Revenir à la rubrique : Faits divers

Un corps calciné, deux accusés qui se renvoient la balle : l’incendie meurtrier du Tampon jugé aux assises

Ecrit par Sébastien Gignoux – le lundi 31 août 2026 à 05H55

Le 23 septembre 2022, le corps sans vie d’un homme était découvert dans un appartement incendié du Tampon, au lendemain d’une soirée alcoolisée à laquelle participaient la compagne et le cousin de la victime. Soupçonnés de lui avoir donné la mort avant de mettre le feu, ces deux suspects qui s’accusent mutuellement sont jugés à partir de ce lundi devant la cour d’assises.

Il est environ 5h30 ce matin du 23 septembre 2022 lorsque les pompiers interviennent sur un violent incendie ravageant un modeste appartement situé au 1er étage du 65, rue du général de Gaulle au Tampon. A leur arrivée, une jeune femme partiellement brûlée sort du logement et est évacuée dans un état grave.

Soirée alcoolisée, dispute et incendie criminel

Une fois l’incendie maîtrisé, les secours découvrent la présence d’une seconde victime. Allongé dans la cuisine, complètement calciné, git le corps d’un homme, ses bras recroquevillés devant son visage. Il s’agit du locataire des lieux, un certain Assani Inzoudine, 34 ans, qui vivait là avec sa compagne Adeline Racaye, la jeune femme transportée à l’hôpital un peu plus tôt. Le couple a trois enfants mineurs, placés en raison de l’exiguïté du logement.

Interrogée, la mère de famille raconte que, la veille, ils avaient reçu le cousin d’Assani et avaient consommé beaucoup d’alcool. Etant allée se coucher, elle avait été réveillée par l’incendie qu’elle attribuait à une fuite de gaz.

Ce que l’enquête n’allait pas tarder à démentir. Grâce aux constatations réalisées par les techniciens en identification criminelle, il était rapidement établi que le sinistre avait une origine volontaire. Pas moins de trois départs de feu étaient relevés, activés à l’aide d’un produit accélérant de type éthanol.

Si l’autopsie de la victime ne révélait aucune trace de violences, le décès était attribué à une asphyxie survenue après une prise massive d’alcool et probablement aggravée par l’incendie. Les voisins interrogés, eux, ont entendu des cris de dispute aux environs de 4h du matin.

Lire aussi : Incendie au Tampon, la sœur de la victime tente de comprendre

Le cousin avoue un rapport avec la compagne

Auditionné une première fois, Ibrahim Bourouhani, 31 ans et cousin de la victime, indiquait avoir quitté l’appartement dans la soirée pour éviter d’assister à une dispute au sein du couple qui l’accueillait. Il serait retourné au squat où il vit avec d’autres sans domicile fixe.

Mais là encore, l’enquête va démontrer que l’homme ne dit pas toute la vérité. Grâce aux caméras de surveillance du voisinage, on peut le voir faire des aller-retours entre l’appartement de son cousin et son squat, situé à quelques centaines de mètres, à l’heure de l’incendie.

Placé en garde à vue le 4 octobre, Ibrahim Bourouhani est mis en examen pour meurtre, tentative de meurtre sur la compagne de son cousin et destruction de bien par un moyen dangereux. Il est écroué.

Après plusieurs déclarations évolutives, le trentenaire finit par révéler avoir eu un rapport sexuel avec la compagne de son cousin ce soir-là, ce qui avait fini par entraîner une dispute avec la victime. En parallèle, les gendarmes apprennent qu’Adeline Racaye aurait elle aussi fait des révélations à son entourage concernant une relation avec Ibrahim Bourouhani.

Accusations réciproques

De nouveau interrogée le 29 novembre, la jeune femme invoque des pertes de mémoire et change de version à de multiples reprises, mais finit par accuser Ibrahim d’avoir étranglé Assani, puis d’avoir mis le feu à l’aide de charbon et d’un produit inflammable. Tâche à laquelle elle aurait pu participer. Présentée au magistrat instructeur, Adeline Racaye va passer alors du statut de victime à celui de suspecte : à son tour, elle est mise en examen pour le meurtre de son compagnon et l’incendie de l’appartement.

L’instruction ne permettra pas d’aller beaucoup loin : les deux suspects continueront de se renvoyer la balle quant aux circonstances ayant conduit à la mort d’Assani Inzoudine. Si bien qu’au final, ils sont tous deux renvoyés devant la cour d’assises pour meurtre. Leur procès s’ouvre ce lundi 31 août à Saint-Denis.

Déjà connu de la justice pour divers délits, ainsi qu'un viol qui lui a valu une condamnation criminelle à Mayotte, Ibrahim Bourouhani comparaîtra détenu. Au contraire d’Adeline Racaye qui, après quelques mois de détention provisoire, a été placée sous contrôle judiciaire. Les jurés auront quatre jours pour parvenir à un verdict dans ce dossier parsemé de zones d’ombres.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :