Choléra à Mayotte : L'ancienne directrice de l'ARS accuse les élus d'être responsables

Mercredi 8 mai, une enfant de trois ans résidant dans un bidonville de Mayotte a succombé au choléra, marquant ainsi le premier décès lié à cette maladie infectieuse qui sévit principalement dans les pays en développement. La précarité des infrastructures sanitaires de l'île est pointée du doigt, exacerbée par des réseaux d'eau potable et d'assainissement insuffisants. Dominique Voynet, ancienne directrice de l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, critique dans une interview accordée au journal Le Parisien la lenteur des réponses publiques face à ces carences qui perdurent malgré les alertes répétées.
Les autorités locales, selon Dominique Voynet, tardent à mettre en œuvre des solutions durables telles que les projets de dessalement de l'eau de mer et d'améliorations des infrastructures hydrauliques, malgré la disponibilité des plans et des financements. "Depuis des années, l’alimentation en eau potable et les réseaux d’assainissement sont défaillants à Mayotte, explique l'ancienne ministre qui fut également directrice de l'ARS à Mayotte. (...) L’enfant décédé vivait dans un bidonville. Or, les points d’eau sont malheureusement rares dans ces quartiers. (...) On paie aujourd’hui des années d’impérities de la part des élus locaux. Le syndicat d’eau et d’assainissement de Mayotte, qui est dirigé par les maires de différentes communes, est censé améliorer la distribution en eau potable des Mahorais. Des travaux ont été mis sur la table, mais les chantiers n’avancent pas".
De même, la construction d'un second hôpital sur l'île, discutée depuis le début de la pandémie de Covid-19, n'a toujours pas débuté, aggravant la saturation de l'unique hôpital existant. "Depuis trois ans, les travaux n’ont même pas débuté, assène-t-elle. À croire que les élus locaux ne mesurent pas leur responsabilité".
La situation est compliquée par une politique migratoire stricte, qui pourrait empêcher les familles, notamment celles en situation irrégulière, de chercher de l'aide médicale par peur des répercussions. Cette politique peut non seulement dissuader les malades de se présenter dans les centres de soin, mais également affecter la surveillance et le contrôle des épidémies.
Pour améliorer l'accès à l'eau potable, une mesure immédiate suggérée par Dominique Voynet dans Le Parisien serait l'installation de rampes d'eau temporaires dans les quartiers défavorisés, à l'instar de ce qui avait été mis en place lors de la pandémie de Covid-19. À long terme, une action plus ferme de l'État est nécessaire pour surmonter les blocages administratifs et accélérer les travaux essentiels à la prévention des maladies. Quitte à ce que l'État reprenne la main sur des compétences jusqu'ici dévolues aux élus locaux. En outre, il est impératif selon elle de revoir les politiques de sécurité qui limitent l'accès aux soins, afin de garantir que personne ne soit dissuadé de recevoir le traitement nécessaire.


