Assassinat de Shana : l’heure du procès pour le second accusé

Un mois après la condamnation de sa coaccusée, c’est au tour du second suspect de l’assassinat de Shana en 2023 à Saint-Pierre d’être jugé pour ce crime. Agé de 16 ans au moment des faits, il comparait devant la cour d’assises des mineurs à partir de mercredi.
C’est encore une audience éprouvante qui attend les proches de Shana, cette adolescente dionysienne de 15 ans sauvagement assassinée le 16 septembre 2023 à Saint-Pierre. Un mois après la condamnation de la première accusée pour le meurtre avec préméditation de la jeune fille, c’est au tour de son ex-petit ami de comparaître devant la justice à compter de ce mercredi 5 novembre. Une nouvelle confrontation aux faits et à leurs auteurs qui s'annonce extrêmement difficile pour la famille, mais qui n'était pas évitable au regard de la loi.
Deux accusés, deux procès
Si le cas de la première suspecte, 14 ans au moment des faits, relevait du tribunal pour enfants de Saint-Pierre statuant en matière criminelle, son coaccusé, 16 ans à l’époque, doit quant à lui s’expliquer devant la cour d’assises des mineurs de Saint-Denis. Une différence d’âge qui explique la disjonction des poursuites pour deux mineurs accusés d’un même crime, et donc la tenue d’un deuxième procès devant une juridiction différente.
Peine maximale pour la première
Là où la première avait été jugée par un tribunal uniquement composé de trois juges, le second fera face à trois magistrats ainsi qu’un jury populaire de six citoyens tirés au sort. Et si sa coaccusée avait écopé le 12 septembre dernier de la peine maximale encourue, 20 ans de réclusion criminelle du fait de l’excuse de minorité, le jeune homme est passible, pour sa part, d’une peine de 20 ans de réclusion également, qui pourrait grimper jusqu'à 30 ans en cas de levée de l'excuse de minorité.
L’excuse de minorité levée ?
C’est l’un des enjeux de ce nouveau procès. Il faudrait pour cela que l’avocat général requierre et obtienne de la cour la levée de l’excuse de minorité, prévue par la loi s’agissant d’un mineur de plus de 16 ans dont la procédure aurait permis d’exclure toute altération du discernement liée à son jeune âge ou à une pathologie mentale.
Un cas qui reste exceptionnel dans les annales judiciaires en matière criminelle. L’excuse de minorité n’a été levée en effet qu’en de très rares occasions, comme pour Patrick Dils, condamné à la perpétuité en 1989 avant d’être innocenté 13 ans plus tard, ou, plus récemment, pour le jeune condamné à la même peine en appel en 2014 pour le viol et l’assassinat d’Agnès Marin en 2011 au Chambon-sur-Lignon.
"Grande froideur"
Ayant reconnu sa participation au guet-apens mortel tendu à Shana le 16 septembre 2023, le jeune Saint-Pierrois fera-t-il l’objet de réquisitions similaires ? Si un premier expert psychiatre a estimé que l’adolescent était en proie « à un trouble grave de la personnalité », les deux contre-expertises réalisées par la suite ont relevé que l’accusé semblait avoir agi « en toute lucidité » et en l’absence « de toute pathologie psychiatrique décompensée. »
Tous soulignaient cependant « une grande froideur » et « l’absence de remords » chez un adolescent semblant assumer devant eux « une fascination pour la violence et la souffrance d’autrui. »
"J’ai un peu raté"
Il avait d’ailleurs revendiqué durant l’enquête un premier projet d’assassinat avorté, et fait cette confession sidérante à un psychiatre venu l’examiner : « Moi je voulais en faire au moins trois pour avoir la qualification de serial killer. Ça m’énerve d’avoir été juste un assassin, du coup j’ai un peu raté. » Provocation d’un adolescent narcissique ou sociopathie assumée ? Toujours est-il que les experts soulignent « une dangerosité avérée » et la projection de l’accusé « sur une éventuelle récidive. »
Guet-apens mortel
En septembre 2023, le couple d’adolescents avait contacté via les réseaux sociaux une jeune fille choisie au hasard, Shana, pour l’attirer dans un piège visant à « faire du mal à quelqu’un ». L’ayant convaincue le samedi 16 de se rendre à Saint-Pierre en jouant sur ses sentiments, la collégienne l'avait alors conduite jusqu’à l’ancienne usine sucrière de Pierrefonds, où son petit ami l’attendait caché.
S’en suivait le déchaînement de violence ayant conduit à la mort de la jeune fille, dépouillée ensuite de ses effets personnels puis abandonnée dans un recoin sombre du site désaffecté.
"Une journée normale"
Ce n’est que deux jours plus tard que son corps allait être retrouvé sur les indications des deux adolescents, ayant expliqué aux policiers avoir passé « une journée normale » après le crime, allant faire les boutiques en ville et manger au restaurant avant de rentrer à la maison.
Le verdict de ce second procès, où la meurtrière définitivement condamnée sera citée comme témoin, est attendu lundi 10 novembre. Hasard du calendrier judiciaire, ce sera le jour du 19e anniversaire de l’accusé.
Shana Alicalapa, élève au lycée hôtelier décrite par ses parents comme « une perle, très gentille, très serviable », aurait dû fêter ses 18 ans le 24 septembre dernier.
Lire aussi : La meurtrière présumée de Shana jugée à partir d’aujourd’hui par le tribunal pour enfants


