis.
Une expérience fondée sur les enseignements du passé
Ce n’est pas la première tentative d’élevage du gecko vert de Manapany. En 2020, l’association avait déjà été autorisée à capturer des juvéniles afin de les maintenir en vie jusqu’à l’âge adulte. Une expérimentation dont les résultats se sont révélés limités en raison du faible nombre de jeunes ayant atteint ce stade.
En intervenant cette fois-ci plus en amont, Nature Océan Indien espère adapter la méthode à une échelle plus large et influer durablement sur la dynamique démographique de l’espèce. En parallèle, l’association, soutenue par des bénévoles et la communauté scientifique, poursuit ses actions de restauration de l’habitat naturel et de lutte contre les prédateurs introduits par l’activité humaine.


