Airbags Takata : 35.000 automobilistes réunionnais appelés à ne plus conduire leur voiture

D’ici à lundi prochain, 35.000 courriers en recommandé auront été distribués aux propriétaires des véhicules encore équipés d’airbags Takata sur l’île de La Réunion. Cette campagne de rappel choc, d’une ampleur inédite, est à l’initiative du syndicat de l’importation et du commerce de la Réunion (SICR) qui regroupe l’ensemble des professionnels de la filière automobile dans le département. Elle répond à une urgence vitale puisque l’île a connu une série de drames ces quatre dernières années, faisant au moins trois blessés graves et deux morts depuis 2020.
Philippe-Alexandre Rebboah, le président du SICR, a listé l’ensemble des mesures prises pour rendre cette campagne de rappel, baptisée Stop Drive, la plus efficace possible. Il a rappelé que 31 constructeurs ont répondu favorablement sur l’ensemble du département dans ce qu’il nomme « un plan d’action de dimension inédite ».
Dans ces 35 000 lettres recommandées, dont la dernière fournée est partie aujourd’hui même, il est « évoqué les risques d’accidents graves et même mortels » encourus par les personnes qui se trouveraient dans l’habitacle des véhicules concernés. Les propriétaires de ces véhicules, construits entre 1998 et 2019, sont invités à cesser immédiatement de les conduire et de prendre contact au plus vite avec leur concessionnaire / réparateur.
« Des moyens exceptionnels » pour l’opération « Stop Drive »
Pour faire face à l’afflux de véhicules, le président du SICR que « des moyens exceptionnels » ont été mobilisés. Cela passe par « une augmentation des effectifs et de la masse salariale », mais aussi par « une déprogrammation des maintenances de véhicules qui ne sont pas urgentes ».
En outre, les plages horaires de travail vont être étirées et les établissements accueilleront les intéressés le samedi. Le SICR a prévu encore « la location de nouveaux terrains afin d’éviter la saturation ». Il est prévu que « des équipes mobiles se rendent chez certains clients. Des partenariats avec des garages ont été décidés afin d’être présents au plus près des habitations », poursuit le président Rebboah. En amont, les constructeurs ont été sollicités par les importateurs locaux afin que des airbags de rechange soient acheminés à La Réunion.
Lire aussi : Des drames et un scandale d’État à La Réunion
Pour s’assurer que la campagne ne laisse personne sur le bord du chemin, le SICR a prévu d’installer des « desks mobiles » dans les centres commerciaux où des personnes auront été positionnées pour vérifier au cas par cas si le numéro de série de tel ou tel véhicule est sur la liste noire établie par les constructeurs et concessionnaires en partenariat avec les services de la préfecture. « Le but est de toucher un maximum de personnes », insiste le président du SICR.
L’information de ce plan de masse passe aussi par une campagne d’information via les radios locales au moyen de 204 spots, mais aussi par le biais de 210 affiches 4X3. Les assurances, par le biais du comité des assureurs de La Réunion, sont dans la boucle, relayant l’information auprès des clients des compagnies.
Les personnes impactées par la campagne de rappel pourront « bénéficier de reports d’échéances en cas de crédit » auprès de leur banque ou des sociétés de crédit, également partenaires de l’opération. Enfin, les loueurs mettront, eux aussi, la main à la poche en offrant « des tarifs promotionnels préférentiels ». En effet, l’immobilisation jusqu’au traitement du véhicule affecté risque de priver certains automobilistes de leur véhicule.
Évidemment, cela risque fort de faire grincer des dents, d’autant que le plan d’urgence ne prévoit aucune prise en charge directe et intégrale d’une voiture de rechange. Pour Philippe-Alexandre Rebboah, tout le monde doit comprendre qu’il faut faire un effort. « Le but est d’éviter tout nouvel accident entraînant des blessures et pire des décès sur le territoire réunionnais ». À ceux qui l’interpellent sur le trajet domicile – garage au volant d’un véhicule équipé d’airbags Takata, il répond : « Je n’ai pas de solution miracle. Si j’avais le choix, je prendrais 35.000 véhicules de location et j’organiserais 35 000 rotations de dépanneuses… »
« Des travaux ont été lancés pour la création d’une commission d’enquête parlementaire »
Pour sa part, le directeur de cabinet du Préfet ne peut que se féliciter de « la mobilisation générale pour que le sujet Takata n’empoisonne plus la vie des Réunionnais ». Il se dit conscient que cela « va occasionner une gêne, mais la sécurité des Réunionnais nous préoccupe avant tout ». Comme le monde de l’automobile, il dit « espérer sortir de ce sujet dans un délai raisonnable et bref ».
Pour le président du SICR, les 35 000 véhicules concernés, qui représentent 10% du parc automobile réunionnais, pourraient être traités « en trois à quatre mois », sachant que « le temps de traitement est de 20 minutes » pour un airbag à remplacer. Certains véhicules peuvent malgré tout passer sous les radars de la préfecture et des concessionnaires/importateurs. « Des personnes ont pu changer de volant pour des raisons esthétiques sans que nous le sachions. Il y a aussi le cas des véhicules importés d’Europe, de Dubaï ou d’ailleurs », prévient le président du SICR.
Lire aussi : Les dates-clé de l'affaire
La députée Karine Lebon - qui s’était emparée du sujet des airbags sur les bancs du parlement en juin 2023, quatre mois après les révélations de la presse locale, était également présente à la conférence de presse du SICR. Elle a rappelé que les « blessés et les décès continuent depuis deux ans », en dépit d’une demande de lancement à l’époque d’une véritable campagne de rappel. Elle annonce « le lancement d’un groupe de travail avec des députés ultra-marins et d’autres qui s’intéressent au sujet ». Karine Lebon précise que « des rendez-vous ministériels ont été pris ». Surtout, elle indique que « des travaux ont été lancés pour la création d’une commission d’enquête parlementaire ». « Il est important que l’on coordonne nos efforts », a-t-elle conclu son propos à l’attention du directeur de cabinet du Préfet et du président du SICR.


