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Biomasse à La Réunion : l’Autorité environnementale pointe les failles de la stratégie locale

Ecrit par J.D. – le dimanche 25 octobre 2026 à 15H34

Des ressources agricoles mal évaluées, des méthaniseurs encore insuffisamment définis et des impacts environnementaux à préciser : dans son avis adopté le 9 octobre, l’Autorité environnementale demande à l’État et à la Région de renforcer le projet de schéma régional biomasse (SRB). Elle souligne également l’absence d’objectifs concernant la biomasse importée, pourtant largement utilisée pour produire de l’énergie sur l’île.

Comment développer la production d’énergie à partir des ressources réunionnaises ? C’est l’objectif du projet de schéma régional biomasse 2025-2030, porté conjointement par l’État et la Région. Bagasse issue de la canne à sucre, bois, effluents d’élevage ou boues d’épuration : le document doit organiser leur mobilisation, en tenant compte des autres usages, notamment agricoles.

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Dans son avis adopté le 9 octobre, l’Autorité environnementale relève plusieurs améliorations par rapport au premier schéma. L’inventaire des ressources est plus complet, grâce notamment à l’observatoire régional biomasse. Le programme, resserré autour de douze actions, bénéficie également d’un pilotage mieux défini.

Mais ces progrès ne suffisent pas à lever les interrogations sur sa mise en œuvre. « Le caractère opérationnel du SRB n’est donc pas démontré », estime l’Autorité.

Une dépendance aux importations peu traitée

La priorité affichée est de développer la biomasse locale. Pourtant, le schéma ne fixe aucun objectif quantitatif ou qualitatif concernant les combustibles importés, qui occupent une place prépondérante dans la biomasse utilisée à des fins énergétiques.

Les centrales de Bois-Rouge et du Gol ont remplacé le charbon par des pellets de bois importés. La centrale du Port-Est utilise, elle, un biocarburant élaboré à partir d’huile de colza, également importé.

Cette évolution des combustibles ne supprime donc pas la dépendance extérieure. L’Autorité relève d’ailleurs que le dossier évoque un taux de « 88,6 % d’indépendance énergétique », une formulation qu’elle juge inappropriée compte tenu des importations nécessaires à la production d’énergie sur le territoire.

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Elle demande que leur place soit clairement présentée et que le schéma définisse des objectifs les concernant.

Des projections sur la canne à justifier

L’autre fragilité concerne les ressources locales sur lesquelles repose la stratégie. Pour la canne, le dossier reprend une hypothèse du plan régional de souveraineté alimentaire prévoyant une production de 1,9 million de tonnes en 2050, contre 1,2 million en 2022.

L’Autorité souligne que cette progression paraît incohérente avec la baisse des surfaces, des tonnages et des rendements constatée depuis 2012. Elle réclame des données actualisées pour étayer les projections.

L’enjeu concerne directement la production électrique : la bagasse, résidu de la transformation de la canne, constitue l’une des principales ressources locales déjà valorisées énergétiquement.

Des méthaniseurs sans organisation suffisamment précise

Le projet prévoit quatre méthaniseurs agricoles ou territoriaux en 2030 et douze en 2050. Mais leur localisation, leur dimensionnement et les critères de choix des territoires ne sont pas suffisamment précisés.

L’approvisionnement des installations et les débouchés de leurs résidus restent également à organiser. Les digestats, issus de la méthanisation, peuvent être épandus sur les terres agricoles. Encore faut-il connaître les volumes à traiter, les surfaces disponibles et les quantités que les sols peuvent recevoir.

Ces éléments manquent au dossier, alors que les difficultés à trouver des surfaces d’épandage constituent déjà un frein au développement de certaines filières d’élevage.

L’avis relève aussi que la plateforme Run’Eva, déjà construite, ne dispose pas, à la date de l’examen, de plan d’approvisionnement ni de débouchés pour ses cendres et mâchefers, qui seront donc enfouis. Pour l’Autorité, construire des installations ne garantit pas leur fonctionnement à pleine capacité.

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Les effets du transport et de l’épandage à évaluer

La mobilisation de davantage de biomasse implique des déplacements supplémentaires de camions et de tracteurs. Or, leurs conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre, la qualité de l’air et le bruit ne sont pas précisément évaluées. Aucune mesure spécifique d’évitement ou de réduction n’est prévue sur ce volet.

Les effets de l’épandage des digestats sur les sols et l’eau doivent également être caractérisés. La valorisation des espèces exotiques envahissantes, comme l’acacia noir, nécessite enfin des garanties pour éviter leur dispersion.

L’Autorité demande ainsi de renforcer l’ambition stratégique du schéma, d’associer davantage les acteurs agricoles et agroalimentaires et de mieux organiser les filières, de la collecte jusqu’au devenir des résidus. Elle invite aussi à examiner davantage les débouchés autres que l’électricité, notamment la chaleur et le biogaz utilisable dans les transports.

Cet avis, qui n’est ni favorable ni défavorable, doit être intégré au dossier soumis à la participation du public par voie électronique, prévue fin 2026.

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