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Narcotrafic par voie maritime : les têtes de réseau d’un gang parisien se rebiffent

Ecrit par Eric Lainé – le samedi 29 août 2026 à 06H44
Le centre pénitentiaire de Saint-Denis

Ce mardi, deux cousins, suspectés d’être à la tête d'un narcotrafic par voie maritime et aérienne entre l’hexagone et La Réunion, ont cherché à se dédouaner pour retrouver la liberté. En vain.

Taylor M., un grand gars barbu à la carrure de déménageur, est le premier à passer devant la chambre de l’instruction pour tenter de retrouver la liberté alors qu’il est en détention provisoire pour son implication présumée dans un important trafic de résine de cannabis, de MDMA et de cocaïne entre l’hexagone et La Réunion. Voix grave et assurée, l’homme n’a pas le profil d’un second couteau au sein de cette organisation particulièrement bien huilée qui faisait venir la drogue par le biais de mules mais aussi et surtout par voie maritime.

L’existence de ce réseau structuré est décelée le 5 octobre 2024 quand les douaniers interceptent 8 kilos de MDMA sous forme de cristal dans la roue de secours d’une voiture neuve pour un montant estimé à 550.000 euros. Les investigations menées ensuite par les gendarmes confirment la mise en place d’une redoutable organisation qui sévit dans l’île depuis 2023. Surveillances, sonorisations, interceptions téléphoniques… d’importants moyens sont déployés pour identifier toute la filière, des têtes d’affiche aux petites mains du trafic en passant par les lieutenants.

"Les savonnettes" dans les Dacia de Tanger

Fin octobre 2025, un vaste coup de filet est mené au Port Est qui conduit à la saisie de 52 kilos de résine de cannabis. Les "savonnettes" sont dissimulées dans des Dacia neuves, embarquées à Tanger à bord du "Grand Hero", un Ro-Ro cargo battant pavillon panaméen parti du Havre.

Parallèlement, une mule est arrêtée à sa descente d’avion avec 2,5 kilos de cocaïne. L’opération débouche sur l’arrestation de 18 suspects et des perquisitions au cours desquelles sont saisis 162.240 euros, des véhicules, des produits de luxe, des drones, du matériel de conditionnement dont une presse hydraulique. La valeur des drogues confisquées est évaluée à plus de deux millions d’euros.

"Le Boss", tête de pont du trafic à La Réunion

Dans le casting des militaires où figure une vingtaine de suspects, Taylor M., alias "le Boss", est soupçonné d’avoir joué un rôle prépondérant. Originaire de la région parisienne, il apparaît comme la tête de pont de ce juteux trafic à La Réunion aux côtés de deux autres figures du clan familial. Taylor M. a beau minimiser son degré d’implication, il est mis en cause par des petites mains du trafic, notamment des mules financières chargées de rapatrier l’argent de la drogue sur Paris.

Son frère, Guipson M., est lui aussi incarcéré à Domenjod depuis plus d’un an. Par contre, leur cousin Steed C., en cavale et à l’encontre de qui un mandat de recherche avait été décerné, a été arrêté au début du mois de juillet 2026.

"Je ne suis qu’un bras armé sous le commandement de quelqu’un…"

S’il reconnaît être mouillé jusqu’au cou, Taylor M. se voit plutôt comme un lieutenant. "Je ne suis pas une tête de réseau. Je ne suis qu’un bras armé sous le commandement de quelqu’un…", affirme-t-il. Par contre, il refuse de livrer les noms des vrais commanditaires car, précise-t-il, "il y a un risque d’assassinat sur ma famille…"

Pour un second couteau, ce grand gaillard sans emploi a en tout cas bien réussi dans la vie puisqu’il a pu "faire des investissements immobiliers à Dubaï", précise le président.

"4 kilos de cocaïne écoulés en moins de 48 heures"

Le trentenaire n’est d’ailleurs pas un novice en matière de trafic de produits stupéfiants puisque trois des sept mentions qui figurent à son casier s’y rapportent. Il est notamment question d’un important trafic de cocaïne démantelé à Fort de France en 2015. Raison pour laquelle la récidive a été visée par le magistrat instructeur lors de sa mise en examen.

L’enquête a déterminé que Taylor M. a souvent pris l’avion, parfois sous une fausse identité. Bien implanté dans l’île, il a réussi la prouesse de "récupérer 4 kilos de cocaïne auprès d’une mule du réseau le 31 août 2024 et de les écouler en moins de 48 heures", précise l’avocate générale.

Les trois cousins à Domenjod

Avant de quitter la salle avec son escorte, Taylor M. profite de l’occasion pour blanchir son frère, également écroué à Saint-Denis, mais aussi son cousin, arrivé récemment à Domenjod. "Ils n’ont rien à voir dans ce trafic", clame-t-il.

Justement, à sa suite, son cousin Steed C., un barbu au crâne rasé plutôt bien taillé, entre dans la salle pour faire face aux magistrats de la chambre de l’instruction. Agé de 39 ans, il est donc le dernier en date à avoir récolté une mise en examen pour importation, acquisition, offre et cession de produits stupéfiants mais aussi pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs dans le cadre de ce dossier tentaculaire.

Des vacances en République Dominicaine qui tombent à pic

Activement recherché par les enquêteurs depuis le coup de filet d’octobre 2025, Steed C. avait disparu des écrans radars au profit d’un long séjour en République Dominicaine où il a des attaches familiales très fortes. Pays qui s’avère aussi être la principale plaque tournante du narcotrafic international pour faire transiter la cocaïne sud-américaine en provenance de Colombie, du Pérou ou de l’Équateur avant son exportation vers l'Europe ou les Etats-Unis. Y était-il pour des vacances ? S’était-il mis au vert ? Ou est-il resté pour les affaires ? Mystère.

Steed C. a finalement été arrêté après son retour en France en juillet dernier, à Sarcelles dans l’Essonne où il réside entre deux avions. Les enquêteurs le suspectent d’être l'un des principaux maillons de la chaîne, en charge de la logistique pour l’importation de la drogue par voie maritime dont on sait par exemple qu’elle a occasionné le recrutement d’un docker du Port Est pour faciliter la récupération de la drogue dans les véhicules.

Appartements à Dubaï, fausse identité, Rolex et esprit de lucre

Même s’il soutient être totalement étranger au trafic, Steed C. a reçu une vidéo avec des sacs remplis de pains de cannabis. Il fait par ailleurs l’objet d’investigations dans un autre dossier en cours concernant plusieurs dizaines de kilos de cocaïne. En attendant, des balances de précision, des téléphones et de l’argent ont été saisis en perquisition à son domicile francilien. Et des produits de luxe à gogo chez son ex-compagne.

L’enquête des gendarmes fait encore état de deux appartements acquis à Dubaï pour plus de 540.000 euros. Un investissement qu’il prétend avoir fait à crédit sur 7 ans sans bourse délier. Il a encore été découvert d’importantes sommes d’argent versées sur les comptes en banque de sa mère et de son enfant. Et puis il y a ces petits détails qui témoignent d’une vie de lucre comme l’achat d’une Rolex et des voyages où l’on ne se refuse rien à commencer par user d’une fausse identité pour effacer ses traces. Ce qui n’est pas si mal pour un homme sans ressources officielles.

Trafic de cocaïne dans les Caraïbes et règlement de comptes sanglant dans l’Essonne

Il se trouve encore que Steed C. a un casier judiciaire déjà bien épais. Sur 20 mentions, cinq concernent des affaires de stupéfiants. Il a notamment trempé dans le trafic de cocaïne aux Caraïbes avec son cousin Taylor. Comme si cela ne suffisait pas, il est attendu prochainement devant la cour d’assises de l’Essonne dans le cadre d’une affaire d’assassinat et de tentative d’assassinat, en lien avec un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants.

En dépit de son pedigree et des soupçons qui pèsent sur lui, Steed C. fait montre d’une belle assurance pour clamer son innocence. "J’étais en République Dominicaine dans mon pays avant d’être arrêté à Sarcelles. Ça dérange quelqu’un ici ?", lâche-t-il. Il affirme encore avoir "passé une semaine de vacances à La Réunion mais sans voir [son] cousin". Et d’ajouter avec fermeté : "Je ne sais même pas ce qu’il fait ici..."

"Je n’ai jamais envoyé un gramme de cocaïne à La Réunion"

Très en verve, il enjoint le président Kuentz de vérifier le contenu des écoutes téléphoniques. "A aucun moment il y aura de marqué que Steed C. a envoyé du shit ou de la cocaïne à La Réunion. Je ne comprends pas ce que je fais ici. Il est vrai que je n’ai pas les meilleures fréquentations mais je n’ai jamais envoyé un gramme de cocaïne à La Réunion. Ce que font mes cousins, ce n’est pas mon problème. Et pour l’assassinat (NDLR : dans l’Essonne), j’avais le statut de témoin assisté au début…", s’offusque-t-il.

Et de lancer comme un défi au magistrat : "Laissez-moi en prison si vous trouvez une ligne dans les écoutes où je parle clairement de drogue à La Réunion…" Son maintien en détention est effectivement le choix que la chambre de l’instruction a fait pour lui comme pour son cousin, Taylor M., placé à l’isolement.

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