[INFOGRAPHIES] Stupéfiants : ces chiffres qui montrent une "internationalisation" du trafic à La Réunion

Depuis trois ans, les interceptions de « mules » de stupéfiants réalisées par la douane à La Réunion témoignent d’une diversification des routes employées, mais aussi d’une « internationalisation » des filières et des passeurs, de plus en plus nombreux à se faire intercepter avec un passeport étranger.
Lancées dans une lutte quotidienne contre le phénomène croissant du trafic de stupéfiants à La Réunion et mobilisés dans le cadre du plan Zéro drogue lancé par le préfet en juin dernier, les forces de sécurité intérieure (police, gendarmerie et douane) observent des évolutions significatives de cette économie informelle et illégale qui se développe depuis une décennie dans le département. Outre les quantités saisies qui augmentent « de façon exponentielle », les fonctionnaires et militaires découvrent également des changements de méthode de la part des trafiquants.
Si, le vecteur des « mules », ces passagers de vols commerciaux transportant des produits stupéfiants dans leurs bagages ou parfois « in corpore » est désormais bien connu et constaté de façon quasi-hebdomadaire, il n’était, jusqu’en 2022, qu’essentiellement le fait de ressortissants français voyageant entre les Antilles, la Guyane, l’Hexagone et La Réunion. Les produits saisis étant principalement de la résine de cannabis et de la cocaïne.
La part d'étrangers en augmentation
Or, depuis 2023, alors que les douaniers réunionnais postés à Gillot ont remarqué une féminisation massive des arrestations (jusqu’à 70 % des mules interpellées sont désormais des femmes), ils ont également constaté une proportion croissante de ressortissants étrangers impliqués dans ces trafics, qu’ils reconnaissent avoir participé au trafic en pleine connaissance de cause ou pas.
Ainsi, leur part n’a fait qu’augmenter ces dernières années, jusqu’à représenter, en 2026 plus du tiers des « mules » appréhendées à l’aéroport Réunion-Roland Garros (voir graphique).
Il ne s’agit là que des suspects interceptés par la douane, auxquels il faut ajouter ceux directement interpellés par la police dans le cadre d’enquêtes distinctes, sans interception douanière. Ainsi, sur un total de 50 mules (stupéfiants et argent) placées en garde à vue en 2025 par le Service territorial de police judiciaire (STPJ), sept étaient de nationalité étrangère. En 2026, le même service décomptait 20 ressortissants étrangers sur 47 mules interpellées.
Les "routes régionales" de plus en plus empruntées
« On note depuis deux, trois ans une diversification des nationalités », confirme Pierre Grignon, directeur régional adjoint des douanes à La Réunion, « mais aussi une diversification des routes, avec désormais l’emploi, non plus exclusivement de la liaison avec Paris, mais aussi des liaisons régionales. »
Un phénomène principalement relié à la ligne Bangkok-Réunion depuis 2025, puis celle vers Chennai en 2026 (voir cartes).
« C’est clairement lié à la production de cannabis en Thaïlande, un phénomène qui concerne toute l’Europe. Et La Réunion n’y échappe pas », indique une source policière contactée par Zinfos974. Une conséquence directe de l’évolution de la législation dans ce pays : retiré en 2022 de la liste de produits stupéfiants, le cannabis à usage récréatif s’est mis à prospérer dans le pays, avec l’ouverture d’une multitude de boutiques dédiées. La Thaïlande a eu beau rétropédaler en 2025 en limitant l’usage du THC à des fins thérapeutiques, la production est désormais bien présente et s’exporte illégalement dans les pays occidentaux.
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Des nationalités de plus en plus variées
C’est ainsi que La Réunion a vu débarquer au cours de cette année 2026 pas moins de 12 ressortissants étrangers chargés de cannabis. Des Britanniques principalement (5), mais également des Irlandais, un Bulgare, un Brésilien ou encore un Albanais (voir infographie).
Le trafic de cocaïne apporte lui aussi son lot de voyageurs inhabituels, certains détenteurs de passeports peu répandus à La Réunion. Depuis 2023, les douaniers ont ainsi eu affaire à des mules venues de Lettonie, de Colombie, d’Haïti, de République démocratique du Congo ou du Nigéria.
Des filières bien rodées ?
Pour ce dernier pays d’Afrique, le parcours emprunté par ces mules ayant ingéré des dizaines d’ovules de cocaïne laisse penser à une filière internationale particulièrement bien rodée, peut-être encore en « phase de test » à La Réunion. Partis d’Italie où ils résidaient, ces deux Nigérians avaient suivi la même et étrange route, transitant par Addis Abeba en Ethiopie puis Madagascar, avant de se faire pincer à La Réunion où ils avaient livré peu ou prou la même version des faits.
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Si ces chiffres sont encore loin d’illustrer un « raz-de-marée », ils témoignent en tout cas d’une chose : les trafiquants de stupéfiants internationaux ont bien appris à placer La Réunion sur la carte des marchés porteurs.


