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ARAST: Le retour du "dialogue social" longtemps !

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 25 janvier 2012 à 16H27

Chacun peut penser ce qu’il veut de ce conflit de l’ARAST, et dieu seul sait si tout le monde y est allé de son couplet, mais il est une des choses qu’il faut pointer car elles ne peuvent pas ne pas interpeller l’opinion à la Réunion.

Ce conflit est avant tout, un énorme gâchis. Un énorme gâchis humain. Un amoncellement de polémiques, de procès et de faux procès, d’invectives, d’écarts de langages de toutes sortes - c’est le moins qu’on puisse dire – comme si on avait oublié qu’il s’agissait, avant tout, d’êtres humains. Les lémuriens de Mayotte ont eu droit à davantage d’attention et de compassion.

L’illustration probablement de cet exemple réunionnais du "vivre ensemble" glorifié, rabâché à l’envi jusqu’à vouloir en faire l’exemple au monde ! "Son tête lé bien peigné……"

Un journaliste écrivait récemment que "mieux (valait) être un naufragé (réunionnais, s’entend) du 'Concordia' que de l’Arast" : il a raison. Car, plutôt que d’une "cellule de soutien psychologique", les salariés de l’ARAST, eux, ont eu droit à des cellules d’acharnement, et même de multiples cellules qui ont opéré pendant deux années. Ils n’ont, eux, jamais eu un sénateur-maire, fraîchement élu, se précipitant au secours de leur cause.

Un gâchis, donc,  qui, à n’en pas douter, laissera une montagne de frustrations, des traces profondes et durables, de véritables stigmates. Car, comme  titrait un autre journal, "Personne n’en sortira indemne".

Le Conseil général, bien sûr, et ses élus qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs. Le patronat dans son ensemble. Et même le mouvement syndical et social, non pas pour telle petite phrase, tel mot ou encore tel "dérapage" (ce qui peut s’expliquer),  mais par l’affaire elle même et en elle-même.

Car, qu’on le veuille ou non, quelle que puisse être l’issue de cette affaire, il n’y aura pas de victoire pour qui que ce soit, tout n’étant qu’échec. Un échec collectif, un échec de notre société réunionnaise, une sorte de suicide social collectif. Lourd de signification.

Tout aussi inquiétant, est ce qu’on pourrait appeler un certain retour à une sorte de dialogue social à l’ancienne, même à la très ancienne. Au "dialogue social" "longtemps". Et cela à un moment où, qu’on le veuille ou non, le social sera plus que jamais au cœur de tout.

D’abord la dernière proposition du Conseil général : verser aux salariés la moitié des indemnités de licenciement auxquelles ils peuvent prétendre, l’autre moitié restant à la charge de l’AGS ; soit plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais alors pourquoi n’a-t-il pas accepté, il y a deux ans, l’offre de l’AGS se proposant de verser aux salariés qui le souhaitaient la totalité de leurs indemnités de licenciement contre l’engagement du Conseil général qu’il lui rembourse ces sommes si les tribunaux condamnaient le Conseil général ? Que ne l’a-t-il fait, sans qu’il ait à débourser un seul euro? Pourquoi ?  Alors que cela ne lui aurait rien coûté, même pas un euro ! Les gardiens de "l’argent des contribuables" devraient y réfléchir. Les "arguments juridiques" avancés à l’époque, répétés apparaissent pour ce qu’il sont : foutaises et billevesées !

Et qui a parlé de haine, de violences ?

Que penser du retournement de l’AGS ? Elle qui se proposait il y a deux ans de verser la totalité des indemnités contre un engagement du département, aujourd’hui traîne des pieds alors que le conseil général s’est engagé comme elle le voulait, mais en plus fait l’avance de la moitié des sommes en litige.

A quoi joue-t-on là avec ces malheureux salariés de l’ARAST ?

Mais il n’y a pas que cela : que penser de ces prétendues négociations où les jeux paraissaient faits d’avance puisque  connus des journalistes avant même que ne s’ouvre la séance ?

Mais mieux, ou pire, c’est le Conseil général qui a choisi le "négociateur" ("seul interlocuteur accepté par Nassimah Dindar" - Le Quotidien ; "Seul interlocuteur toléré par les élus du département" - Le JIR ; propos qui n’ont pas été démentis, bien au contraire) !

C’est là, qu’on le veuille ou non, un retour à cinquante ans en arrière, lorsque les patrons choisissaient ceux avec qui ils voulaient discuter. Mieux, aux termes d’élections "organisées" par leurs soins, ils faisaient désigner les délégués du personnel de leur choix et qui ne pouvaient pas dire non. Plus fort encore, on a même vu, lors de conflits, des patrons faire appel à d’autres syndicats non impliqués, voire des syndicats "indépendants" pour participer à des "négociations" !

Si l’on assimile le protocole d’accord de fin de conflit à un acte de paix (sociale, s’entend), peut-on imaginer paix faite avec ses amis voire ses partisans ou avec ceux qui ne sont pas en lutte, plutôt qu’avec ceux avec qui l’on est en conflit ? Or c’est ce qui a été tenté par le département. Par d’autres également, il faut le dire.

Il ne s’agit pas là de porter un jugement sur le "négociateur toléré" : peut-être était-ce là la seule solution qu’avaient les salariés pour permettre un début de "dialogue" ? N’empêche que la méthode est significative.

Dans le même esprit, et cela a été rapporté par la presse sans qu’il n’y ait le moindre des démentis, dans le protocole concocté par le conseil général et ses hommes de loi, il a fallu, à la demande des salariés "rayer une mention indiquant que les indemnités ne seraient versées que contre l’abandon de toutes procédures contentieuses" (JIR) C’est du chantage ! Il n’y a pas d’autre mot. Méthode patronale classique… d’il y a cinquante ans ! On parle toujours, en cas de grève, de "prise d’otage" : mais là qu’est ce que c’est ?
    
Ainsi apparaît clairement ce qui pourrait être considéré comme la stratégie du conseil général, entre autre ; savoir, amener les salariés de l’ARAST  à accepter, leurs licenciements, voire les valider, et ainsi considérer que le dossier est clos.

La CGTR, très minoritaire au sein de l’ARAST, s’est positionnée très clairement dès le début de cette affaire, pour la défense de l’emploi, c'est-à-dire pour la continuité du contrat de travail. Elle a en charge aujourd’hui plus de quatre cents dossiers ARAST (syndiqués CGTR, autres syndicats ou pas syndiqués, qu’importe). Or, l’acceptation, forcée (parce qu’il faut bien vivre et faire vivre ses familles), de son licenciement par le salarié ne valide pas pour autant le licenciement et, surtout, n’éteint pas pour autant et automatiquement, les actions en justice. De plus, il existe une jurisprudence de la cour sociale de cassation condamnant la commune de Tours pour un cas tout à fait assimilable à celui de l’ARAST ().  Dès lors, cette mention ou pas, rien n’est changé sur le fond, et toutes celles et tous ceux qui ont perçu leurs indemnités de licenciement peuvent toujours prétendre à cette continuité du contrat de travail et saisir en conséquence les tribunaux.

Qu’importe donc la mention, mais la méthode méritait d’être signalée.

Enfin, il est un point qui mérite d’être mis en exergue. Cette affaire oppose des salariés au Conseil général. Or, cela est connu, le conseil général est à la Réunion une sorte d’association de maires et d’adjoints, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition. Et, cela aussi est connu, les communes sont les plus gros employeurs de la Réunion. Les maires et adjoints diront toujours qu’ils ne sont pas des patrons, et surtout pas comme les autres. L’ennui, c’est qu’à travers cette affaire, ils apparaissent comme les pires. Ceux du passé. Qui ont recours aux bonnes vieilles méthodes à l’ancienne, et même à la très ancienne, vis-à-vis des salariés placés sous leur responsabilité.

Dernier mot tout de même : un élus du conseil général s’est plaint à la radio et à la télévision qu’"on" avait été traîné dans la boue. Mais au fait, qui a fait la boue ? Et dès lors, comment se plaindre d’en être un peu éclaboussé ?

Tout cela augure mal en tout cas du "dialogue social" dans les semaines et mois à venir. Le patronat ne se privera pas de s’inspirer de ce "dialogue social" là.

Georges-Marie Lépinay

 

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