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Avoir des relations commerciales avec l'Inde, c'est possible selon le Gopio

Actuellement en visite dans l'île pour animer des conférences sur l'Inde, le président de Gopio France, Rajaram Munuswamy, s'attache dans ses missions à Paris à fluidifier les relations commerciales entre entreprises indiennes et françaises. Ce jeudi 6 juin à 17h30, il donnera une conférence à Saint-Denis autour de l'économie indienne dans le cadre d'une expérimentation en cours menée par la CCIR en partenariat avec la Chambre de commerce de Chennai.
Ecrit par T.L. – le mercredi 5 juin 2024 à 16H58
Antoinette Canaguy Latchimy, Richard Souprayenmestry, Rajaram Munuswamy et Johny Arnachellum.

Ambitionner d'entreprendre des relations commerciales avec l'Inde, puissance mondiale concurrente de la Chine, est-ce bien raisonnable pour les entreprises réunionnaises ? Oui, répondent en choeur les membres du Gopio et leur président régional, Richard Souprayenmestry.

« Gopio est une ONG apolitique et areligieuse, née en 1987 à New York. Nous, on a créé une branche locale en 2005 », contextualise Richard Souprayenmestry. « Quand on participait aux conventions internationales, on avait du mal à être identifiés. L'objectif était de faire connaître un peu mieux les Indiens francophones et de valoriser l'héritage indien ici, à La Réunion. »

Dans le cadre de la célébration du 196ème anniversaire de l’arrivée des premiers travailleurs engagés indiens dans l'île le 3 juin 1828, Gopio propose un cycle de conférences qui a débuté lundi à Saint-Paul avec la présentation, par son auteure Bhaswati Mukherjee, du livre « L’Inde et sa Diaspora dans le monde : Un regard vers l’avenir ». La secrétaire générale de Gopio Réunion, Antoinette Canaguy Latchimy, avance que les différentes vagues de migrations indiennes, entamées durant la période de l'engagisme, ont permis la constitution d'une diaspora estimée à 28 millions de personnes dans le monde, lesquelles renverraient 111 milliards d'euros de devises par an à leurs familles restées au pays.

Redevenue une grande puissance mondiale après avoir longtemps subi le pillage des pays colonisateurs, et ce malgré d'énormes disparités économiques et sociales que la Chine a, elle, su mieux atténuer, l'Inde a fait de la France l'un de ses principaux partenaires commerciaux, notamment en matière d'armement. Pour Johny Arnachellum, président de la commission Innovation et digital de la Chambre de commerce de La Réunion (CCIR), d'autres marchés pourraient s'ouvrir, notamment en raison de la proximité culturelle et géographique entre l'Inde et notre île.

« Tout a démarré quand on a reçu l'ambassadeur d'Inde à La Réunion, qui a été marqué par le fait que 50% de la population de l'île est d'origine indienne, en tenant compte du métissage. Il a aussi retenu que sur 100 conteneurs qui arrivent au Port, il n'y en a que 20 qui repartent plein. Il s'est dit : comment améliorer les échanges ? », relate Johny Arnachellum, qui a poursuivi les échanges jusqu'à la signature, le 26 mars dernier, d'un partenariat avec la Chambre de commerce de Chennai.

« On a eu cet outil entre les mains et on a rien fait »

« L'Inde a du mal à rentrer sur les marchés en Europe à cause des normes. La Réunion est une porte d'entrée, c'est ça qu'on a vendu à la chambre de commerce de l'Inde du Sud », expose Johny Arnachellum, en assurant avoir fait un tabac lorsqu'il a projeté un film de promotion touristique devant des décideurs indiens ébahis par la découverte de notre île.

Un protocole a été mis en place avec les Indiens afin d'établir les secteurs dans lesquels les échanges économiques pourraient s'opérer, qui a permis d'identifier le développement durable, les énergies renouvelables ou le traitement des déchets comme potentiels marchés. L'idée de faire de notre île une terre de tournage pour le cinéma indien est aussi évoquée, comme celle de proposer à l'industrie agroalimentaire indienne de venir tester ses produits sur notre territoire.

La fermeture de la liaison aérienne d'Air Austral vers Chennai est certes considérée comme un frein, mais cela ne devrait pas empêcher la tenue dans l'île en septembre d'un Eductour qui aurait déjà séduit, pour l'instant, une dizaine d'entreprises indiennes. « Le problème c'est qu'on s'est battu pour obtenir cette ligne avec Chennai, mais que derrière il n'y a pas eu d'échanges. On a eu cet outil entre les mains et on a rien fait. Ni la Région, ni nous. Aujourd'hui, on peut s'en mordre les doigts », constate Johny Arnachellum.

A Paris, dans le cadre de ses missions de président du Gopio France, Rajaram Munuswamy accueille régulièrement des entrepreneurs indiens et joue un rôle de facilitateur. « En 2018, entre la ministre indienne des affaires étrangères et son homologue français, ils ont signé un contrat pour échanger des mains d’œuvre qualifiées dans des marchés spécifiques pour une durée de 4 ans. Il n'y a pas eu de circulaire d'application, les consulats attendent d'avoir des informations pour définir le cadre d'application de ces marchés spécifiques. En attendant, l'Inde a réussi à l'appliquer avec le Portugal, ça marche très bien. En France, on y arrivera un jour », avance-t-il.

Ce jeudi 6 juin à 17h30, Rajaram Munuswamy donnera une conférence dans les locaux de la CCIR, rue de Paris à Saint-Denis, sur le thème « Innovations, développement durable et relations commerciales avec l’Inde ». « L'idée c'est de rendre curieux les entrepreneurs, de leur donner envie d'aller en Inde », explique-t-il.

Rajaram Munuswamy, président de Gopio France.

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