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Vie chère : à Saint-Paul, le soutien à la production locale se heurte à la réalité du portefeuille

Ecrit par M.B – le dimanche 25 octobre 2026 à 06H22

Entre l'impact des aléas climatiques sur les récoltes péi et le coût des importations, les prix des produits frais oscillent à des niveaux historiquement élevés. Au marché forain de Saint-Paul, si la volonté de faire tourner l'économie locale reste forte, habitants et touristes réduisent les volumes pour s'adapter à la cherté de la vie.

D'après les relevés partagés sur l'application citoyenne Ti Boug, spécialisée dans la comparaison des tarifs entre la grande distribution et les marchés locaux, les prix pratiqués sur les étals forains seraient en moyenne 10 % moins chers qu'en grande surface. Mais cette différence théorique se ressent-elle vraiment au moment de régler ses achats sur place ? Dans les allées du marché de Saint-Paul, le constat est plus nuancé. Si un panier d'articles péi reste légèrement plus avantageux, la poussée subie par les cours ces dernières années brouille la perception des consommateurs.

Un phénomène largement accentué par les chocs météorologiques de 2024 et 2025, qui ont régulièrement mis à mal les exploitations de l'île. Cette sensibilité du secteur agricole aux aléas du ciel demeure une faille majeure : dès que les récoltes souffrent, les prix grimpent rapidement, et les importations ne permettent pas d'atténuer le choc en raison des coûts élevés du fret maritime et des carburants.

Cette hausse ne gonfle pas pour autant la dépense globale des ménages : elle réduit simplement le volume acheté. Comme le confirment les données de l'Insee sur le suivi de l'indice des prix à la consommation, la facture moyenne stagne lors des crises parce que les foyers achètent une quantité inférieure au kilo pour respecter leur budget mensuel.

Des arbitrages systématiques sur les étals

Sur le terrain, ce calcul se vérifie à chaque étal. Les usagers continuent de fréquenter le marché, mais ils sélectionnent rigoureusement chaque article et guettent les récoltes de saison.

"On voit que les gens prennent un petit peu moins et surtout des produits de saison car en général ce sont les moins chers. Mais oui, on voit clairement que les gens font des efforts sur l'alimentaire", observe une vendeuse de légumes du marché.

Cette restriction sur les achats s'inscrit dans un contexte structurel déjà fragile. Toujours selon une étude de l’Insee consacrée aux habitudes alimentaires à La Réunion, plus de 40 % des Réunionnais consomment moins d'une portion de fruits ou légumes par jour. L'institut de statistique précise d'ailleurs que la consommation moyenne de fruits au domicile reste deux fois inférieure à celle observée en métropole, un écart qui s'explique en grande partie par le niveau des prix.

Le choix du circuit court malgré l'addition

Malgré ces contraintes financières, le sentiment d'attachement à la production péi pousse de nombreux clients à maintenir leurs habitudes dominicales, préférant laisser leur budget aux forains plutôt qu'aux centrales d'achat de la grande distribution.

"Je préfère quand même venir au marché et j'ai l'impression de mieux participer à l'économie locale plutôt que d'aller en grande surface. Mais oui, aussi bien des produits importés que des produits locaux, les produits frais, ça reste extrêmement cher", confie une mère de famille croisée dans les allées.

Le resserrement des dépenses ne s'arrête pas au maraîchage. Un peu plus loin, du côté de la vanille, des épices et de l'artisanat, les touristes de passage restreignent eux aussi leurs achats avant de reprendre l'avion, plaçant les commerçants dans une impasse tarifaire.

"On voit clairement que les touristes achètent moins qu'avant, mais nous, nos marges sont faibles, on ne peut pas baisser les prix", déplore un vendeur du marché.

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