Il a écumé Ste-Marie en 4 mois… Mais le stakhanoviste de la cambriole n’est qu’un bras-cassé !

Mauvaise pioche pour Lucas G. Il a quitté les brumes du Nord de l’Hexagone, mais ce fut pour retrouver les froides et sombres cellules de Domenjod. C’est pas vraiment un choix, ça.
Jeune encore (23 ans), de La Réunion, il n’a connu que quelques salles de classe et, surtout, celles des différents tribunaux, y compris ceux pour enfants, où il passe le plus clair de son temps ; quand il n’est pas derrière les barreaux.
Il se dénonce lui-même, tant qu’à faire
A le voir, comme ça, on ne dirait pas le délinquant chevronné pur et dur. Mince, propre, mains croisées devant lui, l’air contrit, répondant poliment aux questions du Président. Et pourtant, à l’énoncé des chefs d’accusation, il y a de quoi rester pantois : en à peine 4 mois, de mars à juin 2017, il a cambriolé par effraction pas moins de 11 maisons de Sainte-Marie.
Et encore, c’est lui-même qui se dénonce. J’explique… Lucas est entendu pour des cambriolages par les enquêteurs de la brigade de gendarmerie… de Saint-Denis. Pour leur prouver sa bonne volonté, il va alors avouer 11 cambriolages à Sainte-Marie alors qu’il n’était en rien soupçonné pour ces derniers.
Il va conduire les gendarmes sur les différents lieux de ses méfaits, en précisant les jours et heures de ses introductions répréhensibles chez ses victimes.
Ah ! Ça, il a de la méthode, bonhomme. Toutes ses victimes ont répété la même chose : "Nous nous sentions observés, épiés, espionnés… " Et pour cause : les cambriolages se produisaient dès que ces personnes sortaient de chez elles pour aller à leur travail !
Une délicatesse de chat
Pas bégueule, il faisait main basse sur les seuls objets de valeur : ordinateurs, tablettes tactiles, bijoux, argent liquide, montres (par dizaines), vélos, appareils de photo, parfums, disques durs et même… des oiseaux de prix, aisément revendables quand on sait le peu de scrupules de certains acheteurs.
Lucas a poussé la délicatesse jusqu’à "visiter" plusieurs fois les mêmes maisons. Pour le coup que certaines victimes aient remplacé les objets volés, on suppose.
"Ils avaient volé des montres la première fois. Et les autres montres la seconde fois".
"Mais pourquoi ?" lui a juste demandé le Président Molié. "Pour acheter des choses, des vêtements, pour fumer, pour faire plaisir à des amis".
"Mais je n’ai pas fait ça tout seul, précise-t-il. Cependant, je n’ai pas dénoncé mes complices par peur de leur vengeance".
Ce n’est que lors de leurs déménagements ("On n’en pouvait plus de se sentir surveillés") que certains ont constaté qu’ils n’avaient pas tout déclaré à l’assurance. Parce que (admirez un peu la gentillesse des cambrioleurs !) "C’est qu’ils avaient soigneusement effacé toutes leurs traces et refermé les tiroirs. Ce n’est qu’en faisant les cartons que nous avons constaté l’absence d’objets oubliés dans la déclaration à l’assurance !" C’est pas mignon tout plein, ça ?
De tous ces larcins, seul un ordinateur a été retrouvé, "mais si abîmé qu’on ne peut plus rien en tirer".
A part ça, rien, non rien de rien n’a été restitué !
Parce que tous ces objets ont probablement quitté l’île depuis longtemps.
Des filières "d’évasion" très au point !
Un monsieur, très peiné d’avoir ainsi perdu une tablette sur laquelle il conservait toutes ses archives photographiques familiales, nous a confié à la fin de l’audience que les gendarmes de la Section de recherches avaient pu remonter la trace de cette tablette jusqu’au Port. "Et puis plus rien !" Pfuittt ! Enfumé…
Ce qui confirme bien l’existence d’un trafic d’objets volés en direction de Madagascar : de nombreux portables, smartmachins, phonescela, et autres ordinateurs se transforment curieusement en courants d’air dans les rues de la Pointe-des-Galets. Il est vrai que si les douaniers sont intraitables sur les containers à leur arrivée ici, ils sont peut-être moins regardants sur ceux qui s’en vont ? Va savoir…
L’une des victimes a avoué que son assurance l’a largement dédommagée… de 430 euros ! "C’est énorme", a sobrement remarqué le Président Molié.
Si à Saint-Denis, deux anciens complices de Lucas avaient été inquiétés, là, il a comparu seul. Son ex-receleur a disparu dans la nature lui aussi.
"Vous avez déjà travaillé ?" Quelle question ! "Vous ferez quoi en sortant de prison ?" - "Sans doute rentrer en France et m’engager dans la Légion".
Faudra lui dire que la Légion étrangère française n’est plus la sortie de secours pour tous les délinquants. Surtout ceux costauds calibre fils de fer…
Son soubique lé plein !
Son casier judiciaire n’a pas vraiment joué en sa faveur : 15 mentions à ce jour (plus une), dont la plupart pour des faits analogues. Lucas a effectué quelques séjours à l’ombre, depuis son adolescence. Autrement dit, son soubique lé plein.
"Votre détention actuelle court jusqu’à quand ?" - "Jusqu’en 2020". Ben faudra qu’il attende encore un peu.
Bref, la procureure Valérie Mascarin te lui a taillé un costard en béton armé : « Si un cambriolage est toujours financièrement pénalisant, c’est aussi un traumatisme important. Mais l’accusé n’en a manifestement rien à faire. La vie des autres lui importe peu. Celui-ci a très souvent comparu pour les mêmes faits, vols aggravés, et ce depuis ses passages devant le Tribunal pour enfants ». Et de réclamer 12 mois contre Lucas.
Me Moissonnier a bien tenté de faire vibrer la corde sensible, rien n’y a fait : Lucas a écopé de 24 mois, avec, maigre consolation, une confusion avec son ancienne peine jusqu’à concurrence de 12 mois seulement. Plus 6.000 euros de dédommagements divers.
Comme il ne travaille pas, n’a jamais travaillé en n’en a pas manifesté la moindre intention, c’est encore l’Etat qui va casquer. C’est-à-dire qui ? Oui ! Ça minm !


