À Saint-Denis, un dealer de Dou écroué, sa "copilote" relaxée et l'argent de la nourrice présumée restitué

Interpellés le 20 février en possession de produits stupéfiants, un couple de Dionysiens a permis aux policiers de remonter jusqu’à une cache de cathinone, une drogue de synthèse encore peu présente dans le Nord de l’île.
Ce sont les policiers de la BAC qui ont flairé le bon coup alors qu’ils patrouillaient vers la technopole de Saint-Denis le 20 février dernier. Rue Maurice Tomi, ils observent le curieux manège d’un automobiliste descendant de sa voiture en stationnement pour dissimuler un paquet derrière une roue arrière, puis remonter attendre aux côtés de sa passagère.
Contrôlant le couple, les policiers découvrent trois bonbonnes contenant 20 g de cocaïne, un peu de haschich et 2.600 euros en liquide. Quant au pochon noir dissimulé derrière le pneu, il s’avère contenir 54 g de poudre de cathinone. Cette molécule de synthèse, « qui fait beaucoup de dégâts dans le Sud de l’île » où elle porte le nom de « Dou », est beaucoup plus rare dans le chef-lieu.
Grillés par l'historique de Waze
Aussi, c’est la brigade de stupéfiants qui récupère l’affaire, à charge de remonter la filière. En garde à vue, le couple ne lâche pas grand-chose. Elle, une jeune fille de 19 ans accroc à la cocaïne et totalement dépendante de son dealer de petit ami, ne sait rien de son business. Lui, 31 ans, refuse de donner les codes de son téléphone.
« C’était par peur des représailles », finit-il par avouer devant le tribunal mercredi 25 mars. Il reconnaît « deux ou trois transports d’argent » et « un seul transport de produit », le jour où il s’est fait attraper. Mais l’analyse de ses comptes bancaires montre qu’il perçoit régulièrement de petits virements compatibles avec de la revente depuis au moins un an. Près de 14.000 euros au total sur la période, alors que le suspect est censé vivre du RSA.
Le téléphone de sa petite amie, qui lui servait visiblement de « copilote » avec l'application de téléguidage routier Waze, va en outre renseigner les enquêteurs sur leurs nombreux déplacements à Saint-André ou Saint-Denis. Une adresse en particulier, dans les hauts de Bellepierre, retient leur attention. Le couple s’y est rendu à deux reprises ces derniers mois.
9.800 euros en cash et 111 g de cathinone dans l'armoire
La maison est celle de la mère d’un trafiquant condamné à cinq ans de prison il y a peu. En perquisitionnant ce domicile, ils découvrent dans l’armoire de la chambre à coucher 111 g de cathinone, d'une valeur approchant les 30.000 euros, ainsi que 9.800 euros d’argent liquide triés par liasses de 1.000.
« Nos économies à mon mari et moi », assure la femme de 58 ans qui travaille comme employée de maison. Quant à la drogue, « c’était à mon fils, il m’a dit de ne pas la jeter sous peine d’avoir des problèmes. »
Pour l’accusation, il est clair pourtant que la maman a joué le rôle de « nourrice » pour la cathinone, et que l’argent découvert est celui de la revente du produit. Mais pour la défense, « rien dans l’enquête ne vient contester la version de cette dame. » Et la visite du couple de suspects ? « C’était pour une remise de papiers après la vente d’un véhicule », assure la prévenue.
"Pas la preuve d'un réseau"
Le parquet va néanmoins requérir la condamnation du trio : trois ans ferme pour le vendeur, du sursis probatoire pour sa petite ami, et une peine avec bracelet électronique pour la quinquagénaire.
Mais entre « une jeune fille sous emprise » et « une dame à l’ancienne, qui garde ses économies à la maison et s’est retrouvée avec une drogue dont elle ne connaît rien », la défense blâme le travail d’enquête. « Rien ne vient relier ces deux affaires, on ne démontre pas d’échange ou de contacts entre eux » affirment les avocats, parvenant à convaincre le tribunal.
Si le revendeur écope de trois ans de prison dont un avec sursis, sa petite amie est relaxée. Quant à la nourrice présumée, elle n’est condamnée que pour la détention de drogue à 18 mois de prison avec sursis. « Nous n’avons pas la preuve de l’existence d’un réseau et le tribunal reste garant des libertés individuelles », explique le président, ordonnant de ce fait la restitution des 9.800 euros à la « petite dame ».
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