Réseau de prostituées mauriciennes à La Réunion : les proxénètes présumés libérés en raison "d’une faille majeure" du dossier

Renvoyés à juger pour proxénétisme aggravé, trois hommes et deux femmes soupçonnés d’avoir aidé à la prostitution de ressortissantes mauriciennes à La Réunion ont vu le tribunal renvoyer le dossier au parquet et lever les mesures de sûreté. En cause : l’absence d’audition de la plupart des victimes présumées.
« Une faille majeure dans ce dossier », estime le président Bernard Molié en invitant le parquet « à mieux se pourvoir » dans cette affaire de proxénétisme aggravé.
A la barre du tribunal correctionnel lundi 26 octobre, trois hommes et deux femmes âgés de 30 à 50 ans, soupçonnés d’avoir fourni aide et assistance à la prostitution de jeunes femmes originaires de l’île Maurice. Déférés au palais de justice de Saint-Denis le 4 septembre dernier, les trois premiers avaient été placés en détention provisoire, les deux femmes étant laissées libres sous contrôle judiciaire jusqu’à la date du renvoi de l’affaire.
"Prix de groupe"
A l’audience ce lundi, les avocats ont dénoncé « un dossier dans lequel il faut être archéologue pour s’y retrouver », en raison d’une numérisation du dossier faite « à la hache », acquiesce le président. Pour la défense, des doutes existent aussi sur la régularité de la procédure, Me Morgan Pouly affirmant que les gendarmes ont eu accès au fichier des transports aériens « sans que la requête n’ait été faite par un enquêteur habilité. »
D’autres conseils vont dénoncer « le prix de groupe » fait dans ce dossier, alors que « les mis en cause ne se connaissaient même pas entre eux. »
Le tribunal va également critiquer la procédure, alors que « seules deux des huit victimes présumées ont été entendues et avisées de la date d’audience. C’est préjudiciable au droit des victimes », estiment les juges, invitant le ministère public à faire les diligences nécessaires.
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"Illusoire"
Le parquet estime cependant « qu’il serait illusoire de pouvoir contacter ces femmes qui ont pour la plupart regagné Maurice. » « C'est aux services d'enquête de faire la démarche d'au moins essayer. Là, il n'y a pas eu la moindre recherche, même vaine », justifie le président.
En décidant de renvoyer le dossier à l’enquête, le tribunal a levé les mesures de sûreté prises lors de la première audience : les trois hommes ont fait l’objet d’une levée d’écrou, tandis que les deux femmes ont vu leur contrôle judiciaire prendre fin.
Reste à savoir si le parquet reprendra les investigations à son compte, ou s'il les confiera à un juge d’instruction avec l’ouverture d’une information judiciaire.
En mars 2026, la brigade de gendarmerie des transports aériens de Gillot était destinataire d’un « renseignement anonyme » les mettant sur la trace d’un réseau à tiroirs impliquant cinq résidents réunionnais, soupçonné d’avoir assuré la logistique entourant la venue, l’hébergement et les prises de rendez-vous via un site de rencontre pour des prostituées originaires de Maurice.


