“On m’avait dit que ce n’était pas un métier de femme” : Anne-Sophie Teulié, première femme à commander le commissariat de Saint-André

À la tête du commissariat de Saint-André depuis septembre, Anne-Sophie Teulié commande environ 130 policiers. De la Goutte-d’Or, dans le XVIIIe arrondissement, aux grandes gares parisiennes, cette Alsacienne d’origine a construit son parcours dans le judiciaire et le commandement des unités de terrain. Son arrivée à La Réunion concrétise une envie ancienne de travailler en outre-mer.
“Quelle idée, ma fille, de vouloir rentrer dans la police.” Anne-Sophie Teulié se souvient des mots de sa mère lorsqu’elle évoquait le métier qu’elle voulait exercer. “On m’avait dit que ce n’était pas un métier de femme”, raconte-t-elle. Ce qui ne l’a pas empêchée de suivre sa vocation et d’atteindre son but.
Entrée dans la police en 2002, à 27 ans, elle est aujourd’hui la première femme à prendre le commandement du commissariat de Saint-André. Elle succède au commandant Chassagne, qui a fait valoir ses droits à la retraite.
Une première pour une femme à Saint-André mais pas à La Réunion où une autre femme dirige déjà un commissariat, celui du Port, depuis 2025.
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Originaire d’Alsace, elle ne vient pourtant pas d’une famille de policiers. Son père était cadre à la Sécurité sociale. Sa vie professionnelle commence comme… agente commerciale dans une banque. Mais la police est déjà dans un coin de sa tête et elle prépare en parallèle le concours.
“Ce n’était pas ce que je voulais faire”, raconte-t-elle à propos de cette première expérience. Son objectif était déjà d’intégrer les forces de police, ce qu'elle fera après avoir réussi le concours d’officier. Suivra une carrière de plus de vingt ans, entre enquêtes judiciaires et commandement d’unités de terrain.
La commandante affiche aujourd'hui une solide expérience.
Le XVIIIe, entre hauts lieux touristiques et trafic de crack
Elle rejoint d’abord le commissariat de La Défense en 2003. Adjointe au chef de groupe, puis cheffe de groupe du quart judiciaire, elle encadre les policiers et suit les dossiers.
Deux ans et demi plus tard, elle choisit la Goutte-d’Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, un secteur découvert pendant ses stages et qu’elle souhaite retrouver.
Un goût du terrain qu’elle revendique : “Je suis plutôt quelqu’un de terrain qui aime les zones difficiles.” Le XVIIIe offre des réalités contrastées, entre les rues touristiques de Montmartre, la vie nocturne de Pigalle et les secteurs de Barbès et de la Goutte-d’Or, marqués notamment par le trafic de crack.
Elle travaille au judiciaire de nuit et y passe huit ans, de 2006 à 2014. Des années exigeantes, mais qu’elle compte parmi “les plus belles” de sa carrière.
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À la tête de la police des gares parisiennes
La suite de son parcours élargit son expérience du commandement. À Mulhouse, elle dirige les unités de voie publique et le quart judiciaire. À Villepinte, en Seine-Saint-Denis, elle prend ensuite la tête du service de sécurisation et de proximité, de 2015 à 2018.
Puis viennent les transports franciliens. À partir de septembre 2018, elle commande la Compagnie nocturne des réseaux, dont les policiers sécurisent les transports de nuit. En février 2021, elle devient cheffe du Département de police des gares parisiennes. Ses unités assurent la sécurisation des grandes gares et l’accueil des victimes.
“Je dirigeais les postes de police des gares parisiennes”, résume-t-elle. Cinq postes dans les gares, auxquels s’ajoutent celui de Châtelet-Les Halles et celui de Saint-Denis-Pleyel, créé pour les Jeux olympiques.
Lorsqu’elle dit venir de la préfecture de police de Paris, il faut donc comprendre une carrière largement consacrée au terrain et au judiciaire.
À Saint-André, elle entend s’appuyer sur cette expérience pour diriger les différents services du commissariat. Des responsabilités auxquelles son parcours l’a préparée : elle a déjà commandé des unités de voie publique, encadré des groupes judiciaires et organisé la sécurisation de lieux très fréquentés. “Mon expérience acquise ne me sera absolument pas inutile”, souligne-t-elle.
“Il ne faut pas avoir peur, en tant que femme”
Cette nouvelle affectation répond aussi à une envie personnelle. “Ça faisait longtemps que je voulais une mission en outre-mer.” Son arrivée à Saint-André représente “une belle opportunité”. Elle découvre une île, un territoire et des équipes, avec environ 130 policiers, femmes et hommes, sous son commandement.
Être la première femme à occuper cette fonction est une fierté, acquiesce-t-elle. Mais le message qu’elle souhaite adresser aux jeunes filles dépasse sa propre nomination. “Il ne faut pas avoir peur, à l’heure actuelle, en tant que femme, d’accéder à des fonctions comme ça”, affirme-t-elle.
À celles qui hésitent à rejoindre la police ou à viser des responsabilités, elle appelle à ne pas laisser le jugement des autres freiner leurs ambitions. Son parcours bouscule l’idée que certains métiers resteraient réservés aux hommes. “Il faut savoir s’affirmer.”


