Bassin de baignade de Grand-Anse : l'étude de la DEAL sur le blanchissement des coraux qui pourrait fragiliser le projet

Après la décision du tribunal administratif mettant un terme à la suspension des travaux d’agrandissement du bassin de baignade de Grand-Anse, les associations environnementales misent notamment sur les conclusions prochaines d’une étude sur l’état de blanchissement des coraux dans le Sud de l’île pour remporter la procédure en appel devant la cour administrative de Bordeaux.
« Nous avons gagné le match aller, la mairie a gagné le match retour. Un partout, balle au centre ». Fair-play, Léo Broudic. Le scientifique de l’Agence de recherche pour la biodiversité de La Réunion (ARBRE) ne conteste pas, sur la forme, la décision rendue par le tribunal administratif de La Réunion le 23 janvier, qui met un terme à la suspension de l’arrêté préfectoral d'autorisation environnementale délivré pour les travaux d’agrandissement du bassin de baignade Grand-Anse.
Pour rappel, la commune de Petite-Île prévoit de porter à 6 500 m² la superficie de l’actuel bassin de baignade en mer de Grand-Anse, partiellement détruit par le cyclone Firinga en 1989 et interdit au public depuis 2014. Si la mairie explique vouloir permettre aux enfants d’apprendre à nager, des enseignants ont fait valoir lors de l’enquête publique (qui a recueilli deux tiers d’avis défavorables au projet) qu’au regard de la difficulté d’obtenir des bus et des incertitudes liées à la météo sur la possibilité de baignade dans un bassin en mer, la construction d’une piscine constituerait une meilleure option.
Procédures administratives
L’association ARBRE fait partie des requérantes qui avaient obtenu, lors d’une procédure en urgence en mars 2025, la suspension du projet porté par le maire de Petite-Île Serge Hoareau. Dans un post sur les réseaux sociaux, celui-ci s’est réjoui d’avoir remporté la bataille sur le fond du dossier, plaidé en décembre dernier au terme d'une rapide instruction de la juridiction administrative, l'édile se félicitant de glaner au passage une condamnation de 4 000 euros pour les associations environnementales.
Communiqué de Serge Hoareau :
« Par décisions en date du 23 janvier 2026, le Tribunal Administratif de Saint-Denis a rejeté les deux requêtes des associations ARBRE, VAGUES, le Taille Vent, Do Moun la Plaine, Tran Sphère Environnement, ATTAC Réunion et Vie Océane de M. Christophe Barbarini. Ainsi, l’autorisation environnementale et l’arrêté de déclaration d’utilité publique sont validés.
Le tribunal a considéré que les apports du projet (qui permettra aux enfants d’apprendre à nager, aux personnes à mobilité réduite de profiter de l’océan sur un territoire où il existe peu d’équipements inclusifs et à la collectivité de développer son attrait touristique) le rendaient "d’utilité publique".
J’aime ma commune ! »
Pour Léo Broudic, doctorant sur l’état de santé des récifs coralliens de La Réunion, le jugement du tribunal ne fait que constater que la mairie de Petite-Île a bien mis en œuvre toutes les procédures administratives nécessaires au projet, ce qu’il ne conteste pas. Ce qu’il conteste en revanche, au même titre que les autres associations environnementales qui feront appel du jugement devant la cour administrative de Bordeaux, c’est notamment le fondement scientifique des arguments de la commune.
« Nous sommes d‘accord sur le principe de sécuriser le bassin actuel »
« La commune présente son projet comme étant favorable à la résilience du récif, mais il n'y a aucune étude qui permet de le dire. Nous sommes contre l’agrandissement du bassin, mais nous sommes d‘accord avec la mairie sur le principe de sécuriser le bassin actuel, compte tenu du risque requin », précise-t-il, en expliquant qu’un enrochement visant à fermer la partie droite du bassin, celle emportée par une houle cyclonique, constituerait la solution la moins nocive pour les 114 m² de récif corallien menacés par le projet d’agrandissement.
Selon lui, l’agrandissement du bassin va modifier la courantologie, sans certitude de garantir un renouvellement d’eau permettant aux coraux encore présents de survivre. Si la commune fait valoir son intention de prélever une partie des coraux (les 114 m² situés dans l’emprise de l’agrandissement) pour les bouturer ailleurs, en s’appuyant sur une opération similaire menée dans le cadre du chantier de la NRL, Léo Broudic avance que les chances de réussite sont incomparables, le récif corallien de Grand-Anse affleurant entre 1 mètre et 1,50 mètre de profondeur, ce qui le rend plus fragile.

Avec d’autres scientifiques, celui qui se présente comme un socio-écologue mène actuellement une campagne d’étude sur l’impact du blanchissement des coraux dans le Sud de l’île. Une étude très sérieuse, puisqu’elle a été commandée par la DEAL (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) après le constat alarmant dressé début 2025 à la suite du passage du cyclone Garance.
La crainte d'une disparition totale du récif corallien à La Réunion
Si l’analyse des données ne devrait pas être communiquée par la préfecture avant la fin du mois de février prochain, Léo Broudic affirme qu’à la lumière des constats effectués, il conviendrait désormais de prendre très au sérieux la menace d’une disparition totale du récif corallien à La Réunion. Une catastrophe écologique dont les conséquences sur l’écosystème et sur l’érosion du littoral ne sauraient être mésestimées.
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Lors de Garance, les coraux de l’Ouest de l’île avaient été ensevelis par des boues chargées d’intrants chimiques et de divers polluants issus des bassins versants. Tandis que ceux du Sud avaient subi un important blanchissement lié aux températures élevées. La criticité de la situation est connue depuis plusieurs années et la DEAL a même soutenu l’association May Mayé et 11 artistes réunionnais, parmi les plus connus, pour promouvoir une chanson sur la protection des récifs coralliens, « Shanté Koray ».
Une autre étude, portant sur l’actualisation de la carte de santé des récifs et axée sur la recherche appliquée et le développement d’outils d'aide à la prise de décision pour les pouvoirs publics, est attendue pour la fin 2026. Le cas échéant, les associations environnementales et leur avocat Me Younous Karjania n’écartent pas la possibilité de former un recours de suspension des travaux, en plaidant des dommages environnementaux irréversibles.


