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Qui sont ces passionnés qui scrutent l’horizon ? On est monté à bord de Globice pour chercher les baleines au large de La Réunion

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le samedi 22 août 2026 à 18H41
Crédit photo : Benoît Jehanne (Globice)

Le moteur ronronne, le vent s’engouffre sous les k-way et l’horizon semble désespérément vide. À bord d’un bateau affrété par Globice, nous avons passé une demi-journée avec ceux qui scrutent l’océan pour compter, identifier et comprendre les cétacés de La Réunion. Ici, voir une baleine tient parfois à quelques secondes d’attention.

À bord, il n’y a pas grand-chose à faire. Et c’est justement tout le travail. Regarder. Devant, derrière, sur les côtés. Chercher un souffle, une nageoire, une silhouette.

Vendredi 7 août, le bateau file au large et, depuis le pont, l’océan paraît immense. Les vagues claquent contre la coque. Le soleil joue avec les nuages. Un paille-en-queue passe, puis disparaît.

Présence régulière

Jean-Marc Gancille, en charge de la communication et de la sensibilisation chez Globice Réunion, une association d'étude et de conservation des cétacés, est habitué à cette attente.

À bord, ce passionné n’a pas vraiment de "rôle officiel", plaisante-t-il. Il observe, participe à la sortie, à la prise d'images, garde un œil sur ce qui se passe autour du bateau. Un drone est aussi prêt à décoller si une observation intéressante se présente. Mais pas question de le faire n’importe où. "Dans la réserve, son utilisation nécessite une autorisation".

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Pour Globice, le bateau est avant tout un outil scientifique.

L’association sort en mer trois à quatre fois par semaine pendant la saison, selon les conditions. Avec des salariés, des bénévoles et des capitaines eux-mêmes bénévoles. "L’objectif est de maintenir une présence régulière sur l’eau, pour manquer le moins possible de rencontres."

"L'idée, c'est d'avoir une présence assez constante sur le plan d'eau, qui nous permettra durant toute la saison d'essayer de louper le moins possible de baleines et de faire un état de leur présence comme on le fait depuis 20 ans maintenant."

Base de données

Chaque rencontre est consignée. Sur une tablette, les observations deviennent des lignes de données. L’espèce, le nombre d’individus, leur localisation, leur comportement, leurs activités. Rien de spectaculaire à première vue. Mais accumulées au fil des années, ces informations permettent de révéler une histoire beaucoup plus vaste.

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Globice alimente ainsi depuis 25 ans une base de données considérable sur les cétacés de La Réunion.

"Tout est codifié là-dedans. Quand on voit des dauphins ou des baleines, on rentre tout un tas d'informations qui ensuite alimentent notre base de données", résume Jean-Marc Gancille.

Aujourd’hui, l’association compte six salariés permanents et s’appuie sur environ 350 bénévoles. Trois salariés sont dédiés aux activités scientifiques, les autres à l’éducation, à la sensibilisation, à la gestion des bénévoles ou encore à l’administration.

Et puis il y a les capitaines. Ils connaissent la mer, les habitudes des animaux, les endroits où regarder. Surtout, "ils savent qu’une sortie peut parfaitement se terminer sans baleine". C’est le principe même du travail.

L’Ouest, seul endroit où chercher ?

On pourrait croire que tout se joue entre Saint-Paul et Saint-Leu, là où les sorties touristiques se concentrent. C’est faux. "Les baleines peuvent être observées tout autour de l’île. Elles arrivent souvent par le Sud et les premières observations peuvent avoir lieu vers Sainte-Rose, Saint-Philippe."

Si elles sont ensuite davantage visibles dans l’Ouest, ce n’est pas un hasard. "Les baleines à bosse apprécient les plateaux insulaires peu profonds, explique Gancille. Or ces zones sont particulièrement présentes à l’Ouest et du côté de Grand Bois et Saint-Pierre."

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L’Est est aussi plus difficile à prospecter. La météo y complique les sorties, avec davantage de vent et de pluie. Et Globice doit louer ses embarcations.

Aujourd’hui, vendredi 7 août, justement, les conditions sont moins bonnes que prévu. La houle est loin d'être violente, les maux d'estomac sont bien là. Le ciel devait être dégagé. Il ne l’est pas vraiment. Mais la visibilité reste correcte. Alors on continue. Le bateau avance. Les yeux cherchent. Rien.

Puis, peut-être, quelque chose. Un souffle ? Non. Une vague.

Quelques minutes passent encore. "C’est aussi cela, la recherche scientifique en mer", confie Ben, le commandant de bord. Une succession de presque-rien, interrompue parfois par quelques secondes qui justifient des heures de navigation.

Vingt-cinq ans à regarder les cétacés

Globice est devenu l’interlocuteur privilégié des autorités réunionnaises sur les questions liées aux cétacés. Échouages, réglementation, programmes scientifiques, autorisations, situations particulières : l’association travaille régulièrement avec les services de l’État et les collectivités.

Mais cette position s’est construite avec le temps. "On a contribué, depuis maintenant 25 ans qu'on existe à La Réunion, à réaliser un inventaire exhaustif de toutes les espèces qu'on peut voir ici." Vingt-six espèces de cétacés ont ainsi été recensées autour de l’île.

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Les baleines à bosse sont les plus visibles pendant l’hiver austral. Mais au large, d’autres espèces vivent dans une discrétion presque totale. Certaines plongent à des profondeurs considérables et ne restent que quelques instants en surface. Globice a encore récemment documenté des baleines à bec au large de Saint-Pierre, des animaux beaucoup moins familiers du grand public.

Puis soudain, le bateau ralentit. Tout le monde regarde. Une consigne passe.

Les objectifs se lèvent. Cette fois, peut-être que quelque chose est là. La baleine et son baleineau, que tout le monde se presse de venir observer. Pendant quelques secondes, l’océan n’est plus vide.

"Il suffit d’un souffle pour transformer une matinée de recherche en rencontre", se félicite-t-on à bord. Et pour rappeler pourquoi, trois ou quatre fois par semaine, des hommes et des femmes montent dans un bateau, tablette à la main, et repartent regarder l’horizon.

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Parce qu’avant d’être un spectacle touristique, une baleine est d’abord une donnée à comprendre, "un animal à protéger et une présence sauvage qu’il faut apprendre à observer sans la poursuivre".

Etiquettes : Baleines | Globice

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