Aldo Dennemont battu à mort : 12 ans de prison pour Cédric Raminaguin

C’est un homme présenté comme un "bon père de famille travailleur" qui a été jugé devant la cour criminelle ce lundi et mardi pour violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. "Sérieux", "gentil", "courtois", "travailleur", "toujours à l’écoute", "une belle personne", "toujours là pour sa famille", "très protecteur"… c’est comme cela que sa famille, son entourage et les personnes avec qui il a une relation purement professionnelle, le qualifient. En détention provisoire depuis le 2 mars 2018, Cédric Raminaguin, 32 ans, c’est un "détenu modèle", comme le dit la présidente de la cour criminelle. Alors qu’il n’est qu’en détention provisoire, il travaille – chose rare – et prend même en charge plusieurs détenus "fragiles".
Mais Cédric Raminaguin a commis l’irréparable le 28 février 2018 à Piton Saint-Leu en frappant Aldo Dennemont, 61 ans, élu, agriculteur et voisin de son père, à coups de flexible de tracteur et en le laissant pour mort. La raison : après de longues années de conflits de voisinage, le père de Cédric Raminaguin lui passe un coup de fil. Aldo Dennemont chercherait à pratiquer de la sorcellerie sur son père. Visiblement, c’est la goutte d’eau… Il quitte la Saline, direction Piton Saint-Leu, accompagné de son employé qui restera dans le véhicule pendant le déroulement de la scène. "Pour parler d’abord, puis la colère est montée", avoue l’accusé. En effet, en pleine dispute, Cédric Raminaguin repart vers son camion et s’empare d’un flexible de tracteur. "Il n’y a pas de cause claire", déclare l’avocat général avant de requérir 18 ans de réclusion criminelle à son encontre. Aldo Dennemont, un homme "aux paroles parfois blessantes" l’a-t-il provoqué ? Son agresseur avait-il aussi peur, comme il l’indique ? Car si rien ne justifie un tel déchaînement de violence, certaines choses peuvent tendre à l’expliquer.
Le sauveur de la famille
Lundi, la président de la cour criminelle affirmait : "C’est comme s’il avait pris le litige de son père pour son compte". Ce mardi, l’enquêtrice de personnalité de Cédric Raminaguin le confirme : "De l’âge de 8 à 14 ans, il travaillait et cachait l’argent. À 14 ans, il a donné la somme à ses parents afin de les aider à payer leur dettes et a sauvé la famille". Elle poursuit : "Il a fait un Bac pro agriculture contre son gré. Il aurait aimé être ingénieur. Mais après l’accident cardio-vasculaire de son père, il a voulu l’aider en travaillant avec lui ". L’accusé était donc celui qui avait réussi, qui avait de l’ambition, et qui protégeait sa famille contre tout.
La défense demande une peine inférieure à 10 ans
C’est ce que la défense a avancé : un homme bien à l’encontre de qui la peine de 18 ans requise par l’avocat est "démesurée" et "injuste" selon le bâtonnier Normane Omarjee. Si injuste qu’il adopte un instant le rôle d’avocat général et se permet de proposer une peine "inférieure à 10 ans". "La peine de l’avocat général signifie que Cédric Raminaguin est un homme mauvais", poursuit-il. "Est-ce que cet homme est dangereux ? C’est à sa que répond une peine".
Me Alain Rapady, également du côté de la défense, a quant à lui évoqué le doute autour de la causalité. Une causalité indirecte si les coups portés au niveau du corps ont fait chuter la victime qui est ensuite décédée suite à un traumatisme crânien et d'un écrasement de la rachis. "Une énigme", selon lui.
"Un rapport malsain à la terre"
Concernant les faits, Cédric Raminaguin assure devant les magistrats : "C’est un fardeau pour moi. Tous les matins quand je me réveille, je pense à ça. Je me suis comporté comme un lâche. Je ne sais pas comment me faire pardonner".
Des dernières paroles touchantes. Mais juste avant que la présidente ne prononce les débats clos, le fils de la victime, Wilson Dennemont, demande à prendre la parole également. "Il demande pardon mais la dernière image que j’ai de mon père, c’est son visage tuméfié. On a eu ensuite devant nous un cercueil fermé. Je n’ai pas pu l’embrasser pour lui dire au revoir". Alors que l’accusé parlait d’ambition, Wilson Dennemont apporte sa correction : "C’est plutôt un rapport malsain à la terre".
Cédric Raminaguin est finalement condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Son employé, à six mois de prison avec sursis.


