ARAST : Le combat de la dignité humaine

"De notre courage et de notre persévérance dépendent notre sort" disait Anatole FRANCE en 1906 dans Les Temps Meilleurs. Courage, persévérance, abnégation sont les trois moteurs du groupe des ex salariés de l'ARAST qui ont établi leur campement au 2 rue de la Source, devant les grilles du Conseil Général depuis le 30 Novembre dernier.
Au bout de deux longues et difficiles années de lutte, on est au delà des tergiversations politiques, au delà des tribulations juridiques, des divergences d'opinion, des problèmes de personnes. Depuis le 30 Novembre dernier, depuis que quatre personnes sont en grève de la faim, c'est un combat d'une autre dimension qui a débuté : celui du respect de la Dignité Humaine.
C'est aussi le combat du pot de terre contre le pot de fer.
Le combat d'un petit groupe de femmes; vivant et dormant sous deux tentes branlantes, menaçant de s'écrouler au moindre souffle de vent, à la moindre pluie, dans des conditions d'insécurité totale (visité ces derniers temps par les SDF, par un « masturbateur »...), dans des conditions d'hygiène déplorables; contre une présidente de Département enfermée dans sa tour de verre (palais de la Source) dont les grilles sont verrouillées et gardées par des vigiles et entourée de sa cour de fidèles (nos conseillers généraux) qui
lui font allégeance.
Ce conflit aura été particulièrement instructif à la veille de deux scrutins électoraux : il questionne quand au fonctionnement démocratique des pouvoirs locaux, des institutions et de l'éthique de celles et ceux qui ont en la responsabilité. Il met en exergue l'inaction des uns, l'attentisme des autres, la lâcheté d'autres encore.
Qu'il est facile de faire de beaux discours , quand on est motivé par le seul verdict des urnes et par la promesse de rémunérations sonnantes et trébuchantes(mandats alimentaires) et autres avantages et privilèges qui vont bien avec.
Je les entends tous encore parler de développement durable, de faire de la Réunion un exemple mondial, parce qu'ici le VIVRE ENSEMBLE est un mode de vie, une fierté !!!!
Mais ils ont étrangement oublié qu'au coeur du développement durable, l'Homme, la personne humaine est placée au centre et au dessus de toute autre préoccupation : ces hommes et ces femmes qui non par plaisir de jouer aux empêcheurs de tourner en rond mais bien parce qu'ils n'ont plus d'autre choix font le siège du Palais de Dame Dindar.
6 salariés de l'ARAST ont perdu la vie depuis le début de ce conflit (AVC, crise cardiaque...), des familles ont explosé, des familles ont été saisies dans l'indifférence la plus totale ! J'espère que nos femmes et hommes de pouvoir ont passé un joyeux réveillon, et j'imagine qu'ils s'apprêtent comme il se doit à célébrer le passage à l'année 2012. J'espère qu'après avoir déguster champagne, foie gras, huîtres, carry de langoustes ou chevreuil en broche; que depuis leur station de sport d'hivers ou des plages de sable doré, ils passent de merveilleux moments.
J'espère Mesdames et Messieurs que vous arrivez à vous regarder dans un miroir et que vous arriver encore à reconnaître la jeune ou le jeune militant que vous étiez et qui avait alors pour simple et noble ambition de vous mettre au service du peuple réunionnais, des plus faibles, des plus défavorisés, des causes justes.
Je ne puis croire que vous soyez totalement indifférents à la situation des ex salariés de l'ARAST, que cela ne vous trotte pas dans un coin de la tête, que cela vous révolte même un peu... Alors je me permets modestement de vous rappeler ces mots D'Augusto Roa Baos et qui sont particulièrement adapté à la lutte de l'ARAST :
"Ce qui s'impose à présent, c'est l'union et la confraternité, face à ce monde violent, en suprême effort de volonté pour tenter de récupérer le sens de la dignité humaine au travers de la fraternelle entente de tous les peuples".
Une citoyenne réunionnaise



