Au Port, des entreprises excédées demandent à la justice de résoudre les problèmes de chaussées dégradées et de réseaux d’évacuation défectueux

Cinq sociétés installées dans l’ancienne zone industrielle N.1 du Port ont saisi le tribunal administratif afin qu’il ordonne une expertise visant à déterminer les responsables des trous béants sur les routes et des inondations dans leurs locaux lors des épisodes de fortes pluies. La mairie décline toute responsabilité dans l’entretien de ces infrastructures qui appartiendraient à la CCIR.
« Tout le monde revient vers nous pour nous demander de réparer les roues des voitures ». Au Grand port maritime de La Réunion (GPMDLR), on prend la chose avec un certain humour : ces derniers temps, les courriers et appels téléphoniques émanant d’entreprises en colère se sont multipliés, mais l’établissement public de gestion des darses et quais de la ville du Port n’a de cesse d’expliquer qu’il n’est pas le gestionnaire des voiries de l’ancienne zone industrielle N.1.
En juin 2025, cinq entreprises de la place portuaire, dont la Société Nouvelle de Transport (SNT), CMM Automobile et Métallerie Huisseries Péi, ont formé une procédure d’urgence devant le tribunal administratif de La Réunion afin d’obtenir une expertise. L'objectif est de désigner une bonne fois pour toute le responsable de l’état déplorable des chaussées et des réseaux d’eaux pluviales sur les rues Vélasquez, Camille-Desmoulins, de Djibouti et du 28 Novembre.
La procédure en urgence des entreprises rejetée par le tribunal
Selon les requérantes, l’absence d’entretien de ces quatre voiries de l’ancienne ZI N.1, à proximité de Port-Ouest et du centre-ville, serait à l’origine de sinistres sur des véhicules, tandis que leurs locaux seraient régulièrement inondés lors de forts épisodes de pluie. Arguant que la mairie du Port, le Territoire de l’Ouest, la Chambre de commerce et d‘industrie de La Réunion (CCIR) et le Grand port maritime se défaussaient de toute responsabilité, les entreprises ont saisi le juge des référés pour démêler le vrai du faux.
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Dans une ordonnance datée du 12 août dernier, le tribunal administratif a conclu au rejet de la requête, en considérant que les troubles dénoncés n’étaient pas étayés par des preuves telles que des constats de commissaire de justice.
Le juge des référés ajoute avec un brin de sarcasme que si « l’identification des propriétaires étant pour l’heure particulièrement difficile dès lors que chacune des personnes publiques mises en cause s’attache à nier sa responsabilité, y compris la commune du Port qui croit pouvoir affirmer, contre l’évidence, que les rues en cause situées hors du périmètre portuaire ne sont pas des voies communales dont l’entretien lui incombe, la question de savoir quelle est la nature juridique précise des ouvrages en cause ne saurait relever de l’office de l’expert s’il était désigné ».
La zone industrielle N.1 appartiendrait toujours à la CCIR
Comme le veut la procédure, le tribunal administratif va dans les prochains mois procéder à un nouvel examen de l'affaire, sur le fond du dossier cette fois. Si l’ordonnance rendue par le juge des référés semble désigner le maire du Port Olivier Hoarau comme responsable de l’entretien des voiries et des réseaux d’évacuation des eaux pluviales, ce dernier campe sur sa position. De fait, aucune des voiries concernées ne figurerait dans le domaine cadastral de la collectivité.
Ce que confirme le Territoire de l'Ouest, qui fait part de son analyse de la situation, en réponse à une sollicitation de Zinfos974 :
« Les intercommunalités sont compétentes sur les voiries et réseaux divers de leur zones d’activités mais les zones économiques du territoire ne sont pas exclusivement de la compétence du Territoire de l’Ouest.
La zone industrielle N.1 est une zone d’activité dite « privée » aménagée par la CCIR. En conséquence, en 2017, lors du transfert des Zones d’Activités Economiques des communes membres vers l’agglomération (imposé par la Loi NOTRé de 2015), cette zone n’a pas été transférée au Territoire de l’Ouest. En effet, la Loi prévoyait que seules les zones d’activités économiques créées par ses communes membres devaient être transférées, la ZI N.1 n'était donc pas concernée.
Incidemment, le Territoire de l’Ouest ne peut pas être gestionnaire de la voirie de cette zone.
Très récemment, dans le cadre de l’ouverture des nouvelles lignes Kar Ouest, afin d’obtenir l’autorisation de poser des poteaux d’arrêts de bus dans la zone, le Territoire de l’Ouest a sollicité la CCIR afin d’obtenir son accord, en tant que gestionnaire des voiries de la ZI N.1, la CCIR nous a informé que le sujet de ces autorisations serait discuté lors de leur prochaines instances.»
Même si la CCIR a revendu de nombreuses parcelles par le passé pour se sortir de difficultés financières, la chambre consulaire reste propriétaire de certains fonciers, comme en atteste la construction en cours d'un immense dépôt le long de la rue du 28 Novembre.
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Dans son mémoire de défense en réponse aux cinq entreprises en colère, la CCIR s'est du reste montrée prudente, en faisant savoir, après les protestations d'usage, qu'elle ne s'opposait pas à ce que le tribunal désigne un expert judiciaire pour trancher ce litige de frontière.

Si les réseaux d’évacuation des eaux sont aujourd’hui « bouchés », comme nous l'indique un familier du dossier, cela laisse présager des travaux d’un montant très salé pour l'institution qui sera désignée, au terme d’une procédure de justice possiblement frappée d’un appel, comme la responsable de l’entretien de ces ouvrages stratégiques abandonnés à leur sort.


