À Saint-André, un voyage dans la Chine sous toutes ses coutures

Une jupe de fête en soie rouge, des broderies à l’étain, un sac en forme de hibou… A l’Espace culturel des Lanternes, plus de 200 pièces racontent l’histoire et la diversité du vêtement chinois. Une exposition rare, entre traditions et créations contemporaines, à découvrir jusqu’au 31 octobre.
Le métal se fait broderie, le cuir devient plumage et une fresque ancienne inspire de nouveaux motifs. À l’Espace culturel des Lanternes, à Saint-André, le voyage se joue dans les détails. Derrière chaque vêtement, chaque accessoire, se cachent des gestes, des usages, des traditions au service d'une seule histoire, celle du vêtement chinois et de son évolution à travers le temps.
Présentée depuis le 3 octobre, l’exposition "Le patrimoine vestimentaire chinois entre tradition et modernité" rassemble plus de 200 pièces, dont certaines centenaires. Après Stockholm, en Suède, et La Haye, aux Pays-Bas, cette collection fait à La Réunion son unique escale française avant de repartir à Pékin.
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Portée par l’Institut des technologies de la mode de Beijing (BIFT), elle propose de parcourir les époques et les cultures, des tenues de cérémonie aux recherches des stylistes d’aujourd’hui.
Dans les plis d’une jupe, l’histoire des fêtes
L'exposition commence par les origines et les vêtements traditionnels, à l'image de cette jupe en satin rouge qui attire l’attention par ses broderies florales multicolores et ses plis latéraux. Il s’agit d’une mamianqun, également appelée jupe « face de cheval », emblématique du costume féminin han.
Enveloppée autour du corps, de l’avant vers l’arrière, puis nouée pour être maintenue en place. Cette pièce en soie était notamment portée lors des mariages, des célébrations du Nouvel An et d’autres occasions solennelles.
Un tableau accompagne la découverte en retraçant l’évolution des styles vestimentaires au fil des dynasties. Il permet de situer les silhouettes, de repérer les changements de formes et de se familiariser avec des noms comme le hanfu, le qipao ou la mamianqun. Un petit lexique donne aussi des clés pour comprendre les matières et les techniques.

Quand l’étain se glisse dans la broderie
La visite révèle également la diversité des traditions vestimentaires chinoises. Un haut et un tablier de taille provenant de Jianhe, dans le Guizhou, témoignent d’un savoir-faire particulier à un groupe miao : la broderie à l’étain.
Le procédé demande un travail minutieux. La feuille de métal est martelée jusqu’à devenir aussi fine que du papier, puis découpée en minuscules fragments. Ceux-ci sont associés à la broderie pour composer des motifs géométriques sur un tissu sombre.
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Autre tenue, autre histoire : le costume de fête féminin yin miao de Xiaba, dans le district de Wudang, porte des étoiles à huit branches et des motifs de sceaux carrés et triangulaires. Selon sa notice, ces ornements renvoient au "Grand Sceau du Roi Miao". La tunique s’accompagne d’une jupe plissée en batik et ornée de bandes molletières et d’un tablier brodé au point de croix.
Les formes et les décors racontent des appartenances, au même titre que les gestes nécessaires à leur réalisation. Le vêtement pouvait révéler le statut social : au début de la dynastie Ming, leur longueur était réglementée, celles des fonctionnaires civils étant plus longues que celles des gens du peuple.

Des fresques de Dunhuang à un hibou de cuir
Un héritage qui alimente la création contemporaine et se réinvente. Avec « Le Cerf aux neuf couleurs de Dunhuang », Cui Yan s’inspire d’une fresque conservée dans la grotte 257 des grottes de Mogao. La composition reprend le récit à travers une bordure où apparaissent le cerf et des paysages. Au centre se déploient des fleurs, du chèvrefeuille et d’autres motifs de bon augure.
C’est l’un des fils conducteurs de l’exposition : observer comment des images et des techniques anciennes trouvent une nouvelle place dans les créations contemporaines.
Quatre univers structurent cette traversée : « Codage », « Transposition », « Tisser » et « Symbiose ». Des motifs hérités du passé aux possibilités offertes par les fibres intelligentes et l’impression 3D, ils explorent les liens entre transmission et invention.

Un patrimoine qui continue de se réinventer
Une idée résumée sur un des panneaux de l'exposition : "Une tradition ne demeure vivante que lorsqu’elle est capable d’être interprétée, questionnée et constamment réinventée."
Le changement de matière réserve aussi des surprises. "Le Hibou sous le regard", signé Yang Hui sous la tutelle de Wang Miao, transforme un sac en évocation sculptée de l’oiseau. Des plaquettes de cuir repoussé se superposent pour restituer le plumage, tandis que le travail des volumes dessine le visage et les ailes.
Martelage, incision, découpe ajourée et gravure laser se combinent. L’art traditionnel de la ciselure du cuir rencontre ici des outils contemporains, au service d’un accessoire qui prend des allures de sculpture.

La tradition jusque sur la glace olympique
Le parcours se termine aux Jeux olympiques d’hiver de Beijing de 2022, avec notamment les tenues conçues pour le couple de patineurs chinois Peng Cheng et Jin Yang.
Leur inspiration vient de la peinture traditionnelle de paysages à l’encre. Le noir et le gris servent de fil conducteur. Le rouge de la tenue masculine se retrouve sur la ceinture de la tenue féminine : un rappel qui symbolise, selon le panneau de présentation, l’attachement et la complémentarité des deux patineurs.
Ces costumes illustrent le travail du BIFT (Institut des technologies de la mode de Beijing), dont les équipes ont contribué à habiller de grands événements. Fondé en 1959, l’institut associe création artistique et ingénierie. Son musée des costumes ethniques conserve plus de 10.000 pièces, qui nourrissent la recherche et la formation.
Un voyage dans la chine sous toutes ses coutures à découvrir jusqu’au 31 octobre.
"Le patrimoine vestimentaire chinois entre tradition et modernité"
- Lieu : Espace culturel des Lanternes, Saint-André.
- Jusqu’au : 31 octobre 2026.
- Horaires : du mardi au samedi, de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h.
- Entrée gratuite.
- Visites guidées : chaque samedi, sur réservation.
Inscriptions : sur place, sur la page Facebook de l’Espace culturel des Lanternes ou par mail à [email protected].





