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Assises : Djayan Soubaya est acquitté pour la tentative d’assassinat

C’est le troisième et dernier jour de ce procès hors normes tant par les faits que par la personnalité de l’accusé. Ce vendredi soir, Djayan S. est fixé sur son sort alors qu’il encourait la perpétuité. Depuis le début de l'audience criminelle, la défense est restée sur la stratégie de minimisation des faits arguant que le lycéen mis sous pression pendant sa garde à vue aurait menti. Cet argument a convaincu les jurés qui l'ont condamné à 7 ans de prison pour des violences avec arme et préméditation.

Ecrit par Régis-Labrousse---Isabelle-Serre – le vendredi 04 novembre 2022 à 17H02

Pour ce dernier jour d’audience, les débats ont repris avec la plaidoirie des avocates de la partie civile, Mes Judith Beaumont et Elisa Wan-Hoï. Les robes noires insistent sur le fait que l’agression sexuelle dont Djayan s’est réclamé pour expliquer son passage à l’acte est hors sujet. « Ce n’est pas lui la victime, ne tombez pas dans cet écueil » suggèrent les conseils aux jurés.

Hier, l’expert psychologue ayant examiné le vingtenaire par trois fois en 2019 avait balayé cet argument expliquant que, pour lui, il n’y avait aucun lien entre ces faits très anciens et ceux qui occupent la cour d’assises aujourd’hui.

Même topo concernant les jeux vidéo dont Djayan était un grand consommateur au même titre que des mangas japonais à connotation sexuelle. « Sa fragilité intérieure explique sa fuite dans un monde virtuel afin d’échapper aux tensions internes qui l’habitaient et notamment sexuelles. Cette forme de repli sur soi, cette solitude, lui évitait de se mesurer aux jeunes garçons de son âge » a développé le spécialiste. Pour ce dernier, la mise en acte était inévitable tant les pulsions sexuelles déstabilisaient le lycéen qui était incapable de par sa personnalité immature d’entrer dans un jeu de séduction avec les filles.

Il a planifié les faits « comme un scientifique »

Djayan S. était parti dans une quête initiatique. Il avait planifié les faits « comme un scientifique ». Depuis son incarcération il y a trois ans et demi, le brillant étudiant a obtenu son baccalauréat avec mention. Il passe actuellement sa licence de programmateur informatique derrière les barreaux de la maison d’arrêt de Domenjod. Le garçon intelligent est « capable de changer de version au gré de ses intérêts comme le lui ont suggéré ses avocats », ont martelé les robes noires chargées de défendre les intérêts de la victime, absente au procès « pour échapper au regard de son bourreau ».

Car contre toute attente, l’accusé soupçonné d’avoir tenté d’assassiner sa camarade scolarisée comme lui en classe de terminale au lycée Le Verger à Sainte-Marie, a toujours reconnu les faits donnant moultes détails lors de sa garde à vue puis, au moment de sa mise en examen et des débats qui s’étaient tenus devant le juge des libertés et de la détention. A la barre de la cour d’assises, il est revenu sur ses déclarations indiquant « qu’il s’était senti obligé d’inventer ».

Pas moins de 21 blessures témoignent d’une volonté de tuer

Cependant, pour la représentante de la société, pas de doute. Djayan S. a commis des actes d’une extrême violence qui actent le commencement d’exécution et la volonté de tuer la victime. « Il n’y a pas moins de 21 blessures qui témoignent du nombre de coups dont une hémorragie de l’œil droit en rapport avec un étranglement qu’elle a subi », détaille Charlène Delmoitie.

S’appuyant sur la définition de cette prévention au regard du code pénal, l’avocate générale démontre point par point qu’il s’agit bel et bien d’une tentative d’assassinat. Quant aux questions de l’enquêteur qui auraient été orientées pendant la garde à vue, le parquet général martèle son désaccord : « on lui a posé des questions ouvertes qu’il a eu tout loisir de corriger. Il a simplement eu besoin, pris de remords, de s’expliquer ».

20 ans de réclusion sont requis dont une peine de sûreté des 2/3 et un suivi socio-judiciaire de 10 ans.

« La méthode gendarme c’est de copiner pour aider à faire avouer »

« Il est hors de question de laisser notre client être jugé pour tentative d’assassinat alors que les éléments ne le permettent pas. Nous allons mettre l’affectif de côté et faire du droit », rétorque Me Jean-Pierre Gauthier en défense.

Une défense qui, comme on l’avait compris, pointe du doigt les conditions d’une garde à vue menée sans avocat, par un enquêteur « qui a influé sur les aveux de l’accusé et l’ont amené à dire qu’il voulait tuer ». Pour Me Marie Briot, les droits du jeune homme ont été totalement bafoués. « La méthode gendarme c’est de copiner pour aider à faire avouer », fustige la robe noire, ne reculant devant rien. Elle propose aux jurés de juger son client pour des violences volontaires ayant entrainé une ITT de 10 jours.

Le verdict tombe à l’instant : Djayan Soubaya, 21 ans, est condamné pour le délit de violences volontaires avec une ITT supérieure à 8 jours avec usage d’une arme et préméditation à 7 ans de prison avec mandat de dépôt. Il est acquitté du crime pour lequel il était poursuivi.

 

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