Beachcomber chaud devant

- Attention de ne pas prendre chaud !
Le Commandant de bord nous rappelle la vigilance avant que je pose le pied sur la première marche de la passerelle de l’avion. Une bouffée de chaleur, bienvenue à la Réunion !
Passé la douane, je récupère les bagages, j’enfile mon short. À peine dix minutes que nous sommes Fabienne et moi assis sur la pelouse, adossé au pied du palmier de l’aéroport sous le ciel de Gillot.
- Ça te dit de rester vivre ici ?
- Oui !
Deux heures après… Le coup de soleil sur ma jambe me fait souffrir, Fabienne s’en fout ! Nous sommes le nez collé au hublot repartis dans un avion à hélices direction… Le Paradis.
La poésie, ça n’sert à rien !
Labourer, herser, semer, récolter c’est utile à quelque chose. Vital sinon on meurt de faim. Mais la poésie et ses mots alignés ça n’mange pas de pain, c’est comme le silence qui grince faisant du bruit entre les lignes. Voilà pourquoi la poésie est indispensable. Écrire comme on parle, ou parler comme un livre. C’est vous qui savez !
Mon séjour à l’île Maurice
À l’ombre des filaos
Sous la toile de tente
Sur un terrain immense
Ambre la couleur de peau
Gracieuse une gendarmette
Marche comme une majorette
Coupable
Je pense à quelque chose
Je prie la bouche close
Qu’elle me condamne
Bateau plat transparent
Glissant sur l’océan
Bénitiers géants
Sur le sable mouvant
Jardin de Pamplemousses
Ses allées de verte mousse
Nénuphars
En étendard
Sur le côté du chemin
Du chemin en lacets
Creusée dans la colline
La maison du bon dieu
Sable fin et pépites
Trou aux Biches Mont-Choisi
Curepipe Flic-en-Flacq
Gare à l’arnaque
Joli tapis bicolore
Oiseaux rouges
Oiseaux or
Que c’est beau car il bouge
Dans la boutique des épices
Emplettes et délices
Le sourire de Stéphanie
Et son ennui aussi
Les femmes sont curieuses
Le soleil généreux
Les hommes courageux
La nature est précieuse
Ile blonde Île ronde
Du bout du monde
Tu chantes à la ronde
L’amour caché à l’ombre
À Fabienne et à Suraj
Beachcomber. Spécialité professionnelle décriée par le parvenu Créole à la Réunion. Des personnes qui ont acquis une condition sociale et matérielle supérieure sans en avoir pris les manières.
Dans mon "Séjour à l’île Maurice" j’ai connu un Beachcomber pays. Il ne gratte pas la plage. C’est la plage qui le démange. On était de connivence dans un humour explosif tous les deux chaque fois que l’on se croisait sous les filaos de Trou aux Biches à Mont Choisi. Beachcomber, dragueur professionnel. Nous l’invitions Fabienne et moi à boire un coup au petit snack à côté du commissariat. Nous campions, pas très loin. Sur un terrain immense avec sanitaire. Camping gratuit. Loin du vacancier imbécile fatigué par les années d’économies prisonnier dans le Club Med, obsédé de ski nautique.
Nous avions un succès fou avec la merveilleuse population mauricienne. Spontanément les Mauriciens nous offraient tout et même plus. Ils n’avaient jamais vu de touristes vivres tout simplement comme eux. Mes hommages Madame Île Sœur. Je vous aime passionnément de tout mon cœur.
Avec Fabienne, je me murgeais à la bière Phénix. Lui, mon pote Beachcomber, jamais d’alcool. Il se présente comme le petit cousin d’Henri Salvador. J’enviais sa passion d’artiste. Il ne ratisse par la plage. Mon ami Beachcomber a du doigté. Il tâte à tâtons la naissance d’un sein, le galbe d’une hanche. Il remonte en douceur. En douceur et profondeur. Il frôle jusqu’aux frissons à deux doigts de l’extase. Il est beau, il sent bon le sable chaud. Il fait des massages extraordinaires à la pure huile de coco. D’une rombière, il en fait une princesse. Prestations des plus agréables rémunérées. Publicité assurée de bouche à oreille. Son job joint l’utile à l’agréable, il a des relations. Les maris sont exclus. Carnet de commandes, bourrés à craquer. Séances de massage plein air sur la plage, sous le soleil exactement. La deuxième option se fait dans la stricte intimité avec la jolie touriste richissime dans la chambre du palace pour plus de discrétion. En l’absence du mari ou pas.
Mon Beachcomber, mon ami est plein aux as. Surement plus riche qu’un chefaillon.
Gilles Bayet.


