“Au feu, les pompiers" : ces objets qui racontent l’histoire de nos soldats du feu

À partir du 15 juillet et jusqu’à la fin novembre, les Archives départementales accueillent l’exposition "Au feu, les pompiers", qui retrace, à travers des objets, des documents et des témoignages, l’évolution d’un métier au service de la population. Une plongée dans l’histoire, entre moyens rudimentaires et vocation intacte.
Une mémoire visuelle et tangible, qui fait dialoguer les époques. L’exposition "Au feu, les pompiers"*, visible depuis ce 15 juillet aux Archives départementales à Saint-Denis, raconte l'histoire des pompiers de La Réunion par les objets. Casques, tenues, registres manuscrits et autres outils forment un parcours immersif, pensé comme un pont entre les pionniers du siècle dernier, les pompiers communaux des années 1960 et les professionnels d’aujourd’hui. une exposition qui s’inscrit dans le cadre des 70 ans du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS), célébrés cette année.
Une mémoire retrouvée
Le prolongement naturel du livre "L’histoire des sapeurs-pompiers de La Réunion", publié en février dernier. Le premier ouvrage de référence sur les pompiers de La Réunion, fruit de la volonté de plusieurs passionnés, dont la commandante Maya de Villepoix, adjointe au chef de centre de la plateforme d’appel du SDIS, le tout sous la direction du commandant Nicolas Folio, chef du centre de secours de Saint-Pierre.
Plusieurs pièces proviennent de dons d’anciens pompiers ou de leurs familles. Certaines ont été exhumées des réserves de casernes, comme celle de l’Entre-Deux. Toutes ont une valeur symbolique, comme ces drapeaux des anciens corps communaux de Saint-Denis et de Sainte-Suzanne.
Lire aussi : Le Laffly, premier engin motorisé de lutte contre les incendies de l'île, inscrit au titre des monuments historiques
Parmi les objets phares de l’exposition, une pompe à bras du XIXᵉ siècle témoigne d’un autre temps. Conçue pour être transportée sur un chariot, elle nécessitait la force de plusieurs hommes pour remplir la pompe avec des seaux, aspirer l’eau et la projeter grâce à un système de pistons et de clapets. D’un poids de plus de 100 kilos, elle fut utilisée jusqu’aux années 1950, date de l’arrivée dans l’île du premier fourgon pompe-tonne, le Laffly, désormais inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Trop imposant, il n’a pas pu être exposé dans le cadre de l’exposition.

A l’époque du bois et du cuir
Autre outil emblématique : l’échelle à crochets en bois, conçue pour s’accrocher aux rebords des bâtiments lors des interventions en hauteur. Constituée de barres robustes avec des crochets métalliques à une extrémité, elle permet de porter secours quand la grande échelle ne peut pas être déployée. Son usage, exigeant physiquement, reste réservé à des situations très particulières, quand les moyens aériens ne peuvent être engagés. C’était encore plus vrai à l’époque de cette échelle en bois datant du XXᵉ siècle, étroite et encore plus difficile à manœuvrer.

Plus méconnue, la gaffe en bois était utilisée pour manipuler les tuyaux ou écarter des câbles, notamment en cas de risque électrique. Équipée d’un crochet à son extrémité, elle permettait d’agir à distance, sans exposer les pompiers aux dangers directs du feu, de la fumée ou des débris. Solide et légère, elle était un outil précieux dans les interventions les plus difficiles. La gaffe exposée, en bois, date du XXᵉ siècle. Une pièce rare.
Un métier, des risques
L’exposition donne aussi à voir l’évolution des équipements de protection. Dans les années 1980 et 1990, les pompiers étaient équipés de tenues en cuir épais et de casques en acier inoxydable, pensés pour les interventions urbaines. Solides mais lourds, ces équipements offraient une protection limitée contre la chaleur. Plus tôt encore, les uniformes se résumaient souvent à une chemise de laine bouillie et à des bottes en caoutchouc.

On découvre également de vieilles lances à incendie, bien éloignées des standards actuels : leur portée se limitait à quelques mètres, contre plusieurs dizaines aujourd’hui grâce à une pression d’au moins 6 bars. À leurs côtés, un dévidoir mobile conçu pour transporter jusqu’à cinq tuyaux sur des terrains difficiles montre comment les interventions ont gagné en efficacité au fil du temps.
Autre pièce marquante : la hache, traditionnellement utilisée pour ouvrir des accès ou couper l’avancée du feu. Elle reste aujourd’hui un symbole fort, portée lors des cérémonies par la garde au drapeau.
Ici, une claie de portage, sorte de sac à dos pouvant peser jusqu’à 40 kilos, rappelle la difficulté des interventions en forêt. Elle permettait aux pompiers d’acheminer du matériel à pied là où les véhicules ne pouvaient accéder.

Une exposition vivante
"Au feu, les pompiers" ne se limite pas à un parcours muséal. Des QR codes donnent accès à des contenus supplémentaires et à des vidéos d’interventions. C’est le cas en complément d’un autre temps fort de l’exposition : la reconstitution d’une désincarcération, dans laquelle les pompiers exposent les moyens déployés pour extraire une victime piégée dans un véhicule à l’aide d’un matériel spécialisé. Une intervention technique, impressionnante et pédagogique, qui s’inscrit aussi dans une démarche de sensibilisation à la sécurité routière, avec quizz, vidéos et animations à la clé.

Dans les années 50, le secours routier ne faisait pas encore partie des missions des pompiers. Les routes sont alors une hécatombe : en 1965, on compte 971 accidents, 73 morts et 1 151 blessés, alors que le parc automobile était tout autre qu’aujourd’hui;
Les interventions des pompiers ce sont aussi de belles histoires, comme celle de ce sauvetage, retranscrite dans le registre baptisé main courante de la caserne de Saint-Denis de “nourrissons descendus dans des couffins” lors d’un incendie. L’un de ces bébés deviendra pompier et chef de centre à la Montagne…

Vers un musée pérenne
L’exposition constitue un jalon vers un objectif encore plus ambitieux : la création d’un musée permanent de l’histoire des sapeurs-pompiers de La Réunion et de l’océan Indien. L’Association des amis du musée, présidée par le commandant Nicolas Folio, est en quête d’un bâtiment pour accueillir ce projet. L’appel est de nouveau lancé aux communes de l’île. Toute personne disposant d’objets, d’archives ou de souvenirs liés à cette histoire est invitée à se rapprocher de l’association.
Lire aussi : 70 ans du SDIS : les pompiers ouvrent leurs portes et racontent leur histoire
Pour toujours mieux raconter l’histoire des pompiers de La Réunion. Pour rendre hommage à ceux qui, à travers les décennies, ont risqué leur vie pour protéger celle des autres, quels que soient les moyens.
*”Au feu, les pompiers, 70 ans du SDIS Réunion”, aux archives départementales, à Saint-Denis, du lundi au vendredi de 8h à 16h.




