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Escroquerie aux visas : un ressortissant indien condamné et interdit de territoire pour 5 ans

Ecrit par Régis Labrousse – le mercredi 2 juillet 2025 à 16H06
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Le tribunal correctionnel de Saint-Denis avait à juger une affaire d'escroquerie et de recel de bien assez particulière ce mardi 1ᵉʳ juillet. En effet, deux prévenus avaient à s'expliquer sur le petit business florissant qui consistait à vendre chèrement des prestations de demande d'asile et de visas – en réalité gratuites - à leurs compatriotes indiens en quête d'une vie meilleure. Tout a été mis à jour suite à la plainte d'une victime qui se retrouve bloquée à La Réunion sans visa, sans travail et sans la moindre possibilité de repartir en Inde.

Rajender A., né en 1980 en Inde, immigre à La Réunion par la grâce d'un arrêté de 2014 qui permet aux ressortissants indiens d'obtenir un visa touristique de 14 jours en passant par des agences de voyages agréées. Avant de mettre en place son business, il est d'abord la victime d'un système bien huilé qui se met en place à la faveur de cet arrêté. Tout d'abord, par le biais de contacts en Inde, il propose un package complet pour immigrer à La Réunion. Il propose visa et promesse de travail au bout d'un mois pour des sommes pouvant dépasser les 5 000 euros.

La demande de visa n'est autre qu'une demande d'asile qui, rappelons-le, est gratuite

Cette somme comprend le billet et l'hébergement qui sont payés en Inde dans un premier temps. Ensuite, les "pseudos touristes" qui arrivent doivent s'acquitter de 2.000 euros en espèces pour les démarches sur place. Cela comprend la demande de visa et les démarches auprès d'un avocat pour défendre leur dossier. En réalité, la demande de visa n'est autre qu'une demande d'asile qui, rappelons-le, est gratuite. Quant aux démarches auprès d'avocats, il s'agit d'associations qui travaillent bénévolement. Ces mêmes associations gèrent les dossiers avec des avocats qui, eux, sont payés par l'aide juridictionnelle.

La période de prévention retenue par le tribunal s'étend de mai à décembre 2024. À la barre, Rajender A. doit répondre d'escroquerie, alors que Mit P., né aussi en Inde en 1995, doit répondre de recel de biens provenant de l'infraction. Il est arrivé en France en 2018 tandis qu'il était déjà marié en Inde à une française. Il parle parfaitement le français, tandis qu'un interprète en anglais est présent pour Rajender A.

Présentes à l'audience, les victimes expliquent qu'ils ont payé 4.200 et 5.500 euros à Rajender A. et n'ont jamais vu la couleur d'un travail. Ils indiquent être bloqués sur l'île sans le sou et sans travail. Ils veulent simplement être remboursés.

Les investigations mettent en exergue un système bien huilé

Pour sa part, Rajender A. finit par reconnaitre les faits à minima. Quant à Mit P., il explique avoir uniquement servi de chauffeur pendant 5 jours à la demande de Rajender A. pour conduire les victimes d'un hôtel à la préfecture. Les deux victimes confirment ses dires. Les investigations mettent en lumière un système bien huilé qui se sert de l'arrêté de 2014 pour exploiter ces pauvres gens qui rêvent d'une vie meilleure à l'étranger. Selon Rajender A., il a fait ça pour rembourser une dette de 2.000 euros à celui qui l'a fait venir.

Ce dossier pourrait être le sommet d'un iceberg qui cache un réseau pouvant s'apparenter à système de passeurs exploitant la misère humaine et la crédulité.

Comme l'indique le parquet, "cela représente des sommes extrêmement importantes", et rappelle que "fort heureusement, les lois françaises protègent les personnes vulnérables". La procureure insiste sur la "crédulité des victimes" qui, "ne connaissent malheureusement pas les démarches qui sont gratuites". Elle requiert une peine de 8 mois de prison avec sursis pour Rajender A. ainsi qu'une interdiction de territoire de 5 ans et 5 mois avec sursis pour Mit P. Elle demande également une responsabilité commune pour le remboursement des parties civiles.

"Il est venu ici car il était persécuté à cause de sa religion"

"Il y a longtemps que ces réseaux existent", répond la défense de Rajender A. qui poursuit : "L'escroquerie réside dans la volonté de tromper pour obtenir un gain. Là il n'y a pas d'enrichissement personnel. De plus, le parquet ne le démontre pas. Ils ont été sollicités pour aider. Les sommes gardées ont servi à payer l'hôtel et la nourriture pendant deux mois. Vous apprécierez. Il est venu ici car il était persécuté à cause de sa religion". Selon la robe noire, "les victimes avaient les moyens de vérifier, ils savaient tout", conclut-elle. La défense de Mit P. estime quant à elle que son client n'a qu'un "rôle secondaire qui est corroboré par les victimes". Elle plaide la relaxe, estimant qu'"il n'était au courant de rien et n'a fait aucune démarche".

Après délibération, Rajender A. est condamné à 8 mois de prison avec sursis et une interdiction de territoire de 5 ans. Mit P. est relaxé faute d'éléments.

Etiquettes : escroquerie | Inde

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