Plan CASI : pour les agriculteurs réunionnais, beaucoup de questions derrière le milliard annoncé

Plus d’un milliard d’euros et quatorze mesures pour aider l’agriculture à faire face aux conséquences de la sécheresse, des canicules et des incendies. Le plan CASI annoncé par le gouvernement promet de soutenir les trésoreries et de relancer la production. Mais pour les agriculteurs de La Réunion, la Chambre d’agriculture alerte : plusieurs de ces dispositifs nécessiteront une adaptation aux réalités ultramarines pour pouvoir être pleinement appliqués sur le territoire.
Annoncé le 4 septembre, le plan CASI — Climat, Adaptation, Sécheresse et Incendies — a été élaboré dans un contexte très hexagonal, après un été marqué par des épisodes successifs de canicule, de sécheresse et des incendies. Dans certaines régions, les pertes de rendement atteignent 50 % et plus, avec des pointes locales de 70 à 80 %, selon le ministère.
Mais qu’en est-il des agriculteurs réunionnais ? Dans un communiqué, la Chambre d’agriculture de La Réunion considère que plusieurs mesures nécessitent une adaptation pour pouvoir fonctionner dans les Outre-mer. “Nombre d’entre elles nécessitent aujourd’hui une véritable adaptation pour pouvoir être appliquées”, estime la chambre verte.
Un fonds accessible à qui ?
Premier exemple : le fonds de réarmement agricole. La mesure 7 doit aider les agriculteurs à remettre leur exploitation en production en finançant notamment l’achat de fourrages, de semences, de plants ou d’aliments pour les animaux. Son déploiement doit être placé sous l’autorité des préfets et adapté aux besoins locaux.
La Chambre pose directement la question : “Est-ce que l’agriculture réunionnaise sera bénéficiaire de ce fonds de réarmement agricole” ? Elle demande également des précisions sur une circulaire dédiée aux DOM évoquée dans ce cadre.
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Cotisations sociales : quid de la CGSS-AMEXA ?
La mesure 8 prévoit au niveau national un renforcement de la prise en charge des cotisations sociales agricoles par la MSA, ainsi que la possibilité de mettre en place des échéanciers individualisés.
À La Réunion, la Chambre relève que le texte ne mentionne pas la CGSS-AMEXA. “Notre inquiétude est grande sur l’importance d’un élargissement, non annoncé, de cette mesure aux DOM. Qu’en sera-t-il ?”, interroge-t-elle.
Indemnisation des pertes : ça coince Outre-mer
Autre point de friction : l’indemnisation des dégâts climatiques. Le plan CASI s’appuie notamment sur l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN) et le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA). Pour les exploitants non assurés, les services de l’État pourront procéder à des paiements partiels par culture sans attendre l’instruction complète du dossier.
La Chambre souligne cependant que le FNGRA reste inapplicable aux territoires ultramarins comme La Réunion, qui relèvent du Fonds de secours pour l’Outre-mer (FSOM). Selon elle, les modalités de ce fonds ne permettent pas le déclenchement de l’ISN prévu par le plan CASI.
L’institution dénonce une “distorsion” dans le traitement des situations locales entre les ministères de l’Agriculture et des Outre-mer. Elle demande une évolution du FSOM avec la mise en place d’une indemnité forfaitisée à la surface selon le type de culture.
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Des aides aux engrais adaptées aux petites exploitations ?
Concernant les engrais, le gouvernement prévoit de prolonger jusqu’au 31 décembre 2026 le guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés simples.
La Chambre réclame plusieurs adaptations : intégrer les engrais composés au prorata de leur teneur en azote, prévoir des justificatifs alternatifs pour les exploitants au micro-BA, mais aussi “abaisser un plancher de dépense difficilement atteignable pour des exploitations de quelques hectares”.
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Combien pour les agriculteurs des Outre-mer ?
Reste la question de l’enveloppe. Le gouvernement annonce plus d’un milliard d’euros à l’échelle nationale, mais le dossier de présentation du plan ne précise pas quelle somme reviendra spécifiquement aux territoires ultramarins, et encore moins à La Réunion.
“Quel niveau d’enveloppe pour les territoires ultramarins ?”, questionne la Chambre, qui demande également quels critères seront appliqués pour que les exploitations locales soient réellement éligibles.
Son président, Olivier Fontaine, prévient que les agricultrices et agriculteurs réunionnais “ne doivent plus jamais être une variable d’ajustement”.


