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Airbags tueurs : les dates-clé de l'affaire

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 14 février 2025 à 10H48
Le volant de Sébastien a fracassé sa mâchoire.

La chronologie de l'affaire des “airbags tueurs” Takata, qui a fait au moins cinq victimes à La Réunion, est révélatrice de l'absence de réaction des constructeurs et de l'Etat qui perdure depuis plus de dix ans, notamment dans les départements et territoires d'Outre-mer. D'où la demande d'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire par les victimes et/ou leurs familles afin de faire la lumière sur un scandale d'Etat.

2001 : les ingénieurs de Takata ont recours au nitrate d'ammonium sans agent desséchant dans les capsules de gonflage de leurs airbags. Plus tard, ils auront recours à un agent déshydratant dont le défaut est de se dégrader au fil du temps comme le nitrate d'ammonium, notamment dans les contrées chaudes et humides.

2008 : les autorités de plusieurs pays ont répertorié des explosions suspectes. Parcellaires, les premiers décomptes macabres font déjà état de 16 morts et de près de 200 blessés dans le monde, notamment dans le sud des Etats-Unis.

Août 2009 : le constructeur Honda, un des premiers à s'approvisionner en airbags auprès de Takata, découvre leur extrême dangerosité. Des avaries majeures se sont traduites par quatre blessés et un mort au moins. Honda Motors demande à Takata de lui fabriquer un modèle d'airbag sécurisé en catimini et sans opérer de rappels pour ses propres véhicules avant 2014. 

2014 : révélation du scandale des airbags meurtriers du fabriquant nippon par les autorités américaines. Plus de 120 millions de véhicules en sont équipés dans le monde. Parmi eux, 34 millions sont annoncés défectueux aux États Unis. Les véhicules japonnais, tout spécialement Honda, seraient les plus impactés. Takata est un des leaders sur le marché avec 25% de parts de marché. 

2015 : il apparaît que l'Europe est touchée dans une moindre mesure avec 1,27 million de véhicules concernés. 

Septembre 2016 : BMW procède au rappel de 110 000 voitures au Japon. 

Octobre 2016 : la firme Toyota annonce le rappel de près de 6 millions de véhicules dans le monde. Des Corolla et des Yaris notamment, fabriquées entre mai 2000 et décembre 2014. A l'appui de ce rappel massif, le constructeur indique : "L'explosion du gonfleur de l'airbag peut projeter des fragments de métal dans le véhicule, ce qui peut entraîner des blessures ou la mort des occupants de la voiture".

Décembre 2016 : trois pontes de chez Takata sont mis en accusation pour "conspiration" aux États-Unis. Ils auraient dissimulé le défaut de fabrication des airbags revendus en connaissance de cause. 

Juin 2017 : l'équipementier Takata fait faillite sur fond d'indemnisations colossales aux Etats-Unis. Ses airbags ont déjà fait plus d'une quinzaine de morts dans le monde. Alors que leur dangerosité est avérée depuis 2014, des véhicules en seront équipés jusqu'en... 2019. Il est question de 100 millions d'airbags défectueux vendus dans le monde à une vingtaine de marques avec une facture pour les remplacer estimée à 10 milliards de dollars. En Europe, les campagnes de rappels restent balbutiantes. 

6 mai 2020 : le conducteur d'une BMW Série 3 est très grièvement blessé au Tampon par son airbag Takata. L'affaire ne sera dévoilée au grand public qu'en mars 2023.

2021 : sept ans après la bataille, plus de 22 000 véhicules de la marque Citröen (DS 3, DS 4, DS 5) font l'objet d'une campagne de rappel dans les territoires d'Outre-mer, notamment La Réunion, la Guyane Française, la Guadeloupe et le Martinique. Sur notre île, 7 208 véhicules sont concernés. L'intervention est totalement gratuite même si le véhicule n'est plus garanti. 

20 septembre 2021 : une conductrice de 39 ans décède au volant de sa DS 3 sur la route de Trou d'Eau à la suite d'une simple collision. Son airbag a explosé et des morceaux de métal ont percuté son visage et son cou. 

2022 : le constructeur Toyota opère le rappel de 25 700 Avensis en France, produits entre août 2002 et avril 2006. 

11 août 2022 : les proches de l'automobiliste tuée en septembre 2021 reçoivent un courrier de rappel concernant son véhicule accidenté, dix mois après la tragédie. 

30 novembre 2022 : le conducteur d'une Citroën C3 de location est à son tour victime d'un airbag défectueux à Saint-Pierre. La société CFAO Motors Réunion aurait envoyé un courrier de rappel en A/R au loueur en mai 2022. Ce que celui-ci conteste depuis le drame. 

Mars 2023 : les avocats des victimes réunionnaises exhortent les constructeurs, les concessionnaires à La Réunion et les représentants de l'Etat à lancer urgemment une vaste campagne d'information auprès des propriétaires de véhicules litigieux. Cet appel restera lettre morte.

Janvier 2025 : il aura fallu d'autres victimes en métropole pour que l'Etat se saisissent enfin de l'affaire des “airbags tueurs”, plus de dix ans après la révélation de ce qui ressemble à un scandale national.

12 janvier 2025 : les ministères de l'aménagement du territoire et de la transition écologique dédient (enfin) une page sur leur site ecologie.gouv.fr une page consacrée au “rappel airbag Takata”. Il y est indiqué la dangerosité des airbags, notamment pour les départements  et les territoires d'Outre-mer. Surtout, il offre un lien pour chaque marque de véhicules permettant aux usagers de se connecter et de vérifier via le numéro de série de la ligne E de leur carte grise s'ils doivent ou pas faire procéder à la réparation urgente et gratuite de leurs airbags. Il est à noter que quelques marques n'offrent toujours pas la possibilité d'opérer cette vérification pour La Réunion. On citera notamment BMW, Ferrari, Lexus, Mazda, Skoda, Suzuki et Volkswagen.

Lire aussi : Airbags tueurs : des drames et un scandale d’État à La Réunion

Etiquettes : Airbags Takata

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