La Possession : Le conflit de voisinage tourne au règlement de comptes

Si les principaux faits se sont déroulés aux alentours de 19/20h, il faut remonter en début d’après-midi pour comprendre comment un homme a bien failli y laisser la vie. Depuis plusieurs mois, M.P., le frère de S.P, vit au rez-de-chaussée d’un immeuble de la Possession. Ses voisins du dessus, Brice C, et Audrey P., ont la mauvaise habitude de nettoyer leur terrasse à grandes eaux. Malheureusement, ils ont des chiens et il arrive que leurs déjections soient emportées avec l’eau, avant d'atterrir sur la pelouse de M.P.
“Le ton est monté car j’ai pris l’eau sur la tête. On a déjà essayé de discuter, mais Brice profite toujours du fait qu’il est plus imposant pour refuser la discussion”, affirme M.P, à la barre. Le ton monte encore une fois, mais cette fois-ci les deux hommes en viennent aux mains sur le parking. Audrey P. rentre elle aussi dans la bagarre et donne quelques coups à M.P.
S.P., qui habite aussi dans un autre bâtiment de la résidence, intervient pour mettre fin à l’altercation. Sonné, M.P. se remet mal des coups reçus, et se rend aux urgences. C’est à partir de ce moment-là que l’engrenage infernal se met en place qui mènera quelques heures plus tard aux graves blessures de S.P.
Tandis que M.P. file aux urgences, Brice et Audrey décident de quitter les lieux pour éviter de nouvelles tensions. Ils se rendent à Saint-Paul, où ils y passent le reste de la journée. “Des voisins nous ont appelés pour nous dire que des gens nous cherchaient. Je savais qu’on ne pouvait pas rentrer, mais je voulais quand même prendre quelques affaires. En plus, le père de M.P. et de S.P. nous a croisé dans l’après-midi, et nous a dit que si son fils ne sortait pas rapidement de l’hôpital il allait y avoir un mort”, précise Audrey P. d’une petite voix.
Ils décident donc de rentrer, mais Brice passe quelques coups de fil. Une quinzaine de personnes, dans plusieurs voitures, se donnent donc rendez-vous à la résidence. Brice est bien décidé à ne pas juste prendre des affaires, et veut en découdre “une fois pour toute, en un contre un”. Le petit groupe veut faire sortir M.P., et commence à lancer des galets sur le rez-de-chaussée de l’immeuble. Parmi eux, Steve et Ulrich, respectivement le cousin et le petit frère de Brice. Rameutés par ce dernier, sous les menaces et la contrainte, expliquera Steve, ils confirment que l’expédition visait bien à régler ce conflit de voisinage.
“J’ai vu S.P. qui sortait du parking, et il avait une barre de fer à la main. J’ai ramassé un galet en lui criant de jeter la barre. Ce qu’il a fait, et Brice a donné le premier coup”, confirme Ulrich.
Pris par surprise, S.P. tombe, et les coups pleuvent. Steve lui donne quelques coups de pied, tandis que Brice le frappe violemment au visage, avant de lui donner lui aussi des coups de pieds à la tête. La vidéo qui a enregistré la scène montre également Ulrich frapper S.P. déjà presque inconscient. “Dès le premier coup j’ai un trou noir, je me suis réveillé dans l’ambulance”, explique amèrement S.P. lorsque qu’il s’exprime à la barre. Encore couvert de traces de coups, son bras gauche est entièrement bandé. “J’ai l’un des doigts broyé. Ils m’ont mis une vis à l’intérieur pour le garder, mais je ne retrouverai jamais l’intégralité de ma main”, poursuit la victime. S.P. s’en sortira finalement avec 30 jours d’ITT, mais ce n’est qu’une estimation provisoire.
“Pourquoi avoir ramené tout un groupe ?”, demande la présidente à l'attention de Brice. “J’ai pris peur. Je ne me sentais pas en sécurité, alors j’ai ramené des gens. Dès qu’il est tombé à terre, j’aurai dû m’arrêter là”, tente Brice. “Vous essayez de vous présenter comme voulant tempérer les choses, mais votre compagne décrit clairement dans ses dépositions que vous étiez énervé et que vous vouliez en découdre”, nuance la magistrate. Avec 8 mentions au casier Brice, et sept pour Steve, les deux hommes ne sont pas des inconnus de la justice.
Me Nacima Djafour, l’avocate des parties civiles, note que “les victimes ont tenu à être présentes pour s’expliquer, malgré leur condition médicale. Il y a encore beaucoup de colère et d’incompréhension”.
Le parquet ne mâche pas ses mots, et parle de “violences graves et lâches". "On parle de un contre un, mais à plusieurs et armés. Il ne s’agit pas d’un dérapage incontrôlé”. Le procureur demande une peine de quatre ans ferme avec maintien en détention pour son rôle d’organisateur à l'encontre de Brice C. Le ministère public requiert deux ans ferme contre Steve C., huit mois ferme pour Ulrich H., les deux assortis d’un maintien en détention. Il n’est requis que huit mois de sursis simple pour Audrey F, car elle n’a pas participé au deuxième épisode de violence.
Pour les avocats de la défense, ces peines sont disproportionnées. Me Yannick Carlet, l’avocat d'Audrey P., rappelle qu’à “38 ans, elle n’a jamais fait parler d'elle”. Me Julien Barraco, l’avocat d’Ulrich souligne “l’effet de groupe, et mon client n’était pas catalyseur dans cette affaire”. “Il se demande ce qu’il est venu faire dans cette histoire. Il s’était éloigné de son cousin et sa vie d’avant”, s’agace la robe noire qui défend les intérêts de Steve C. L’avocate de Brice C. a un peu plus de mal, et sort les rames. “Cela a dégénéré à cause du passif entre les deux groupes. Il voulait que les autres soient là pour éviter que ça dégénère, et c’est le contraire qui s’est produit”.
Finalement, Brice écope de 4 ans, avec maintien en détention. Steve rejoint également son cousin en prison avec une peine de 2 ans, dont 6 en sursis probatoire pendant deux ans, avec obligation de travail et d’indemnisation des victimes. Audrey et Ulrich échappent à la détention, avec respectivement 6 mois de sursis simple et 12 mois dont 6 en sursis probatoire avec les mêmes obligations que Steve. Ulrich H. pourra exécuter sa peine sous DDSE (détention à domicile sous surveillance électronique). Tout ce petit monde écope également d’une interdiction d’entrer en contact avec les victimes.


