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À qui profitent les 24,8 millions d'euros du dock flottant du Grand Port Maritime ?

Ecrit par Thierry Lauret – le samedi 5 avril 2025 à 14H35

La Cour régionale des comptes s'interroge sur l'achat par le Grand Port Maritime d'un dock flottant d'occasion présentant 26 non-conformités, pour un montant plus élevé que celui d'une structure similaire neuve. À la fois vendeur du dock flottant et propriétaire de la société qui va exploiter l'équipement, le groupe hexagonal Piriou apparaît comme le grand bénéficiaire de l'affaire.

Depuis la naissance du projet, porté par le président Emmanuel Macron en personne lors de sa dernière visite dans notre île en 2019, la facture du dock flottant dont le Grand Port Maritime de La Réunion veut s'équiper n'a cessé de gonfler.

Il faut dire que l'affaire était mal embarquée, si l'on songe que le Grand Port Maritime avait passé un accord de construction d'une structure de réparation flottante sur mesure avec un chantier naval en Ukraine, avant que la guerre avec la Russie ne vienne mettre un terme au deal.

Dans son rapport sur dix années de gestion du Grand Port Maritime (depuis son changement de statut en 2013), la Cour régionale des comptes (CRC) décrit le long processus qui a conduit l'établissement public commercial et industriel, en charge de la gestion des infrastructures portuaires, à investir 24,8 millions d'euros dans l'achat d'un dock flottant d'occasion.

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Environ 3,6 millions d'euros de la somme doit être affectée à la réhabilitation du Magasin 90 situé sur le quai numéro 9, un aménagement nécessaire pour le fonctionnement de l'équipement de réparation flottant.

Alors que le projet initial global était évalué à 10 millions d'euros, le conseil de surveillance du Grand Port Maritime a validé sans sourciller, en septembre 2022, l'achat d'un dock flottant d'occasion pour 15,025 millions d'euros HT.

Un dock flottant d'occasion au prix fort

Selon la CRC, le marché est attribué moins d'un an plus tard à la société CMIN en raison du forfait de l'autre candidat, un chantier naval franco-chinois qui décline l'offre en arguant d'un carnet de commandes déjà trop rempli. Mais le tarif, entre temps, a explosé : on parle donc désormais de 24,08 millions d'euros à débourser pour le dock flottant et les travaux à effectuer sur le quai numéro 9.

Problème : la CMIN, qui héritera de l'exploitation du dock flottant, n'est autre qu'une filiale du chantier naval Piriou. En clair, observe la CRC, Piriou fait payer le prix fort au Grand Port Maritime pour un dock flottant d'occasion que l'entreprise du Finistère va elle-même exploiter. Avec la garantie d'obtenir le marché d'entretien des navires opérant dans les TAAF, voire probablement ceux de la Marine nationale.

Et ce n'est pas tout : l'expertise diligentée sur le dock flottant révèle pas moins de « 26 non-conformités, ainsi que trois nouvelles fissures » qui donnent une bien piètre image de cette plateforme censée fournir une cale-sèche aux navires mesurant jusqu'à 110 mètres de long.

Piriou est déjà implanté à La Réunion

« Consciente de l’incertitude générée par cette expertise, la société CMIN a proposé de nouvelles garanties : prise en charge de l’ensemble des travaux nécessaires à la remise en état du dock, même hors devis initial, lors de l’arrêt technique prévu en Afrique du sud ; extension de garantie de dix à quinze ans pour la structure de l’équipement », détaille la CRC dans son rapport.

Avant de relever que « la société qui certifiera le dock à l’issue de son passage en cale sèche est choisie par le groupe Piriou et la garantie bancaire de "porte-fort" apportée par le vendeur en cas de défaillance repose sur la filiale réunionnaise du groupe. »

De fait, le financement de 8 millions d'euros accordé par l'Agence française de développement (AFD), l'aide de 11,7 millions d'euros octroyée par la Région via les fonds FEDER, tout comme le coup de pouce de l’État de 4,5 millions d'euros, laissent peu de doutes sur la dimension stratégique et para-étatique du développement de Piriou dans l'océan Indien.

Lire aussi : La base navale du Port va renforcer son rôle de point d'appui dans l'océan Indien

Depuis que la famille des fondateurs de Piriou a quitté l'entreprise en 2020, le chantier naval de Concarneau a prospéré au Nigeria, emboîtant le pas de TotalEnergies, avant de déployer ses activités (dont la construction de bateaux de pêche) en Afrique de l'Ouest.

La Réunion, où l'entreprise a ouvert en 2018 un atelier de réparation, représente sans doute un enjeu stratégique pour Piriou, qui dispose d'un contrat conjoint avec Naval Group pour l'entretien de quatre bâtiments de soutien et d'assistance Outre-mer (BSAO) de la Marine nationale. L'île pourrait aussi servir de point d'appui dans le cadre de projets d'investissements à Madagascar.

Si la CRC évoque dans son rapport l'arrivée du dock flottant à La Réunion pour début 2025, le Grand Port Maritime indiquait dans un communiqué le 1er octobre dernier que le dock flottant de 120 mètres de long faisait « route vers Cape Town en Afrique du Sud pour une mise en cale sèche et fera l’objet de travaux de modernisation en vue de l’obtention d’un certificat de classification. »

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