Amour, alcool et récidive : les audiences autour des violences conjugales se succèdent à la Réunion

Ce mercredi 18 janvier, l'audience de comparution immédiate a vu défiler trois dossiers de violences conjugales, avec les mêmes circonstances : récidive et stupéfiants. Récit.
Dans quelques jours, La Réunion s'apprête à accueillir Gérald Darmanin, garde des Sceaux. Outre la réelle problématique de la surpopulation carcérale, on va voir sur quel autre dossier le ministre de la Justice va se pencher. Pendant qu'on observe une minute de silence à l'Assemblée nationale pour un militant d'extrême droite tué tragiquement à la suite d'une rixe, on semble oublier qu'en France, ce sont 164 féminicides qu'on enregistre pour l'année 2025. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter depuis au moins 2023.
Alors on peut espérer que Gérald Darmanin ait au moins un mot, une pensée pour les victimes, surtout quand on constate qu'à La Réunion, les violences conjugales explosent, et que parfois, même la justice est à court de moyens pour leur protection. Toutes les semaines, défilent notamment des hommes jugés pour des violences sur leurs compagnes, et La Réunion attend de pouvoir lutter plus efficacement contre ce fléau.
Ce mercredi 18 janvier, trois hommes au profil très différent, étaient jugés pour les mêmes faits : avoir fait preuve de violences envers leur compagne, à des degrés divers.
Un couple amoureux
Le premier dossier est consacré à Didier V., soupçonné d'avoir menacé de mort et violenté sa compagne la semaine passée. La dispute éclate pour une histoire de musique trop forte. Fortement alcoolisé, il s'en prend à la mère de son enfant en l'empoignant par les cheveux pour la tirer dans les escaliers.
Peu après, il lui profère des menaces de mort. La victime prévient immédiatement les gendarmes, mais le temps qu'ils fassent le déplacement, il n'est plus là. Interpellé un peu plus tard, Didier V. ne nie pas les faits à la barre.
Concernant les menaces de mort, il explique avoir "entendu une réplique dans un film" et évoque "une simple blague". Toutefois, il reconnaît son attitude violente à l'égard de sa compagne.
Cette dernière, présente à l'audience, témoigne face à la cour. Elle explique que Didier V., alcoolique, a tendance à être paranoïaque une fois qu'il abuse de la bouteille. Classique. Des faits corroborés par l'intéressé. La victime demande simplement au tribunal de prononcer à l'égard de Didier V. une obligation de soins. Elle se dit même prête à continuer sa relation avec lui, une fois qu'il sera sevré.
L'homme va jusqu'à lire une lettre à la barre, narrant qu'il souhaite changer et combattre son alcoolisme.
Or, la procureure ne l'entend pas de cette oreille. Elle rappelle à la cour que l'homme a déjà été condamné pour avoir frappé sa compagne à deux reprises. "Que de discours touchant", ironise-t-elle, en expliquant que le parquet savait pertinemment que Didier V. allait récidiver. Afin "de protéger la victime, car elle n'est pas capable de le faire elle-même", le ministère public requiert 2 ans d'emprisonnement avec maintien en détention.
La défense n'a pas la même lecture du dossier. La robe noire explique que son client a évolué depuis ses précédentes condamnations : la preuve, il a respecté plusieurs obligations dans le cadre de son sursis probatoire. Elle plaide donc logiquement pour ne pas prononcer de peine ferme contre Didier V.
Après en avoir délibéré, la cour l'a condamné à une peine de 2 ans d'emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, et à un maintien en détention.
Violences habituelles, violences mutuelles
La deuxième personne à être présentée au tribunal est un certain Giovani D. Le 14 février, une résidente à Saint-Denis prévient la police qu'une dispute dégénère chez sa voisine. Sur place, on retrouve le père, Giovani D., enfermé dans une chambre avec la fille de sa compagne.
Très vite, les fonctionnaires réussissent à le faire sortir et interpellent les deux adultes. L'homme présente plusieurs coupures sur le corps, dont une à la tête. On tente donc de refaire le fil de la soirée : tous deux ont bu et une dispute éclate. Trois enfants, présents dans le domicile, expliquent que Giovani D. a "poussé maman" en la menaçant avec un couteau.
À la barre, l'homme explique qu'il souhaitait calmer sa compagne, qui l'accuse d'avoir crié sur les enfants, "parce qu'elle était saoule". C'est en voulant lui prendre le couteau des mains que Giovani D. a subi les blessures.
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Dans une plaidoirie musclée, l'avocat évoque l'état de sa cliente, apeurée par Giovani D. La robe noire rappelle que l'homme est poursuivi pour des violences antérieures, dites "habituelles". L'homme reconnaît effectivement avoir eu des comportements violents, l'année dernière, avec sa compagne.
Le ministère public parle même de violences réciproques, mais précise aussi que les proportions ne sont pas les mêmes. La procureure rappelle que, dans le témoignage de la voisine, celle-ci dit clairement avoir entendu des cris d'enfants suppliant de "laisser maman". Lors de l'arrivée des policiers, ces mêmes marmailles ont spontanément parlé de Giovani D. en possession du couteau.
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La procureure rappelle que l'homme possède 33 mentions dans son casier judiciaire, dont une de 2023 pour violences conjugales. Elle requiert une peine de 18 mois de prison avec sursis.
La défense, elle, s'interroge sur la peine adaptée à prononcer, mettant en évidence le casier judiciaire conséquent de son client : "On se dit : "la messe est dite !"". La robe noire rappelle toutefois qu'on a affaire à des "violences réciproques" et que, concernant les "violences habituelles", aucun élément concret ne vient corroborer ces faits.
La justice le condamne finalement à 12 mois de prison et à une interdiction de contact avec la victime pendant trois ans.
Il la frappe chez le médecin
Vient ensuite Erwan L., jugé comme les deux autres pour des violences conjugales en récidive. Alors qu'il fait le tour des pharmacies de Saint-Benoît pour trouver du Rivotril avec sa compagne, il lui administre plusieurs gifles dans la voiture, sans raison apparente. En arrivant dans un cabinet médical, le médecin leur demande de patienter dans la salle d'attente.
Or, à son retour, il trouve la victime au sol et constate des blessures sur son visage. Erwan L. lui a administré un coup de poing. Ne reconnaissant pas les faits en garde à vue, il est difficile de savoir si une dispute a éclaté entre les deux et pourquoi le mis en cause est passé à l'acte. À la barre, il ne reconnaît les faits que partiellement, évoquant une bousculade et non un coup de poing.
En revanche, il se plaint beaucoup de ses douleurs, issues d'une "maladie incurable" qui lui provoque de fortes souffrances. Devant le tribunal, il réitère ses propos : "Je ne veux pas être enfermé, mais soigné."
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L'avocat de la partie civile déplore le manque d'honnêteté d'Erwan L. Il explique que sa cliente, encore amoureuse de lui, veut le voir se faire soigner et ne demande pas de dommages et intérêts.
La procureure, elle, rappelle le certificat médical édifiant fourni au tribunal : on parle de coups sur les côtes, d'un œdème et de traces de strangulation. Elle déplore qu'à la barre comme en garde à vue, Erwan L. se comporte en "victime". Surtout, l'homme aux 14 mentions dans son casier judiciaire a été condamné 4 fois pour des violences conjugales et a bénéficié de trois sursis probatoires.
Elle requiert une peine de 3 ans d'emprisonnement et la révocation de son sursis probatoire à hauteur de 4 mois.
La défense explique que son client a besoin de soins et que la douleur occasionnée par sa maladie a pu altérer son discernement. Elle déplore qu'aucun sursis probatoire ne soit requis par le ministère public et plaide pour abaisser le quantum de prison ferme.
Le tribunal va condamner Erwan L. à une peine de deux ans d'emprisonnement, à la révocation totale de son précédent sursis probatoire, à 6 nouveaux mois de sursis probatoire et prononce le mandat de dépôt.


