Pierrot Dupuy : "la mort du jeune Quentin arrive au pire moment pour LFI !"

La mort du jeune Quentin Deranque ne peut nous laisser indifférents, même si elle a eu lieu à Lyon, à 9.000 km de chez nous, tant elle est révélatrice du climat délétère qui règne en ce moment dans la politique nationale. Climat qui n’est que l’aboutissement, dramatique, de la stratégie de conflictualisation engagée par LFI depuis les dernières législatives.
Quentin avait 23 ans. LFI le présente comme un militant d’extrême droite. Ses amis le dépeignent plutôt comme un nationaliste, amoureux de la France et de ses valeurs traditionnelles. Avouons que la frontière est parfois difficile à tracer entre traditions et traditionalisme.
Mais à la limite, peu importe. Peu importe qu’il ait été d’extrême droite ou pas. Il était avant tout un être humain, un jeune de 23 ans qui avait la vie devant lui et personne n’avait le droit, au nom de je-ne-sais quelle doctrine politique, de lui ôter la vie.
Certains qui se présentent comme anti-fascistes, sont devenus plus fascistes que ceux qu’ils prétendent combattre.
Paradoxe identitaire
Aujourd’hui, LFI est très embarrassé, réduit à un difficile jeu d’équilibriste. Essayant en même temps de regretter la mort de Quentin, tout en ne condamnant pas franchement les membres de La Jeune Garde, un mouvent anti-fasciste très proche de lui.
Qui peut mieux parler des liens entre Jean-Luc Mélenchon et La Jeune Garde que Raquel Guarrido, ancienne cadre de LFI ? Laquelle a déclaré hier sur RTL que « Jean-Luc Mélenchon, bien avant la dissolution, avait noué un lien avec La Jeune Garde. Il s’est déplacé au camp de la Jeune Garde au mois d’août 2023 (...) Et ça a été un moment dans l’histoire de La France Insoumise, où on a commencé à voir qu’il y avait une ambiguïté dans le discours de Jean-Luc Mélenchon, entre l’attachement à la stratégie de la NUPES ou au contraire la valorisation de ce type de format d’engagement beaucoup plus radical ».
Pierrot Dupuy : "Les faits se sont donc déroulés à Lyon, une ville théâtre habituel d’affrontements entre fa (comprenez fascistes) et anti-fa."
Le « jeu », si vous me passez l’expression, consiste à venir perturber les manifestations du camp d’en face. C’est notamment ce que pratiquent régulièrement les jeunes femmes membres de Némésis, un collectif d’extrême droite identitaire se réclamant du féminisme. Ses membres se contentent de brandir pacifiquement des pancartes et de hurler des slogans. Et comme en général les réactions du camp d’en face sont plutôt du genre violentes, elles ont pour habitude de venir accompagnées d’un service d’ordre pour les protéger.
C’est de ce service d’ordre dont faisait partie Quentin, venu escorter sept militantes de Némésis venues déployer une banderole à proximité d’une manifestation organisée par Rima Hassan, la députée européenne LFI. Manifestation interdite par la préfecture justement car elle craignait des troubles à l’ordre public mais que la députée insoumise a malgré tout tenue.
"Etranglées et jetées au sol"
Les militants venus pour « protéger » les militantes de Némésis étaient toutefois restés à distance, les surveillant de loin.
Selon le procureur de la République, « un certain nombre d’individus » ont alors tenté d’arracher la banderole, en « exerçant des violences sur au moins deux des jeunes femmes ». Ces militantes de Némésis ont été « étranglées et jetées au sol », selon le procureur.
Les militants chargés de leur protection ne sont pas intervenus, selon la même source. Et c’est environ une demi-heure plus tard qu’« ils étaient pris à partie, violemment, par un groupe d’une vingtaine d’individus masqués, cagoulés », a indiqué le magistrat. Certains ont réussi à s’enfuir mais trois jeunes « sont jetés au sol et frappés à de très nombreuses reprises par plusieurs individus », dont au moins six ont porté directement des coups.
On connait la suite. Victime notamment d’un traumatisme crânien irréversible à la suite de nombreux coups reçus à la tête, Quentin devait décéder quelques instants après.
Lire aussi : La Région en revient aux bases du communisme : le même salaire pour tous !
Plusieurs témoins accusent des membres de La Jeune Garde d’être les auteurs de cette agression. Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, et Gérald Darmanin le ministre de la Justice, sans citer explicitement le nom de ce groupuscule, n’ont pas hésité à désigner « l’ultragauche ». Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a quant à elle pointé la « responsabilité morale » de LFI. Et les Républicains et le Rassemblement national (RN) sont exactement sur la même ligne.
"Trouble à l'ordre public"
Sans attendre les résultats de l'enquête, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a interdit l’accès à l’Assemblée nationale au collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault (cofondateur de la Jeune Garde), mettant en avant un risque de « trouble à l'ordre public ».
Les attaques se font de plus en plus pressantes en direction de LFI. D’où ma question : ce drame va-t-il avoir des conséquences dans les urnes à l’occasion des prochaines élections municipales ? En France, mais également à La Réunion, où Huguette Bello et son parti le PLR ne font pas mystère de leur proximité avec Jean-Luc Mélenchon et LFI...


