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TotalEnergies engrange près d’un milliard grâce au blocage du détroit d'Ormuz, pendant que les prix flambent à la pompe

Ecrit par Gaetan Dumuids – le jeudi 2 avril 2026 à 11H16
Capture d'écran Twitter.

Alors que les prix des carburants atteignent près de deux euros le litre à La Réunion, le groupe TotalEnergies aurait généré plus d’un milliard de dollars de gains en mars en profitant de la crise au Moyen-Orient. Une situation qui alimente les critiques sur les « profits de guerre » des majors pétrolières.

La flambée des prix des carburants, ressentie de plein fouet par les automobilistes réunionnais depuis hier, trouve en partie son origine dans la crise géopolitique qui secoue le Moyen-Orient. Mais dans ce contexte tendu, certains acteurs semblent tirer leur épingle du jeu.

Selon plusieurs révélations du Financial Times, confirmées par d'autres médias, le groupe TotalEnergies aurait réalisé un gain supérieur à un milliard de dollars en mars 2026. Une performance financière directement liée à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, le passage stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial.

Lire aussi : "Pendant que les Réunionnais paient plus, les collectivités encaissent davantage" prévient Julien Hoarau, l'auteur de la pétition contre la hausse des carburants

Une stratégie gagnante dans un marché sous tension

Depuis fin février, le conflit entre l’Iran et une coalition américano-israélienne a provoqué un effondrement du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, paralysant jusqu’à 95 % des échanges.

Conséquence immédiate : une raréfaction brutale du pétrole moyen-oriental destiné à l’Asie et une envolée spectaculaire des prix. En quelques semaines, certains bruts ont vu leur valeur passer d’environ 70 dollars à près de 170 dollars.

C’est dans ce contexte que TotalEnergies aurait mis en place une stratégie particulièrement rentable. Le groupe a racheté la quasi-totalité des cargaisons de pétrole issues des Émirats arabes unis et d’Oman, destinées à être livrées en mai et indexées sur l’indice Dubaï.

En concentrant une grande partie des volumes encore disponibles hors zone bloquée, le groupe s’est retrouvé en position de force sur un marché déjà sous pression. Il a ainsi pu revendre ce pétrole à des prix bien supérieurs à ceux d’achat.

Un contraste saisissant avec la situation des consommateurs

Ce gain exceptionnel intervient alors que les consommateurs subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe. À La Réunion, le litre de carburant frôle désormais les deux euros, accentuant les tensions sur le pouvoir d’achat.

Ce décalage alimente un sentiment d’injustice. D’un côté, des ménages contraints de réduire leurs déplacements ou leur budget. De l’autre, un groupe énergétique qui profite d’un choc géopolitique pour réaliser des profits records.

Cette situation relance le débat sur la responsabilité des grandes entreprises énergétiques en période de crise. Faut-il encadrer davantage ces pratiques ? Faut-il taxer ces gains exceptionnels ?

La question des « profits de guerre »

Au-delà de l’aspect économique, l’affaire soulève des enjeux éthiques et politiques. Le bénéfice réalisé par TotalEnergies ne provient pas d’une activité industrielle classique, mais d’une opération de marché liée à un conflit.

Plus le détroit d’Ormuz est bloqué et les tensions élevées, plus la valeur de ces positions augmente. Un mécanisme qui interroge sur la manière dont les crises internationales peuvent devenir des opportunités financières pour certains acteurs.

Des organisations dénoncent ainsi des « profits de guerre », estimant que ces gains se font au détriment des populations, confrontées à l’inflation et à la hausse du coût de la vie.

Cette séquence remet au cœur du débat la régulation du secteur énergétique. Elle pose aussi la question du rôle de l’État face à des groupes capables de générer des profits massifs dans des contextes de crise.

À l’heure où les pouvoirs publics cherchent à contenir les prix à la pompe sans remettre en cause la fiscalité, l’écart entre la situation des consommateurs et les résultats des majors pétrolières apparaît de plus en plus difficile à justifier.

Etiquettes : Carburants

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