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La crise au Moyen-Orient enraye la reprise économique à La Réunion

Ecrit par J.D. – le lundi 31 août 2026 à 17H56
(Photo d'illustration)

Après deux trimestres d’amélioration, le climat des affaires se dégrade à La Réunion. Dans sa dernière note de conjoncture, l’IEDOM pointe les répercussions de la crise au Moyen-Orient et de la flambée des carburants sur les entreprises, la consommation et l’emploi. Les défaillances d’entreprises atteignent un nouveau sommet, tandis que le tourisme et les services résistent mieux.

La reprise économique réunionnaise aura été de courte durée. Au deuxième trimestre 2026, l’indicateur du climat des affaires recule de 3,6 points pour s’établir à 100,1, soit son niveau moyen de long terme. Cette baisse intervient après deux trimestres consécutifs de hausse.

Pour l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), le constat est clair : « Au deuxième trimestre, le développement de l’activité à La Réunion est rattrapé par les effets de la crise au Moyen-Orient. »

Les chefs d’entreprise interrogés signalent un ralentissement de leur activité, une détérioration des charges d’exploitation et une hausse importante des prix de vente. Le choc énergétique, consécutif au blocage du détroit d’Ormuz à partir de la fin du mois de février, a brutalement interrompu le redressement amorcé à la fin de l’année 2025.

Neuf entreprises sur dix touchées par la crise

La crise au Moyen-Orient affecte directement 91 % des entreprises interrogées. Parmi elles, 62 % déclarent avoir subi une hausse de leurs coûts, 60 % une augmentation de leurs dépenses de carburant et 59 % un renchérissement de leurs approvisionnements. Près d’une entreprise sur deux, soit 46 %, fait également état d’une hausse du coût des matières premières.

Les difficultés logistiques s’ajoutent à la facture : 30 % des entreprises signalent des ruptures ou des délais d’approvisionnement, tandis que 23 % constatent une baisse de la demande.

En moyenne, les charges supportées par les entreprises réunionnaises ont progressé de 10,8 % depuis le début de la crise. Le tourisme, l’industrie manufacturière et le BTP figurent parmi les secteurs les plus durement affectés. L’agriculture, l’agroalimentaire et les services apparaissent relativement moins exposés.

L’IEDOM souligne que les perspectives demeurent fragiles : « S’ils s’attendent à une baisse des prix de vente au prochain trimestre, les entrepreneurs restent pessimistes concernant l’évolution à venir du volume d’affaires et le niveau des carnets de commande. »

Les niveaux de stocks de produits finis et de matières premières reculent nettement. La trésorerie des entreprises et, dans une moindre mesure, les délais de paiement continuent également de se dégrader.

Le carburant relance l’inflation

La hausse des prix pétroliers se répercute directement sur les ménages et les entreprises. À la fin du mois de juin, les prix des produits pétroliers affichent une progression de 34,8 % sur un an à La Réunion. Ceux de l’énergie augmentent de 22,2 %.

Le litre de sans-plomb atteint un pic de 1,96 euro en avril, avant de ne reculer que très légèrement, à 1,94 euro en juin. Cette flambée provoque un redémarrage de l’inflation, qui s’établit à 1,5 % sur un an à la fin du deuxième trimestre, après une stabilité des prix à la fin du mois de mars. Si les carburants ont récemment baissé entre juillet et août, ils vont repartir à la hausse dès le 1er septembre.

Lire aussi : Carburants à La Réunion : forte hausse du gazole en septembre, l’essence augmente aussi

L’inflation réunionnaise reste néanmoins inférieure à celle observée dans l’Hexagone, où elle atteint 1,8 %. Ce décalage s’explique notamment par le système local d’administration des prix des carburants, dont l’augmentation n’est intervenue qu’en avril.

Les services augmentent de 1 % sur un an, sous l’effet notamment des communications et des loyers et charges. Les tarifs des transports diminuent, pour leur part, de 0,3 %. Les prix alimentaires reculent grâce à la forte baisse des produits frais, de 12,6 %, après leur envolée consécutive au passage du cyclone Garance. Hors produits frais, l’alimentation demeure toutefois en hausse de 0,6 %.

Moins de clients dans les commerces

La flambée des carburants pèse également sur la consommation. Les professionnels du commerce font état d’une dégradation sensible de leur activité et anticipent une poursuite de cette tendance au prochain trimestre.

« Les commerçants notent une baisse de fréquentation, qui est à relier à la hausse du prix des carburants », relève l’IEDOM. L’augmentation du montant moyen du panier, notamment dans la grande distribution alimentaire, ne suffit pas à compenser la diminution du nombre de clients.

Les versements de billets auprès de l’IEDOM reculent ainsi de 2,5 % sur un an, traduisant un ralentissement des transactions en espèces. Les immatriculations de véhicules particuliers neufs progressent néanmoins de 0,9 % par rapport au deuxième trimestre 2025, après un début d’année particulièrement faible.

La situation financière des ménages continue parallèlement de se tendre. Le nombre de dossiers déposés auprès de la commission de surendettement bondit de 28,1 % sur un an. Les encours de crédits à la consommation progressent, eux, de 0,5 % sur le trimestre et de 4,4 % sur un an.

Le chômage repart à la hausse

Après trois trimestres consécutifs de baisse, le nombre de demandeurs d’emploi repart à la hausse. Dans les catégories A, B et C, il progresse de 1,6 % en trois mois. Il reste toutefois inférieur de 2,4 % à son niveau de l’année précédente.

Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité augmente de 1,4 %. Les jeunes sont les plus touchés, avec une hausse de 2,9 %, contre 1,5 % pour les personnes âgées de 25 à 49 ans et 0,4 % pour les seniors.

Aussi, les entreprises interrogées indiquent que leurs effectifs continuent globalement de progresser, mais à un rythme nettement inférieur à celui observé au trimestre précédent.

Un record de défaillances d’entreprises

Autre signal préoccupant : les défaillances d’entreprises augmentent pour le troisième trimestre consécutif. À la fin du mois de juin, 1.236 entreprises ont fait l’objet d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire au cours des douze derniers mois.

Ce niveau dépasse le précédent pic enregistré à la fin de l’année 2024, lorsque 1.120 défaillances avaient été comptabilisées en novembre. Sur un an, leur nombre progresse de 17,7 %.

Les crédits d’exploitation contractés par les entreprises diminuent de 2,2 % sur le trimestre et de 6,7 % sur un an. Les intentions d’investissement restent positives, mais reculent depuis trois trimestres.

Lire aussi : Outre-mer : les défaillances d’entreprises progressent trois fois plus vite qu’en Hexagone

Le tourisme et les services résistent

La contraction ne frappe toutefois pas tous les secteurs avec la même intensité. Le tourisme et les services marchands apparaissent comme les activités les plus résilientes.

Le trafic aérien est stable sur un an et progresse de 1,3 % sur le trimestre, porté par les liaisons hors Hexagone. L’activité touristique reste bien orientée : le nombre de nuitées dans l’hôtellerie augmente de 7,3 % et le taux d’occupation gagne 3,9 points.

Le secteur reste néanmoins exposé aux conséquences de la crise. L’IEDOM cite notamment la liaison directe entre La Réunion et Chennai ouverte par la compagnie IndiGo en avril, dont la suspension a été annoncée pour octobre, en particulier en raison de la hausse des coûts liée au conflit au Moyen-Orient.

Dans les services marchands, l’activité demeure stable. Les projets d’investissement progressent et les indicateurs de gestion ne montrent pas de dégradation majeure. Les entreprises du secteur sont aussi celles qui répercutent le moins les hausses de coûts : « 95 % des entreprises déclarent absorber la totalité de ces augmentations sans les répercuter sur leurs clients. »

Le BTP, le commerce et l’industrie en difficulté

La situation est plus préoccupante dans le bâtiment et les travaux publics. L’activité recule et l’emploi salarié diminue de 1,1 % sur le trimestre et de 0,9 % sur un an. L’atonie de l’investissement privé pèse sur les carnets de commandes, tandis que le nombre de logements mis en chantier chute de 7,4 %.

Dans l’agriculture, la pêche et les industries agroalimentaires, les coûts ont augmenté en moyenne de 6,7 % depuis le début de la crise. Les exportations agroalimentaires reculent de 6,9 % sur le trimestre, même si elles restent en progression de 29,3 % sur un an.

Le commerce subit directement la hausse des coûts du carburant et du fret. L’activité et les effectifs diminuent, conduisant les professionnels à relever leurs prix pour absorber une partie du choc.

L’industrie manufacturière connaît également un ralentissement marqué, accompagné d’une baisse des effectifs. Les coûts du carburant et du transport, ainsi que les ruptures d’approvisionnement, pèsent sur la production. Face à ces charges supplémentaires, 63 % des entreprises du secteur déclarent les répercuter partiellement sur leurs prix de vente.

Enfin, les échanges extérieurs se contractent. Les importations diminuent de 3,8 % sur le trimestre, avec une baisse particulièrement forte des achats de produits alimentaires et textiles. À l’inverse, les importations de produits pétroliers bondissent de 72,9 %, sous l’effet de l’envolée des cours mondiaux. Les exportations reculent de leur côté de 9,8 %.

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