Volcan la pété. Zot la rodé, zot la gagné !

Un mouvement parti des réseaux sociaux aura réussi là où partis politiques et syndicats échouent régulièrement depuis des années.
A plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon et ses représentants à la Réunion ont essayé de faire descendre les Réunionnais dans la rue. Ce fut à chaque fois un échec retentissant. Pareil pour les différents syndicats. A chaque 1er mai, les troupes militantes diminuaient d’année en année.
Et il aura suffi d’un appel sorti de nulle part sur les réseaux sociaux pour que l’ile s’embrase.
C’est dire à quel point le feu couvait sous les braises.
C’est dire à quel point nos hommes politiques, tous bords confondus, et nos syndicalistes sont discrédités.
Dans un précédent édito, j’avais mis le doigt sur le fait qu’il existait deux mondes qui cohabitaient à la Réunion, sans s’interpénétrer.
L’un, bien installé, avec des revenus réguliers, issus d’un salaire ou d’indemnités diverses, bien intégré, et qui vit correctement. Même s’il se plaint, car on se plaint toujours…
Et de l’autre, l’immense majorité, qui tire le diable par la queue, quand elle ne se contente pas de survivre.
Ce sont ceux-là qu’on retrouve dans la rue depuis samedi.
Et encore faut-il diviser ce 2ème monde en deux sous-catégories.
L’une, plus âgée, plus raisonnable, que l’on retrouve sur les barrages la journée. Ce sont eux qui laissent passer les véhicules prioritaires, les personnes âgées ou malades ou les couples avec enfants.
Parmi eux, beaucoup de retraités qui subissent de plein fouet les coupes de Macron dans leurs maigres retraites. Beaucoup de pères et mères de familles qui voient les taxes augmenter sur tout et parallèlement, leur pouvoir d’achat diminuer. Obligés de se priver. Incapables d’emmener leurs enfants ou petits-enfants au cinéma ou au restaurant une fois de temps en temps car les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Chez ceux-là, la colère montait, montait. Et les dernières augmentations d’essence auront été la goutte d’eau qui auront fait déborder le vase.
Restent les autres, beaucoup plus jeunes, qui cassent, qui brisent, qui pillent à la nuit tombée. Qui lancent cocktails molotov et galets sur les forces de l’ordre. Qui ont incendié la concession Peugeot et le Mc Do du Port ou pillé les Score de Moufia et de St-Benoit. Ceux-là n’en ont rien à cirer du pouvoir d’achat. Souvent alcoolisés, souvent très jeunes, ils sont là pour se défouler, pour casser du flic et tous les prétextes sont bons.
Le problème, c’est qu’il est de plus en plus difficile de différencier ces deux dernières sous-catégories. A la suite de l’intervention musclée des forces de l’ordre en fin de matinée d’hier à l’entrée de la route du Littoral, la colère a explosé.
Et on a vu ces braves pères de famille se répandre dans les rues de St-Denis et casser tout ce qu’ils trouvaient sur leur chemin.
Reste maintenant à savoir comment tout cela pourra s’arrêter. Annick Girardin continue à passer par les élus pour transmettre des appels de retour au calme. C’est signe qu’elle n’a, une fois de plus, rien compris.
Les élus sont carbonisés. Le problème, c’est que comme c’est un mouvement parti de la base, il n’a pas de leader, pas d’interlocuteur, pas de programme, pas de revendications précises.
En sortir ne sera pas une sinécure et il est à craindre que ce mouvement ne dure plusieurs jours encore.
Le volcan met du temps à se réveiller mais une fois qu’il pète, personne ne peut l’obliger à se rendormir.


