L’ex-juge Hakim Karki évincé par ses pairs

Hakim Karki n’est plus magistrat. Le 16 octobre dernier, l’ex-juge d’instruction du tribunal judiciaire de Mamoudzou, qui avait été définitivement condamné en avril 2024 à dix ans de prison pour le viol d’une enseignante en 2014, a été révoqué par ses pairs du Conseil supérieur de la magistrature.
Le sort de l’ex-juge du tribunal judiciaire de Mamoudzou est définitivement scellé au terme d’une décennie de procédure disciplinaire et surtout criminelle. Hakim Karki, qui avait défrayé la chronique en juillet 2014 avec sa mise en examen pour le viol d’une professeure de philosophie à Mayotte, a été révoqué le 16 octobre dernier par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Cette sanction est la plus lourde au plan disciplinaire qui puisse être prononcée à l’encontre d’un magistrat. Elle n’est pas surprenante sachant l’impressionnante liste de griefs examinés par les neufs sages du CSM.
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L’affaire éclate sur l’île aux Parfums le 7 juillet 2014 au moment de la mise en examen du juge d’instruction, alors en poste au tribunal judiciaire dans le chef-lieu du 101ème département français. Une semaine plus tôt, le 1er juillet, le juge passe la soirée au Caribou, un lieu festif propice aux rencontres. Il sympathise avec une enseignante, âgée d’une trentaine d’années. Au moment de la raccompagner à sa voiture, il en profite pour lui imposer une fellation que la jeune femme qualifie de « violente ». En état de sidération, elle l’accompagne malgré tout chez lui.
Le viol d’une enseignante
La professeure de philosophie est violée à trois reprises dans la nuit tandis qu’il lui distribue des claques et profère des menaces contre elle. Sans doute pour qu’elle garde le son silence. Tout au long de l’enquête, la victime livre la même version des faits.
Pour sa défense, le juge parle de relations « consenties » et effectivement violentes mais il assure qu’elle s’est jetée sur lui. Il inverse ainsi les rôles. A l’époque, Hakim Karki passe quelques jours en prison à La Réunion puis il est transféré dans l’hexagone où l’instruction de l’affaire est dépaysée. En attendant, il est suspendu de ses fonctions par le CSM.
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En décembre 2022, le juge est condamné à huit ans de prison par la cour d’assises de Paris. Il fait appel de la décision. Lors de son second procès devant la cour d’assises de Créteil, les magistrats alourdissent le quantum de la peine. Il écope cette fois de 10 ans de prison.
Dix ans de prison et une procédure disciplinaire
En janvier 2025, Hakim Karki joue sa dernière carte au plan judiciaire. Il formule un pourvoi en cassation examiné en janvier 2025 qui se solde par un rejet. Toutes les voies de recours ayant été épuisées, sa condamnation devient définitive. Les super magistrats du CSM peuvent alors prendre le relais au plan disciplinaire. Ce qui fut fait lors d’une audience organisée en septembre 2025.
Les sages du CSM ne tiennent pas seulement compte de la condamnation de leur ancien collègue pour des faits criminels. Ils examinent aussi de multiples atteintes aux obligations « les plus élémentaires » auxquelles un magistrat doit en principe se conformer. Cette procédure, initiée avant le viol de l’enseignante, concerne un manque de loyauté, de prudence et de discrétion dans l’exercice de son métier.
« Il porté atteinte à l’image d’indépendance, d’impartialité, de probité de l’institution judiciaire »
Le CSM estime qu’il a « porté atteinte à l’image d’indépendance, d’impartialité, de probité de l’institution judiciaire ». Il est ainsi question « d’obstructions délibérées » portant atteintes au fonctionnement du tribunal, « de refus de communication » dans la conduite de ses dossiers d’instruction, « de relations de proximité critiquables avec un journaliste » mais aussi de relations problématiques avec ses collègues marquées par « l’agressivité et le dénigrement, non exempt d’une certaine forme de menace ».
Il est encore fait état de relations ambiguës avec un acteur économique implanté dans l’île où il est question d’avantages en nature comme « l’octroi de logements et de privilèges ». Ce qui le mettait potentiellement à la merci de cet acteur. Parmi les autres motifs de saisine du CSM, figurent ses dérapages envers la gendarmerie, l’administration pénitentiaire, la Protection de la jeunesse et des justiciables.
La thèse d’un double complot
Pour sa part, Hakim Karki a contesté toutes les accusations, victime selon lui d’un « complot ». Il est question d’un cimentier qu’il a mis en examen pour le stockage de matériaux dangereux. Dans sa tête, l’enseignante aurait pris part à un plan machiavélique pour le faire chuter. Surtout, l’ex juge met en avant l’affaire « Roukia » pour tenter de démontrer qu’il y avait une cabale contre lui.
Roukia est cette jeune fille retrouvée morte sur une plage des suites d’une overdose d’héroïne, en janvier 2011. La mise en examen de plusieurs membres des forces de l’ordre aurait conduit ces derniers à se venger de lui. Ce qui n’a jamais été démontré. Mieux, les enquêteurs ont finalement été lavés de tous soupçons quant à leur implication présumée dans le décès de Roukia.
« Une profonde atteinte à la confiance et au respect que la fonction doit inspirer »
« Le scandale d'Etat n'a existé seulement qu'à travers la personnalité du juge Karki et d'un gendarme qui ont orienté l'enquête dans ce sens. Beaucoup de gens n'ont servi que leurs propres intérêts à travers cette affaire-là. Cela a été le cas du juge Karki qui y voyait un intérêt pour sa carrière », nous livrait Nicolas Goinard en mai 2022 à l’occasion de la sortie de son livre-enquête : “L'affaire Roukia ou les Ombres de Mayotte”, paru aux Presses de la Cité.
Finalement, le CSM s’est essentiellement appuyé sur la procédure criminelle pour décider de la révocation de l’ex juge. « De tels faits, d’une particulière gravité, constituent des manquements à l’honneur et sont incompatibles avec l’exigence de dignité qui incombe à tout magistrat », relève le CSM. Car « ils portent une profonde atteinte à la confiance et au respect que la fonction doit inspirer ». Hakim Karki, qui a toujours soutenu qu’il était « victime de procédures partiales », est toujours en détention dans le département de l’Aisne.


