À Mayotte, trop peu de logements sont assurés contre les risques naturels

En mai 2024, une commission d'enquête parlementaire sur la gestion par l’État des risques naturels dans les Outre-mer avait pointé l'inadaptation des dispositifs pour Mayotte, où l'habitat informel, le très faible nombre de logements assurés et les déficits structurels, notamment en termes de secours, constituent des spécificités qui rendent inopérantes les mesures de prévention ou de soutien appliquées ailleurs.
Un plan de prévention des risques naturels (PPRN) dont l'efficacité est jugée « limitée dans les quartiers d'habitat informel». Et un fonds de prévention des risques naturels, plus connu sous l'appellation de fonds Barnier, qui n'intègre pas la résorption des bidonvilles dans son modèle de fonctionnement.
Au vu de ses nombreuses spécificités, la première étant de figurer en tête au classement des départements les plus pauvres de France, l'île de Mayotte, ravagée le 14 décembre dernier par le cyclone Chido, apparaît encore plus démunie que les autres territoires des Outre-mer.
Une faiblesse qu'avaient identifié les députés membres de la commission d'enquête parlementaire sur la gestion par l’État des risques naturels dans les territoires d'Outre-mer, dont les conclusions sont consignées dans un rapport rendu public en mai 2024.
Initiée par LFI, cette commission d'enquête inédite avait ensuite été désertée par les députés Insoumis, après que la présidence a été accordée à Mansour Kamardine, un soutien d'Emmanuel Macron. Les parlementaires LFI avaient aussi estimé que le député mahorais n'était pas spécialement garant d'une quelconque conscience environnementale.
Glissements de terrain, érosion côtière, séismes et cyclones
Citant le président Georges Pompidou dans l'introduction du rapport d'enquête plutôt que René Dumont, le père de l'écologie à la française, Mansour Kamardine convient que « l’emprise de l’homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même. Il est frappant de constater qu’au moment où s’accumulent et se diffusent de plus en plus les biens dits de consommation, ce sont les biens élémentaires les plus nécessaires à la vie, comme l’air et l’eau, qui commencent à faire défaut. »
Si l'air ne manque pas encore à Mayotte, l'eau constitue bien une ressource très rare sur l'île Hippocampe, bien plus encore depuis les ravages du cyclone Chido. Le 101è département « est impacté de façon récurrente par des épisodes d’orage et de fortes pluies pouvant être dangereux par effets induits (glissements de terrain) », tout en subissant les conséquences du dérèglement climatique avec « des phénomènes de submersion marine en période de grandes marées et des épisodes de sécheresses ».
Le fonds Barnier, instauré par l'éphémère Premier ministre Michel Barnier, ministre de l'Environnement en 1995 est, désormais, intégré au budget général de l’État. Bien qu'il permette d'aider financièrement au relogement des personnes installées dans des zones à forts risques naturels, il demeure très peu mobilisé en Outre-mer, à l'exception des Antilles où il finance le plan séisme.

« Le fonds Barnier doit intégrer tous les risques naturels et mettre à disposition des territoires ultramarins des financements proportionnels aux enjeux. Les critères stricts d’éligibilité au fonds, le manque d’ingénierie, la complexité des montages financiers continuent de freiner le recours au fonds par les collectivités ultramarines mais aussi par les particuliers et les entreprises », observe le rapport d'enquête.
Si la publication au Journal officiel des 17 arrêtés de catastrophe naturelle pour Mayotte reste encore attendue, la fameuse couverture « Cat Nat » ne concernera qu'une faible partie de la population, celle qui a souscrit une assurance multirisques pour son logement. « En effet, le taux de souscription à l’assurance multirisques habitation s’élève seulement à 6 % à Mayotte, à 68 % à La Réunion, pour un taux hexagonal s’établissant à 97 % en 2017 », mentionne le rapport.
Des secours et des moyens d'intervention très limités
Encore non pourvue de son propre radar météo, l'île de Mayotte doit par ailleurs faire face à la menace sismique du volcan sous-marin Fani Maoré, et subit les conséquences de l'érosion côtière, à l'image du recul du trait de côte « qui menace les habitations et populations » de la commune de Bouéni.

Les parlementaires recommandent donc à l’État de publier rapidement un arrêté définissant les règles de construction para-cycloniques et « regrettent la sous-mobilisation du fonds Barnier pour traiter les situations urgentes liées à la présence d’habitations informelles dans les zones exposées aux risques. »
Les députés observent par ailleurs que « les incertitudes relatives au recensement de la population à Mayotte ne facilitent pas la préparation d’une éventuelle évacuation et plus largement l’organisation des secours aux populations. »
Reste que la parution du rapport d'enquête en mai dernier ne semble pas avoir eu les effets escomptés. Le décret instaurant depuis le 19 décembre l'état de calamité naturelle à Mayotte, une mesure spécifique aux Outre-mer jamais utilisée jusqu'ici, engage toutefois le gouvernement à présenter devant le Parlement, dans un délai de six mois, un rapport sur la situation du 101è département.



