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CDG : Des agents du pôle Santé dénoncent des manquements dans la gestion du personnel

Contrats non-renouvelés à temps, charge de travail qui ne cesse d'augmenter, temps de traitement des dossiers à rallonge, les agents du pôle Santé du centre de gestion de La Réunion dénoncent une situation de souffrance au travail. Ironie suprême pour un organisme chargé d'une mission de prévention des risques psychosociaux dans les collectivités territoriales. La présidente du CDG, Juliana M'Doihoma, souligne que “la loi nous appelle à changer les méthodes de recrutement”, et confirme une “reprise en main”, avec des “procédures claires en matière d’emploi”.
Ecrit par zinfos974 – le dimanche 11 décembre 2022 à 11H28

"On est censé donner l'exemple", murmure l'une des agentes du pôle santé du CDG (centre de gestion). Beaucoup pointent du doigt une gestion pour le moins erratique en matière de ressources humaines. Au cours de cette enquête, les agents interrogés parlent tous d'un même et unique sentiment : la peur. Voilà pourquoi les témoignages recueillis ont été réalisés sous couvert d'anonymat. 

Chargé des missions de médecine du travail et de prévention des risques psychosociaux auprès des collectivités locales, le pôle santé du CDG occupe une place importante pour près de 17.000 agents de la fonction publique territoriale, dont l'employeur est affilié au CDG. Mis en sommeil durant quelques années, le pôle santé a repris du service il y a un peu moins de deux ans.
 
Devant l'énorme charge de travail qui s'annonçait, les effectifs se sont accrus, atteignant aujourd’hui une trentaine d’agents. "On a passé les six premiers mois à revoir toutes nos procédures et notre manière de travailler pour respecter les nouvelles normes. Cela marchait très bien lors de cette période. Mais à partir du moment où nous avons commencé réellement nos missions, ça a commencé à mal fonctionner", détaille Jean*, l'un des médecins du travail du CDG.

Une charge de travail qui ne cesse d'augmenter

"Le pôle santé est l'un des rares endroits où le CDG peut gagner de l'argent grâce à l'adhésion des collectivités. Pourtant, on doit faire face en permanence à des non-renouvellements de CDD, alors qu'on a besoin de ces personnes ! On ne peut plus remplir correctement nos missions. La présidente n'a donné aucune délégation de signature, car elle veut tout contrôler, au nom de la gestion des deniers publics, ce qui est louable. Sauf qu'elle ne signe rien ! Résultat, nous n'avons pas eu de ticket restau pendant près de six mois. Des gens qui avaient déposé une candidature il y a plusieurs mois n'ont toujours pas de réponse alors qu'on souhaite les recruter", poursuit le médecin.

"La charge de travail devient énorme, les gens sont obligés de venir sur leur congés. Aucun dossier n'avance. Des agents, normalement à temps partiel, doivent travailler comme s'ils étaient à temps complet pour compenser. Normalement, nous avions deux psychologues du travail, l'une a demandé sa mutation au 1er septembre. Quant à l'autre, elle n'a pas été renouvelée car personne ne pouvait lui signer son CDD. La plupart des agents ont peur et ne veulent pas parler, car beaucoup sont précaires", s'agace encore le médecin. "Le lundi, on me rajoute un nouveau dossier, et le mardi on m'enlève la dernière personne de mon équipe. Sur les quatre agents que je suis censé avoir pour m'épauler, je me retrouve tout seul", s'agace Jean.

[Après vérification, la seconde psychologue a bien été renouvelée, mais plus de 3 semaines après la fin de son précédent contrat, la forçant à être au chômage durant cette période, ndlr].

"La présidente ? On ne la voit jamais "

"Le projet présenté au début était écrit. On sait le travail qu'on a à faire, mais on ne nous donne pas les moyens", confirme Patrice*, lui aussi médecin du travail. Il décrit une situation qui se dégrade au fur et à mesure des départs dans son équipe. Normalement, le médecin est censé avoir dans son équipe un agent préventeur, un assistant et un infirmier. "Aujourd'hui je suis tout seul. Les infirmiers nous aident beaucoup car ils peuvent rencontrer les patients qui vont bien, pour nous dégager du temps sur ceux qui vont mal. On est obligé de décaler certains rendez-vous à 2023", souligne le médecin.
 
"Il n'y a pas de structure cohérente. On a beaucoup recruté en peu de temps, et quand il y a des absences ou des départs, on ne les remplace pas. En tout, on a dû connaître une dizaine de cas de CDD non-renouvelés depuis le début de l'année Quatre agents préventeurs sont en attente de recrutement. On leur a dit oui, mais comme rien n'est signé ils ne sont toujours pas là", poursuit Patrice. "C'est une ambiance très secrète. La présidente ? On ne la voit jamais. On a affaire à une responsable qui a une longue carrière derrière elle et qui nous ignore superbement. Le problème est que nous n'avons aucune communication. Quand je pose des questions, on ne me donne jamais de réponse. Il n'y a tout simplement pas de dialogue".

"On a peur quand on voit les collègues partir"

Face à cette gestion plus qu’erratique de la ressource humaine au CDG, une angoisse palpable monte chez les agents. "Cela crée de la souffrance au travail. Je vois les gens partir, et c'est même récemment arrivé à une collègue. Quand on voit la date de fin de son CDD approcher, on se dit qu'on est le prochain. Mais on évite d'en parler entre nous, c'est presque tabou. Selon les sites sur lesquels on travaille, on peut plus ou moins sentir le malaise, mais on n'entre pas dans les détails. J'aime bien ce que je fais, mais si le délai entre mes contrats est trop long je vais devoir chercher ailleurs. Je ne peux me permettre d'être au chômage, même pour une courte période", lâche, amère, Chloé* qui souhaite elle aussi rester anonyme.

"J'avais eu une confirmation qu'ils voulaient poursuivre leur collaboration avec moi, mais rien n'avait été signé lors de mon dernier jour. Au total, j'ai dû subir quinze jours au chômage car mon contrat n'a pas été renouvelé à temps", explique Océane* cette autre agente du pôle santé.

"Les relations entre collègues sont mises à mal, et le service est dégradé, désorganisé même. Les temps d'attente pour traiter les dossiers se rallongent, alors qu'en face on a des agents des collectivités qui sont en souffrance. Or, nous sommes nous aussi en souffrance. En prévention des risques psycho-sociaux, cela s'appelle un conflit d'intention. Aujourd'hui, il n'y a qu'une seule psychologue pour les 40.000 agents que nous avons. Le CDG est même obligé d'externaliser ses missions car celle qui reste ne peut tout faire. Ce n'est pas exceptionnel comme situation, d'autres CDG en métropole le font parfois aussi, mais ce n'est pas pour autant normal", poursuit Océane

“Le Pôle santé est une priorité de cette mandature”

Interrogée, la présidente du CDG rappelle la situation dans laquelle son équipe a trouvé l’institution. “Le Centre avait une image entachée et j’ai donc souhaité le structurer, avec de nouveaux vice-présidents délégués. Nous avons passé de nouveaux contrats avec des collectivités, et des locaux ont même été acquis à Saint-Denis pour étendre le pôle santé”, commence par souligner Juliana M'Doihoma. 

“J’apprends l'existence de ces possibles recrutements d’agents préventeurs. Par contre, nous avons bien prévu de recruter deux nouveaux infirmiers en santé du travail, afin de nous laisser une marge de manœuvre devant la difficulté de trouver des médecins du travail. Plusieurs départs sont prévus dans les prochaines années, donc cela s’inscrit dans un projet de long-terme”, explique la maire de Saint-Louis. “Les agents ne le savent peut-être pas, je n’ai pas d’échanges directs avec eux sur ces questions, mais avec mes directions de services”. 

À la tête du CDG depuis novembre 2020, Julianna M'Doihoma confirme un changement dans la manière de gérer les recrutements. “J’ai trouvé un établissement en crise. On ne peut pas à nouveau laisser les gens faire ce qu’ils veulent. Il s’agit d’une gouvernance de prudence. Seuls les élus ont une délégation de pouvoirs, et la DGS pour des dépenses courantes. Qui a promis à des agents que leur contrat allait être reconduit ? Ce sont des mauvaises pratiques, je ne signe rien d'antidaté car quelqu’un s’est engagé auprès d’un agent. Les petits arrangements avec une automatisation des recrutements, c’est fini. Il y a des procédures claires”, poursuit-t-elle. Toutefois, la présidente admet que des choses “n’ont pas fonctionné comme il le fallait” si des agents n’ont pas été reconduits par erreur. “Il arrive que les RH se rendent compte tard qu’un contrat arrive à sa fin”, nuance l’édile. 

Le pôle Santé du CDG devrait encore croître dans les années qui viennent. Sa présidente confirme qu’il s’agit bien d’une “priorité de cette mandature”. Le nombre d'institutions ou de collectivités s’affiliant à ce dernier doit encore augmenter dans le futur. 

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