Bien connu du prétoire des assises, l'expert psychiatre Roland Coutanceau visé par trois plaintes dans des affaires de violences intrafamiliales

Psychiatre et criminologue, président de la Ligue française de santé mentale, le docteur Roland Coutanceau est bien connu des aficionados de la cour d'assises de la Réunion. Régulièrement, son visage s'affiche sur les écrans de visioconférence lors des audiences criminelles. L'expert déroule en détail sa rencontre avec l'accusé et tente d'expliquer ce qui a pu pousser celui-ci à commettre un crime. A l'origine de la création en région parisienne d'un pôle de victimologie et de thérapie familiale qui fait référence, le septuagénaire est l'auteur de nombreux ouvrages sur les violences intrafamiliales (VIF).
Rue Juliette Dodu, ses diagnostics sont souvent très attendus et peuvent faire une vraie différence dans les décisions rendues par le jury populaire. Surtout lorsqu'un doute plane sur la culpabilité de l'accusé et qu'un éclairage sur sa personnalité et les conditions de son passage à l'acte méritent une attention particulière. Ou encore lorsque l'altération voire l'abolition du discernement a été posé par l'expert psychiatre. En défense notamment, les avocats jouent parfois leur va-tout lors des questions qu'ils posent au spécialiste. Car en fonction de ses analyses, les débats peuvent basculer.
La place des experts judiciaires dans les affaires de VIF interroge
Petit bémol, trois femmes reprochent au médecin des fautes déontologiques dans le cadre de ses missions d’expertise qui auraient entraîné une mise en danger de leurs enfants, a révélé France Info. Elles interrogent sur la place des experts judiciaires dans les affaires de violence intrafamiliales. Le trio féminin blâme "la toute-puissance de l’expert psychiatre" qui, selon elles, fait "figure d’autorité".
Citons cette maman qui a saisi un juge aux affaires familiales pour demander la suspension des droits de visite et d’hébergement de son ex-conjoint. Elle avait en effet découvert dans le téléphone de ses filles des photos et des vidéos à caractère pornographique qui montrait le père nu avec, par exemple, "un jouet de bain posé sur le bout de son sexe". Celui-ci multipliait également les prises de vue de ses progénitures dans des poses suggestives. Mais dans le rapport d’expertise consulté par nos confrères de France Info, Roland Coutanceau avait estimé que la mise en scène "un peu étonnante" excluait à priori "une dimension transgressive, c’est-à-dire sans tonalité incestueuse, ni aspect pédophile spécifique". À la suite de ce rapport, la juge a rouvert les droits de visite au père.
Malgré un profil de père jugé "non incestueux", l'état de santé de sa fillette se dégrade
Pour la seconde plaignante qui a dénoncé des violences sexuelles que son ex-conjoint aurait commis sur leur fille de deux ans, la mère de famille relate un entretien avec le psychiatre "expéditif" et "une expertise biaisé". Roland Coutanceau avait conclu que le père de la fillette n’avait pas "un profil de père incestueux" et avait écarté "toute dangerosité criminologique". Il s’était prononcé pour un droit de garde à la mère et un droit de visite au père. Un avis que le juge pour enfants a suivi. Depuis, l’état de santé de la petite victime n'aurait, selon sa mère, cessé de se dégrader : "Elle a la vulve irritée. Elle se plaint de son père", affirme-t-elle.
Concernant la troisième plaignante, France Info relate l'expertise psychiatrique effectuée dans un contexte de séparation conflictuelle en 2016. L’expert psychiatre avait considéré que le père de la fille, victime d’agressions sexuelles d'après la mère, n’était pas "potentiellement dangereux pour l’enfant". Depuis, la fillette âgée de huit ans qui a décrit "un papa gentil le jour mais qui se transforme la nuit en tracteur pour rouler sur ses enfants" vit à l’étranger avec sa mère. Une fuite afin d'éviter un placement qui a d’ailleurs valu une condamnation pénale à la mère. Une instruction est toujours en cours pour "agression sexuelle sur mineur" visant le père après un premier classement sans suite. Ce qui démontre le poids de l’expert de Roland Coutanceau. Selon la mère, celui-ci balaie tous ces éléments.
France Info cite la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) qui souligne l’influence des expertises telle qu’elle devient parfois plus importante que les avis des thérapeutes qui "soignent, connaissent et accompagnent un enfant qui pourrait potentiellement être une victime". Roland Coutanceau, qui réfute tous les éléments qui lui sont opposés, affirme ne pas être le seul à être visé par des plaintes. Au moins quatre autres experts, psychiatre et psychologue, font aujourd’hui l’objet de plaintes similaires soit pénales soit déontologiques.


