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Séquestrée, violée… La parole d’une victime enfin reconnue : 10 ans ferme pour l'auteur

Ecrit par Lucas Candessoussens – le vendredi 3 octobre 2025 à 18H53

Deuxième et dernier jour de procès devant la cour d’assises de Saint-Denis pour Yoland Antoine R., jugé pour séquestration, viol et agression sexuelle. Au terme de cette audience, le sexagénaire est condamné à 10 ans de réclusion criminelle.

La dernière journée d’audience aux assises a été majoritairement consacrée au réquisitoire et aux plaidoiries des avocats.

Pour rappel, Yoland Antoine R., sexagénaire, est accusé d’avoir séquestré, violé et agressé sexuellement l’une de ses voisines, dans la nuit du 8 au 9 mai 2023. Dans cette affaire, l’homme encourt jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.

Lire aussi : Séquestration et viol : y a-t-il un voisin pour appeler les flics ?

Trouble psychiatrique et alcool, un cocktail dangereux

Comme relaté lors du premier jour d’audience, Yoland Antoine R. est en proie à des troubles psychiques. Le rapport de l’expert médical va en ce sens : l’homme souffre d’hallucinations auditives et visuelles.

Une souffrance qui a multiplié les passages à l’hôpital pour Yoland Antoine R. L’homme doit également suivre un traitement rigoureux et c’est la raison pour laquelle il est sous curatelle.

Autres maux : l’alcool. L’accusé en consomme des quantités non négligeables. Au moment de son interpellation, les gendarmes doivent attendre 12 heures avant qu’il ne soit à peu près sobre.

Cette consommation le pousse fréquemment à solliciter ses tuteurs pour obtenir de l’argent. D’ailleurs, quand on se penche sur son casier judiciaire, les quelques mentions impliquent bien souvent la boisson : conduite sous l’empire d’un état alcoolique, outrage, dégradations…

Et le soir des faits, Yoland Antoine R. avait fait le plein d’alcool : sur les photos de son domicile prises après l’intervention de la gendarmerie, on y trouve une bouteille de rhum, des bières et du vin.

Une victime seule à l’audience

Après avoir dressé le parcours et la personnalité de l’accusé, la cour a vite embrayé sur les plaidoiries. Faute de disponibilité de l’expert métropolitain qui a dressé le rapport médical, au grand dam des parties, l’audience s’est accélérée.

Maître Guillaume Albon représente les intérêts de la victime. Jusqu’au moment des faits, elle vivait seule au Tampon. Une mère de famille qui, ayant quitté son Éthiopie natale, était orpheline. Souffrant, elle aussi, de troubles psychiatriques, elle suit rigoureusement le traitement qui lui a été prescrit. Un traitement qui fonctionne bien selon les constatations médicales. Elle connaissait Yoland Antoine R., tous deux se fréquentaient. On parle même d’une esquisse d’amitié, puisque la mère de famille semblait avoir une certaine confiance en cet homme.

Tout au long de la procédure, elle maintient sa version des faits : pour elle, Yoland Antoine R. s’est introduit dans son appartement, subtilisant au passage ses clés. Elle relate comment elle a essayé d’obtenir le concours de ses voisins pour les récupérer chez l’individu. Sans succès. Finalement, elle va se retrouver enfermée chez lui pour y être allée seule…

Elle décrit la violence, les agressions qu’elle a subies chez Yoland Antoine R. Sa détresse face à cet homme plus imposant qu’elle. Comme un crève-cœur, son avocat explique : « Dans chaque procès pour viol, la victime est souvent accompagnée de sa famille et de ses proches. Aujourd’hui, ma cliente est seule. »

La robe noire souligne le « courage » des témoins qui, malgré avoir entendu les cris de détresse, n’ont pas prévenu les forces de l’ordre. Selon lui, sa cliente ne cherche pas à ce que Yoland Antoine R. écope de la plus grosse peine ou lui verse beaucoup d’argent : elle veut la justice, qu’il soit reconnu coupable et qu’il s’excuse.

La justice d’antan et la justice d'aujourd'hui

Dans son réquisitoire, l’avocate générale rappelle en préambule des chiffres alarmants : en France, on compte un viol toutes les six minutes. En 2020, 0,6 % des plaintes pour viol ont abouti à la condamnation de l’auteur…

Selon l’accusation, tous les faits sont caractérisés : Yoland Antoine R. a volontairement attiré la victime chez lui en lui volant ses clés. Il l’a délibérément gardée chez lui pour pouvoir lui faire subir des sévices sexuels. Enfin, la magistrate souligne la résilience dont a fait preuve la victime.

Un parallèle intéressant a été dressé entre la « justice d’avant » et celle d’aujourd’hui. Avant, l’alcool pouvait être une circonstance atténuante, plus maintenant. Les mœurs ont aussi évolué et la parole des victimes s’est libérée. Certes, Yoland Antoine R. et la victime ont déjà eu un rapport sexuel consenti par le passé, mais cela ne veut pas dire qu’elle était prête à réitérer.

En ce sens, l’avocate générale requiert une peine de 16 ans de réclusion criminelle et 10 ans de suivi socio-judiciaire à l’encontre de Yoland Antoine R.

Pas de preuves matérielles pour la défense

Représentant l’accusé, le bâtonnier Frédéric Hoarau a une tout autre lecture du dossier. Concernant la séquestration, la robe noire souligne qu’il n’y a aucun moyen de prouver que la porte du domicile de son client était fermée à clé.

Pour étayer son propos, il explique que Yoland Antoine R. était fin ivre cette nuit-là. À tel point que lors de son interpellation, l’homme est tellement saoul que deux gendarmes doivent l’aider à marcher. Ainsi, questionne le bâtonnier, comment peut-il ouvrir la porte du domicile, sachant qu’à l’arrivée des gendarmes, l’accusé est à demi nu sur le canapé, les clés de l’appartement posées sur la table, et que la victime sort en première du domicile ?

La robe noire plaide aussi les troubles psychiques dont souffrent les deux protagonistes de ce dossier. Peut-être ont-ils eu une perception exagérée des événements… En ce sens, l’avocat de la défense a plaidé l’acquittement.

10 ans de réclusion criminelle

Après plus de deux heures de délibération, le verdict tombe pour Yoland Antoine R. Le sexagénaire est condamné à 10 ans de réclusion criminelle avec un suivi socio-judiciaire de trois ans.

Une décision motivée par les troubles psychiques dont souffre l’accusé. À l’annonce du verdict, la victime, à travers la voix de son avocat Maître Guillaume Albon, se dit « soulagée » d’être reconnue comme une victime comme une victime.

Etiquettes : Tribunal

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