ARAST - Affaire Moussajee : "un combat contre l'injustice !"

Difficile d'accepter cette anomalie. Quelle que soit la perspective, l'impuissance sociale est de toute façon considérable. Deux illustrations tout à fait d'actualité, même si les domaines concernés semblent, bien à tort, éloignés l'un de l'autre :
D'un côté, de jeunes entrepreneurs escroqués par une grosse société (Mercure est le dieu des commerçants, mais aussi des voleurs !), victimes d'une collusion abondamment dénoncée entre une banque et la Sogecore, conduits à se soumettre malgré eux à des clauses abusives, ruinés, dans leurs tentatives de se voir rendre justice, par des procédures interminables réitérées par leur prédateur "au bras long" et à la fortune considérable…
De l'autre, des employés d'une association exerçant au bénéfice d'un public fragile et dépendant, financée par des politiques qui se tiennent par la barbichette après avoir couvert ou simplement négligé, (ce qui revient au même) des comportements qui ont conduit à une faillite dont on tend à croire, de plus en plus ici ou là, qu'elle était préméditée. On l'a écrit ailleurs : Les détresses humaines, c'est le fonds de commerce de beaucoup de monde : institutions, associations, politiques… Et c'est l'alibi des pouvoirs publics. Les institutions garantes de l'application des politiques sociales se déchargent de leurs responsabilités en subventionnant des associations auxquelles elles sous-traitent ce qui relève de leur champ de compétences… Et s'en débarrasser, au gré des circonstances et des stratégies, ne leur pose apparemment aucun problème déontologique, quelles qu'en soient les conséquences humaines et sociales…
Au bout du compte, dans ces deux cas (et un certain nombre d'autres…), la justice, valeur d'égalité citoyenne, mais aussi institution chargée de faire respecter cette égalité, est ignorée ou bafouée, sinon impuissante, voire parfaitement manipulée…
La plupart du temps, inévitable conséquence, on observe que la majeure partie de la population tend à s'installer dans le statu quo de son impuissance. Faute de mieux, elle en perpétue les mécanismes qui la fixent dans un immobilisme prudent. La peur de sanctions professionnelles et économiques aggravées la contient dans les attitudes d'un repli individualiste qu'elle voudrait protecteur. Cette tactique d'aliéné l'aide à espérer garder intacte la sollicitude à son égard des pouvoirs publics et des catégories dominantes. Personne ne renonce aisément à des soumissions et des dépendances entretenues de longue date par les classes dirigeantes, produit à la fois d'une considération réaliste et découragée de l'environnement actuel, mais aussi d'une longue histoire de la confiscation sociale, culturelle et politique, héritière en ligne droite de la colonie, de la société de plantation, voire de l'époque de l'esclavage.
L'inertie des démunis constitue la réponse "stratégique", de régulation et d'accommodation, de la couche la plus défavorisée de la société au contexte donné. Le comportement social illustre toujours une recherche d'adaptation à une situation contextuelle, la plupart du temps en quête d'équilibre entre la perception des bénéfices envisagés et celle des inconvénients appréhendés. Ici, dans les deux cas de l'affaire de l'ARAST et de celle des frères Moussajee, le discernement des risques incite la plupart des gens à éviter de se confronter à l'évidente et scandaleuse injustice. Et pourtant, le renoncement de la dénonciation des inégalités dont sont victimes les autres de la part des puissances abusives, financières, politiques et administratives, risque bien de conduire à l'indifférence généralisée… Laissez-moi dans ma tranquillité… Que s'éloigne de moi la perception de la scélératesse dont ils sont les proies… Que mes yeux se ferment et que mes oreilles se bouchent… Jusqu'au jour où l'indifférence face à la déshumanisation finit par se retourner contre tous. Et que tôt ou tard, notre lâcheté nous conduise à devenir victimes à notre tour….
"Quand ils ont emmené les étrangers, je n'ai rien dit. Je n'étais pas étranger.
Quand ils ont emmené les miséreux, je ne me suis pas indigné. Je n'étais pas SdF.
Quand ils ont emmené les grévistes, je n'ai pas protesté. Je ne faisais pas la grève.
Quand ils ont emmené les syndicalistes, je n'ai pas bronché. Je n'étais pas syndicaliste.
Puis ils sont venus me chercher… Et il ne restait personne pour s'insurger…"
Un fantastique naufrage social d'une part, un incontestable naufrage judiciaire de l'autre… C'est à de tels abus, parmi tant d'autres, que nous devons la dégradation progressive du civisme, la perte de confiance dans l'autorité publique, la condamnation généralisée du monde politique, la critique acerbe des injustices commises par le système judiciaire, et les replis systématiques des individus sur leurs intérêts privés…
ARAST - Moussajee, une lutte étrangement identique contre l'injustice !
Pas question que vous soyez la prochaine victime ! Méfiez-vous tout de même !
Voici que se lève la résistance. Le pot de terre ose se dresser contre le pot de fer. David affronte à nouveau Goliath. Faudra-t-il donc sans cesse réécrire l'histoire des humbles, en rébellion contre le mépris des puissants sans scrupule ?
Tout fragiles qu'ils étaient, les frères Moussajee tiennent bon. On espérait les voir disparaître, mieux : les faire disparaître ! Ils se sont accrochés avec un courage digne d'estime… pendant 5 longues années. Ils peuvent être notre modèle dans la lutte contre l'arrogance des voyous qui encombrent l'économie réunionnaise. Ils espèrent que la Justice reconnaîtra enfin le préjudice causé par les malversations dont chacun peut obtenir le dossier intégral auprès d'eux.
Le combat "à mains nues" des abandonnées de l'ARAST est encore plus impressionnant, bafouées qu'elles sont, et trahies dans leurs droits les plus normaux… L'imprévisible apparaît au bout de deux années d'une attente vaine, bien trop docile et confiante. Le déconcertant surgit lorsque d’autres, qui n'avaient aucune raison directe de se sentir concernés, prennent conscience que cela les concerne quand même, que l'injustice commise contre les démunis est intolérable. Qu'elle les touche en leur cœur et leur raison. Ils assiègent la citadelle du pouvoir méprisant avec des toiles de tente, des bougies, des mains tendues et tenues, des paroles d'accueil et de fraternité, une présence constante sans violence… Puis pour certains, prêts au sacrifice de leur corps, mais pas de leurs convictions profondes, un jeûne qui dure maintenant depuis 20 jours…
Une grève de la faim pour que soient dénoncés tout ensemble la légèreté des propos tenus depuis deux ans par des leaders politiques bien peu responsables, les dénis de justice et du droit des travailleurs, la désinvolture des pouvoirs publics et des tribunaux prud'homaux, la rétention d'informations, le mal infligé en parfaite conscience par des refus successifs de toute transaction, signe pourtant d'un semblant de reconnaissance, la morgue et le dédain exprimés sans détour et perçus douloureusement par ces traîne-misère volontaires, pendant que se prélassent leurs tourmenteurs dans les spa des hôtels thaïlandais.
Deux scandales parmi d'autres, deux causes nobles à considérer avec respect, à partager avec sérieux et réflexion. Sinon, demain, quelles seront les cibles : vous ? nous ? salariés s'imaginant à l'abri du dénuement ? jeunes entrepreneurs travailleurs et commerçants consciencieux qui s'en tirent tant bien que mal ?
Faute d'attention et de solidarité, si vous gênez leurs ambitions ou leur obsession maladive du pouvoir, les autocrates et les truands bien protégés peuvent vous aussi vous conduire au désespoir et à la ruine…


