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Logement, pauvreté, vie chère : les alertes réunionnaises que le Cese veut porter à Paris

Ecrit par S.I. – le lundi 26 octobre 2026 à 08H46

En déplacement à La Réunion après une première étape à Mayotte, la présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Claire Thoury, souhaite donner davantage de poids aux spécificités des territoires ultramarins dans les recommandations adressées au gouvernement et au Parlement. Vie chère, logement étudiant, pauvreté et fonds européens : elle entend faire de cette immersion un levier pour adapter l’action publique aux réalités du terrain.

Venue dans l’océan Indien pour son premier déplacement outre-mer depuis son arrivée à la tête du Cese en mai dernier, Claire Thoury veut inscrire les réalités ultramarines au cœur des travaux de l’institution. Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée constitutionnelle consultative qui représente la société civile organisée. Il conseille le gouvernement et le Parlement en formulant des avis et des recommandations sur les grandes questions économiques, sociales et environnementales.

Pour sa présidente, rien ne remplace la confrontation des rapports et des analyses à la réalité vécue par les habitants. "Je ressors de là avec un regard qui est complètement différent parce qu’il est beaucoup plus ancré dans le réel", explique-t-elle. À Mayotte, les défis liés à l’eau, à l’éducation, à la santé et à la sécurité l’ont particulièrement marquée. À La Réunion, elle retient notamment la pauvreté, les violences intrafamiliales, le décrochage scolaire et les difficultés d’accès au logement.

Vie chère et logement étudiant : des priorités réunionnaises

La vie chère constitue l’un des dossiers sur lesquels le Cese est déjà mobilisé. Mais, insiste Claire Thoury, cette question ne se résume pas à un constat général : elle prend des formes différentes selon les territoires, entre prix du carburant, rémunérations, coût du logement et reste à vivre des étudiants.

Sur ce dernier point, les chiffres évoqués lors de sa visite illustrent les difficultés rencontrées par les jeunes Réunionnais. L’île compte environ 25.000 étudiants pour seulement 7.000 logements étudiants, selon les données citées par la présidente du Cese. Faute de solutions abordables, certains doivent renoncer à des soins ou vivre dans des conditions dégradées.

Si des dispositifs existent, notamment les repas à un euro, le logement demeure un obstacle majeur à l’autonomie. Pour Claire Thoury, ces réalités doivent davantage irriguer les travaux nationaux consacrés à la jeunesse et à la précarité.

De l’égalité à l’équité entre les territoires

Au-delà des constats, la présidente du Cese défend une évolution de la manière dont les politiques publiques sont conçues. "Pour qu’on progresse, il faut qu’on aille plus vers l’équité", estime la sociologue de formation.

L’objectif n’est pas de renoncer au principe d’égalité, mais de tenir compte des besoins propres à chaque territoire. Mobilité, logement, fortes chaleurs, santé mentale ou encore accès aux services publics : les réponses doivent être adaptées aux conditions de vie des populations.

Cette approche suppose aussi de mieux prendre en compte les outre-mer dans les textes de loi. Claire Thoury cite notamment le travail du Cese sur une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les enfants. L’institution a alerté sur l’absence de dimension ultramarine dans le texte initial, ainsi que sur la nécessité de renforcer la prévention. Ses observations ont ensuite été intégrées à la proposition de loi, selon la présidente.

Lire aussi : Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles : à La Réunion, les élus saluent une avancée, mais réclament des moyens

Fonds européens : un enjeu majeur pour La Réunion

Autre dossier de vigilance : le prochain budget européen 2028-2034. Le Cese prépare un travail spécifique sur les territoires ultramarins, notamment les régions ultrapériphériques, dont les besoins risqueraient d’être insuffisamment pris en compte dans le projet européen.

À La Réunion, les fonds européens ont contribué au développement des infrastructures et à la transformation du territoire. Claire Thoury appelle donc à rester attentif à leur avenir, mais aussi à permettre à Mayotte et aux autres territoires ultramarins d’en bénéficier.

Lire aussi : Financements européens : les élus ultramarins haussent le ton avant le sommet

La transmission des entreprises et des exploitations agricoles figure également parmi les sujets appelés à être approfondis. À Mayotte, la part importante d’agriculteurs âgés souligne, selon elle, l’ampleur du défi du renouvellement des générations. Les normes et les contraintes rencontrées par les producteurs feront aussi partie des questions à examiner.

Un déplacement jugé utile s’il change durablement les pratiques

Les échanges menés à La Réunion doivent désormais alimenter les travaux collectifs du Cese. Pour Claire Thoury, le succès de cette visite ne se mesurera pas seulement au nombre de rencontres effectuées, mais à la capacité de l’institution à intégrer systématiquement une lecture ultramarine dans ses avis et recommandations.

"Il faut qu’on s’assure que la question ultramarine soit bien prise en compte", souligne-t-elle. L’enjeu est de faire remonter les besoins du terrain jusqu’aux décideurs nationaux, afin que les politiques publiques répondent davantage aux réalités vécues par les habitants. Une ambition que la présidente du Cese souhaite inscrire dans la durée, au-delà de ce premier déplacement dans l’océan Indien.

Claire Thoury multiplie les échanges de terrain pour nourrir les réflexions du CESE sur les enjeux ultramarins.
Etiquettes : CESE | Logement | PU1 | Vie chère

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